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BOURGEAUX (Bourgeau), EUGÈNE, botaniste-collectionneur, né à Brizon, Hautes-Alpes, le 20 avril 1813, fils de Jacques Bourgeaux et de Françoise Missilier, mort à Paris en février 1877.

On ne connaît rien de précis sur la jeunesse d’Eugène Bourgeaux, sinon qu’il prit goût à la botanique en gardant le troupeau paternel. Il semble avoir reçu très peu d’instruction si on en juge par sa correspondance. Nicolas-Charles Seringe et Alex Jordan, de Lyon, lui donnent les rudiments de la discipline botanique. En 1843, Bourgeaux monte à Paris où Philip Barker Webb l’attache à la conservation de son herbier. À cette fin, Bourgeaux parcourt en 1845 et 1846 toutes les îles Canaries. L’année suivante, l’Association botanique française d’exploration nomme Bourgeaux botaniste-collectionneur. Jusqu’en 1856, il parcourra ainsi, soit pour l’association, soit pour des scientifiques, l’Espagne, le sud de la France, les Canaries et l’Algérie.

En 1857, à la demande de sir William Jackson Hooker, qui le juge « le prince des botanistes-collectionneurs » pour l’avoir connu dans l’Association botanique française, Bourgeaux prend part, à titre de botaniste-collectionneur, à l’expédition dirigée par John Palliser*. Financée par le gouvernement britannique, cette expédition doit explorer le territoire britannique situé entre le 45e et le 50e degré de latitude nord et le 100e et le 115e degré de longitude ouest, en vue de déterminer les possibilités de colonisation dans cette région. Ainsi ses membres devront-ils fournir une information scientifique, impartiale et complète, sur la topographie, les routes, le sol et le climat des Prairies. Engagé par John Ball, sous-secrétaire d’État aux colonies, Bourgeaux recevra £150 par saison. Le 16 mai 1857, en compagnie de Palliser et de deux autres membres de l’expédition, il s’embarque pour New York et, le 10 juin, les explorateurs se dirigent vers la première étape, Fort William (Thunder Bay, Ont.).

« Mes illusions botanique on bien diminué en arrivent dans c’est vastes contrés, écrira-t-il à Hooker. Les Forêts et les prairies sont magnifique, et la végétation ausi, mais l’une de mes premières remarque est que les memmes plantes occupent une étendue géographique considerables, et le nombres des espèces n’est pas en rapport avec le vaste Pays. » Cela n’empêche aucunement Bourgeaux d’herboriser aux environs du lac Supérieur, de la rivière Rouge, du lac Winnipeg, dans la vallée de la Saskatchewan, autour de Carlton House (près de Prince Albert, Sask.) et d’Edmonton, puis dans les Rocheuses. D’après sa correspondance avec Hooker, il aurait ensuite suivi la rivière Bow depuis le vieux fort Kananaskis jusqu’à la tête des eaux : les lacs Bow, au nord-est de l’actuel parc Yoho (Colombie-Britannique). Dans les Rocheuses, il recueille environ 229 espèces, en plusieurs exemplaires, c’est-à-dire en plusieurs parts. Toutes les plantes et graines doivent être soigneusement asséchées afin qu’elles ne moisissent pas et Palliser l’assiste dans cette tâche.

Le chef de l’expédition admire la ténacité et le courage du collectionneur. James Hector*, un des membres de l’équipe, souligne que Bourgeaux est l’ami de tous ; jovial, il s’empresse d’assister quiconque réclame son aide (et pourtant, il ne parlait pas l’anglais). Il seconde en particulier Thomas Wright Blakiston, chargé des relevés astronomiques et météorologiques. Les qualités personnelles de Bourgeaux et le fait qu’il parle le français le rendent populaire auprès des Métis ; de plus, il devient un ami du père Albert Lacombe*. C’est avec regret que chacun se sépare de lui au printemps de 1859. Bourgeaux doit les quitter afin de respecter un engagement antérieur.

Il se rend à Londres, au Royal Botanic Gardens de Kew, où pendant quelques semaines il rassemble et classe ses échantillons. Ceux-ci furent par la suite identifiés et distribués par le Royal Botanic Gardens. Il avait recueilli en tout environ 1 200 espèces en 10–12 parts. Malheureusement, on ne retranscrivit pas sur chacune d’elles ses notes de terrain. On se contenta d’imprimer une étiquette : « Palliser’s Brit. N. Am. Expl. Expedition. Saskatchewan. Coll. E. Bourgeau 1858–59 ». Toutefois la plupart des échantillons ne proviennent pas de la Saskatchewan. Aussi, les récoltes nord-américaines de Bourgeaux ne peuvent guère être utilisées. C’est dommage, d’autant plus que toutes les plantes distribuées par Bourgeaux jusqu’alors étaient remarquables par la qualité des étiquettes. Cependant, les carex qu’il avait cueillis dans les Prairies ont été identifiés par le célèbre Francis Boott et quelques-uns sont cités dans son ouvrage classique, Illustrations of the Genus Carex.

