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BENOÎT, dit Livernois, JULES-ISAÏE, homme d’affaires et photographe, né le 22 octobre 1830 à Longueuil, Bas-Canada, fils d’Amable Benoît, dit Livernois, cultivateur, et de Desanges Beaudry ; il épousa le 9 mai 1849 Élise L’Hérault, dit L’Heureux, et ils eurent quatre filles et deux garçons ; décédé prématurément à Québec le 11 octobre 1865, à l’âge de 34 ans.

D’une activité fébrile, énergique, tenace, aventureux et perpétuellement en mouvement, tel nous apparaît Jules-Isaïe Benoît, dit Livernois. Fils de cultivateur et destiné à la vie rurale, il quitte assez tôt la ferme paternelle, peu propice à l’épanouissement de son tempérament fougueux, pour se lancer dans une série d’activités commerciales. D’abord engagé en qualité de commis dans une maison de commerce de Québec, il devient successivement propriétaire d’un magasin à Baie-du-Febvre (Baieville) en 1851, puis d’une boulangerie et d’un vaste magasin à Richmond, et de deux autres établissements commerciaux le long de la ligne de chemin de fer du Grand Tronc. Victime de circonstances défavorables et trahi par quelques-uns de ses employés, il fait faillite et s’embarque en 1853 pour les États-Unis, espérant trouver là de quoi rembourser ses créanciers. Après avoir fait le tour des Amériques par le cap Horn, il atteint San Francisco, où il réussit à construire « une usine considérable de blanchissage à la vapeur ». Ses affaires prospèrent, lorsque sa famille le rappelle subitement à Québec. Pressé de vendre son entreprise, il la cède à son premier employé, qui disparaît sans le payer après avoir revendu l’établissement à une tierce personne. Livernois se retrouve sans le sou, forcé de s’engager comme matelot sur un navire pour effectuer son voyage de retour, et de traverser à pied l’isthme de Panama où il contracte un virus qui le conduira précocement au tombeau.

Nullement découragé par ses expériences précédentes, le jeune Livernois (il est alors âgé de 24 ans) ouvre vers 1855 un commerce de librairie et de machines à coudre à Québec. C’est à ce moment, semble-t-il, qu’il commence à s’intéresser à la photographie, art nouveau mais solidement implanté dans la ville depuis déjà cinq ou six ans. L’annonce de son premier studio paraît dans l’annuaire de Québec de 1857–1858. On peut y lire : « Livernois, M. et Mme, photographes, 32 Saint-Jean, h[aute]v[ille]et 31 des Fossés. » Le développement de la technique est alors suffisant pour lui permettre d’offrir des photographies imprimées sur papier, telles quelles ou colorées à l’huile, et des ambrotypes (photographies sur verre). Il initie également ceux qui s’intéressent à son art.

Au cours des huit années où il exerce la profession de photographe, Livernois entretient simultanément, toujours fidèle à lui-même, deux, et parfois même trois studios situés dans la haute ville de Québec et le quartier plus populaire de Saint-Roch. En 1863, un voyage de perfectionnement le conduit en Angleterre, en Écosse et à Paris, mais « l’ennui de sa famille » le ramène bientôt au pays. Sa santé se détériorant de plus en plus, ses médecins lui conseillent un séjour à Florence, aux États-Unis, pour y suivre des traitements. Mais au lieu du rétablissement souhaité, il y reçoit l’annonce de sa mort prochaine : il devait effectivement mourir le 11 octobre 1865. Parmi les amis qui assistent à ses funérailles, on trouve Louis-Prudent Vallée, commerçant et photographe également connu de la ville de Québec.

L’insatiable curiosité de Jules-Isaïe Livernois le pousse à entreprendre des actions multiples, d’une grande diversité et le projette hors des sentiers battus. À l’intérieur de sa profession, il se distingue de ses collègues, comme le révèle un de ses contemporains, Henri-Raymond Casgrain* : « La photographie n’eut été pour lui, comme pour bien d’autres, qu’un métier s’il n’avait eu l’intelligence d’en relever la pratique par des recherches plus désintéressées. Il se mit avec ardeur à la poursuite de tous les tableaux, portraits, vues, gravures, peintures antiques, qui pouvaient offrir quelqu’intérêt. C’est ainsi qu’il a acquis un mérite réel en popularisant une foule d’objets précieux, ensevelis dans la poussière, exposés à périr, et dont il a assuré la conservation. Cette belle collection, qu’il eut été naguère impossible de se procurer, se trouve maintenant dans les albums de tous les amateurs. » Grâce aux bons soins des descendants Livernois, plusieurs pages de ces albums ont été conservées jusqu’à aujourd’hui, et nous révèlent des aspects très importants de l’histoire culturelle du Québec au xixe siècle. Jules-Ernest Livernois*, son fils, et plus tard son petit-fils Jules marcheront d’ailleurs sur ses traces, permettant à la maison qu’il a fondée de devenir l’une des rares maisons de photographie centenaires au Canada.

Louise Hamel-Minh

La seule étude qui existe sur Jules-Isaïe Benoît, dit Livernois, est celle de l’abbé Henri-Raymond Casgrain, Jules Livernois, publiée à Québec un an après la mort du photographe. Il est probable que les renseignements contenus dans cette étude, dont certains sont difficilement vérifiables, aient été recueillis oralement auprès de la veuve de Benoît, dit Livernois.  [l. h.-m.]

ANQ-M, État civil, Catholiques, Saint-Antoine (Longueuil), 23 oct. 1830.— ANQ-Q, État civil, Catholiques, Saint-Roch (Québec), 9 mai 1849, 14 oct. 1865 – McLaughlin’s Quebec directory, 18551858.— Quebec directory, 18581866.

Bibliographie générale

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Louise Hamel-Minh, « BENOÎT, Livernois, JULES-ISAÏE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/benoit_jules_isaie_9F.html.

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Auteur de l'article:   Louise Hamel-Minh
Titre de l'article:   BENOÎT, Livernois, JULES-ISAÏE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   1 août 2014