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BOYD, JOHN, homme d’affaires, fonctionnaire et homme politique, né le 28 septembre 1826 à Magherafelt (Irlande du Nord), fils de James Boyd, commerçant, et de Margaret E. Lynn ; le 4 septembre 1852, il épousa à Weymouth, Nouvelle-Écosse, Annie E. Jones ; décédé le 4 décembre 1893 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

En 1833, deux ans après la mort de leur père, John Boyd et son frère cadet vinrent s’installer à Saint-Jean avec leur mère. À l’âge de 11 ans, après avoir fréquenté les écoles locales, John entra au service de Mathew Holdsworth et de Thomas Daniel, importateurs de « marchandises sèches britanniques et étrangères ». Durant son apprentissage, il se familiarisa avec tous les aspects du commerce, passant des fonctions de garçon de caisse à celles de teneur de livres et d’acheteur. C’est à ce titre qu’on l’envoya en Grande-Bretagne et en Europe dans les années 1840. Thomas Wilder Daniel, neveu du fondateur, acquit l’entreprise en 1847 et invita Boyd à devenir associé à part entière en 1854. Spécialisée dans la fabrication et la vente au détail et en gros d’une vaste gamme de marchandises sèches, la London House, située au cœur de la ville, devint l’un des établissements les plus rentables de Saint-Jean.

Le grand incendie qui consuma la majeure partie de la ville en 1877 détruisit la London House. Daniel et Boyd reconstruisirent leur établissement, mais il semble qu’ils ne s’en remirent pas tout à fait. Boyd avait toujours dépensé sans compter pour acheter des livres, des peintures et des objets d’art, surtout au cours de ses fréquents voyages outre-mer. On considérait ses collections, et particulièrement sa bibliothèque, comme des trésors de Saint-Jean, tout comme sa maison de Queen’s Square, que l’on tenait pour « l’une des plus belles constructions de la ville ». Tous ces biens avaient été anéantis dans l’incendie. Vers la fin de sa vie, Boyd n’était pas riche, en raison bien sûr des pertes que l’incendie lui avait infligées, mais aussi, semble-t-il, de ses méthodes de gestion discutables et de ses goûts extravagants.

Ses voyages et sa passion pour la lecture procurèrent à Boyd des idées pour son passe-temps favori : prononcer des conférences et écrire pour des journaux. Considéré à son époque comme « le conférencier le plus populaire que la province ait jamais produit », il était en demande partout dans les Maritimes. Son premier discours public, prononcé vers 1845 au Mechanics’ Institute de Saint-Jean, prônait la tempérance ; il fit par la suite des conférences sur des sujets variés, allant d’un exposé sur le contraste entre le Nouveau et l’Ancien Monde à des commentaires sur les fréquentations et le mariage. On publiait souvent ses discours dans les journaux ; le Boston Journal, entre autres, lui consacrait une chronique à l’occasion. La transcription de ses discours n’était cependant qu’un pâle reflet de sa verve devant un auditoire. Sa force résidait dans sa façon de s’exprimer : une anecdote racontée au bon moment, un mot sur un bruit qui courait...

L’appui que Boyd accorda au mouvement de la tempérance lui permit de se lier d’amitié avec Samuel Leonard Tilley. Selon ce dernier, ils furent des « amis inséparables » à partir de 1854 ; Boyd devint directeur de la campagne électorale de Tilley et fut souvent son porte-parole. Ses discours sur la Confédération de l’Amérique du Nord britannique, sur le libre-échange ou les échanges équitables, entre autres, appuyaient les causes de Tilley. Un rapport intitulé A report on New-Brunswick railways [...], publié par la Saint John Chamber of Commerce en 1858, finissait sur un thème favori des deux hommes : « Saint-Jean peut bien devenir le port d’hiver du pays [le Canada]. »

Boyd lutta pour la Confédération pendant la période difficile de 1864 à 1866, en prenant souvent la parole et en rédigeant des articles sous plusieurs pseudonymes dans de nombreux journaux. L’une de ses cibles favorites était Timothy Warren Anglin, adversaire de la Confédération et propriétaire du Morning Freeman, journal catholique de Saint-Jean. Nul doute que Boyd, irlandais protestant, se montrait hostile envers Anglin parce qu’il était irlandais catholique ; il avait écrit un jour qu’il voulait que toute la province « voie ce vulgaire « Paddy » aux joues creuses dans toute sa difformité naturelle ». En outre, la tentation de travailler à la création d’un bloc protestant en faveur de la Confédération doit avoir été grande. Ses lettres sont pleines d’allusions à la menace du papisme et aux périls qu’il représentait à cette époque. Boyd finit cependant par s’adoucir en vieillissant.

Presbytérien et partisan déclaré du Common Schools Act de 1871, Boyd fit partie de la commission scolaire de Saint-Jean dès cette année-là ; en 1874, il en fut nommé président, poste qu’il occupa durant 16 ans. Au cours de cette période, le débat acrimonieux entre protestants et catholiques au sujet du système d’enseignement non confessionnel établi par la loi faisait rage. Boyd, bien sûr, fit valoir son point de vue avec énergie. Pourtant, le fait qu’il fut en partie à l’origine d’un compromis accepté par les parties belligérantes en 1875, ce qui lui valut une mention publique de l’évêque catholique John Sweeney*, indique qu’il avait mûri.

Il semble que John Boyd se soit fait des alliés à la fois chez les catholiques et les protestants ; Tilley se fiait d’ailleurs à sa façon de diriger les affaires politiques et disait de lui qu’« il avait une grande influence dans la ville grâce à ses nombreux amis personnels et relations d’affaires ». Boyd fut président du conseil de la Victoria Hotel Company, membre du conseil d’administration de la Savings Bank et président de la St Patrick’s Society of Saint John. Son appui inconditionnel à toutes les causes de Tilley lui valut d’être nommé d’abord sénateur le 11 février 1880, puis lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick le 21 septembre 1893. Cette dernière nomination était inattendue, puisque ses prédécesseurs avaient tous été d’éminents hommes politiques. Même s’il ne vécut que deux mois dans l’exercice de cette fonction, elle constitua certes une distinction pour l’homme de parti travailleur mais cancanier et le conteur qu’était John Boyd.

Carl M. Wallace

AN, MG 27, I, D15.— Musée du N.-B., Tilley family papers.— R. H. Conwell, History of the great fire in Saint John, June 20 and 21, 1877 (Boston, 1877).— St. John and its business : a history of St. John [...] (Saint-Jean, N.-B., 1875), 59–61.— Stewart, Story of the great fire.St. John Daily Sun, 5 mars 1891.— Canadian biog. dict., 2 : 594–598.— Canadian directory of parl. (Johnson).— CPC, 1891.— W. G. MacFarlane, New Brunswick bibliography ; the books and writers of the province. (Saint-Jean, 1895), 12–14.— Baker, Timothy Warren Anglin.— K. F. C. MacNaughton, The development of the theory and practice of education in New Brunswick, 1784–1900 : a study in historical background, A. G. Bailey, édit. (Fredericton, 1947).— C. M. Wallace, « Saint John boosters and the railroads in mid-nineteenth century », Acadiensis (Fredericton), 6 (1976–1977), no 1 : 71–91.

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Carl M. Wallace, « BOYD, JOHN (1826-1893) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/boyd_john_1826_1893_12F.html.

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Auteur de l'article:   Carl M. Wallace
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