Cette grande expédition nord-américaine n’a pas épuisé Bourgeaux. À peine a-t-il terminé son classement à Londres qu’Edmond Boissier, botaniste suisse, le charge d’explorer la Lycie pour compléter sa documentation sur l’Asie Mineure dont il est à décrire la flore. Bourgeaux y consacre l’année 1860. Puis il explore le comté de Nice et l’année suivante Boissier le renvoie en Asie Mineure explorer les Alpes pontiques (Turquie). À son retour, Bourgeaux poursuit ses herborisations en Espagne (1863–1864). En 1865, sur la proposition du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Bourgeaux est attaché à la mission scientifique qui doit explorer le Mexique à la suite des armées françaises. Il y consacre les années 1865 et 1866. Dans leurs publications, Asa Gray et Sereno Watson citeront souvent certaines des récoltes mexicaines de Bourgeaux. Si des spécimens d’herbier prouvent que Bourgeaux était à l’île de Rhodes en 1870, il est toutefois impossible de retracer son emploi du temps depuis son retour du Mexique, en 1867, jusqu’à sa mort.

En 1877, Édouard André rend hommage à Bourgeaux : « [Il] a été l’un des collecteurs de plantes sèches les plus remarquables de ce temps-ci. Les voyages qu’il avait entrepris et dont les produits ont enrichi tous les herbiers de l’Europe, comprenaient la France, l’Espagne, l’Asie Mineure, les Canaries, les Montagnes Rocheuses et enfin le Mexique, qu’il a exploré en compagnie de la commission scientifique française. M. Bourgeau, qui avait été nommé chevalier de la Légion d’Honneur après cette dernière campagne, s’occupait du rangement de ses collections au Muséum d’histoire naturelle lorsque la mort est venue le surprendre, en février dernier. »

En tout, Eugène Bourgeaux a distribué aux botanistes plus de 15 000 espèces qu’ont identifiées des autorités de son temps : Boissier, Webb, Cosson, Boott et Hooker. Ernest Cosson lui a dédié un genre de composées, la Bourgœa ; on trouve, entre autres, dans la littérature botanique : Astragalus Bourgovii Gray, Statice Bourgiæi Webb, Saxifraga Bourgæana Boissier et Reut. Sa contribution à l’exploration botanique de l’ouest de l’Amérique du Nord demeure présente par le Rosa Bourgeauiana [François] Crépin, et son nom mérite de figurer en bonne place dans l’histoire canadienne parmi les grands explorateurs du siècle dernier.

La connaissance pratique que Bourgeaux acquit des Prairies canadiennes lui a permis d’attirer l’attention du gouvernement britannique « sur les avantages qu’il y aurait à établir des centres agricoles dans les vastes plaines des Terres Ruperts et particulièrement dans le Saskatchewan aux environs du fort Carlton. [Car] cette contrée est beaucoup plus propre aux [grandes] cultures des climats tempérés (blé, seigle, orge, avoine, maïs, &c) qu’on serait porté à le croire ». À son avis, les prairies seraient en outre idéales pour l’élevage et fourniraient tous les matériaux nécessaires à l’établissement d’une colonie. Par ses produits, celle-ci assurerait « l’existence des Indiens dont les ressources alimentaires fournies exclusivement par la chasse tendent à diminuer chaque jour ». La seule difficulté réelle que rencontreraient les colons serait « l’immense distance à parcourir dans des pays actuellement dépourvus de voies de communications et presque inhabités ».

Si le savoyard Bourgeaux n’a signé aucune œuvre, il a récolté si intensément, si abondamment et dans des pays si divers qu’il a sa place dans l’histoire de l’exploration botanique. Un pic de la région de Banff porte son nom.

Marcel Raymond

Palliser Papers (Spry), passim.— Édouard André, Nécrologie, L’Illustration horticole (Gand), XXIV (1877) : 71s.— Ernest Cosson, Notice sur les voyages et collections botaniques de M. Eugène Bourgeau, Bulletin de la Société botanique de France, XIII (1866) : l–lvii.— W. J. Hooker, Statice Bourgiæi, Bourgeau’s Statice, Tab-5 153, Curtis’s Botanical Magazine (Londres), LXXXV (1859).— Marcel Raymond, Bourgeau en Amérique du Nord, Les botanistes français en Amérique du Nord avant 1850 (« Colloques internationaux du Centre national de la recherche scientifique », LXIII, Paris, 1957), 189–192.

Bibliographie générale

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Marcel Raymond, « BOURGEAUX, EUGÈNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bourgeaux_eugene_10F.html.

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Auteur de l'article:   Marcel Raymond
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   20 décembre 2014