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BURGESS, COLIN (Cool), minstrel et directeur de spectacles, né le 20 décembre 1840 à Yorkville (Toronto), plus jeune fils de Colin Burgess (décédé en 1842), et de E. Marten ; le 19 mai 1862, il épousa à Toronto Edna Stephenson Taylor, et ils eurent trois fils et deux filles ; décédé le 20 octobre 1905 au même endroit.

Ironiquement, Colin Burgess naquit l’année même où la communauté noire de Toronto organisait sa première pétition contre la représentation caricaturale qu’on faisait des Noirs sur la scène et au cirque. Ses jeunes années à la grammar school de la rue Bloor, que dirigeait le révérend John George Delhoste MacKenzie*, puis à l’école publique de Yorkville ne furent, selon Burgess, « pas très mouvementées ». Colin se fit cependant remarquer par ses talents musicaux, et trouva sans doute amusant d’habiter l’hôtel Rising Sun, que son père, d’origine écossaise, avait construit rue Yonge, au sud de la barrière de péage de la rue Bloor. Colin quitta l’école à 15 ans et entra en apprentissage dans une firme de carrossiers, Clark Brothers, où il passa trois ans à apprendre le métier de peintre.

Toutefois, les spectacles inspirés du folklore des Noirs, mais présentés par des chanteurs et des comédiens blancs, qu’on appelait minstrels – le premier genre de divertissement théâtral propre à l’Amérique –, l’attiraient. Colin assista à ceux qu’offraient des troupes en tournée au St Lawrence Hall et, avec des amis, il organisa des concerts à partir de moyens de fortune dans les granges et les saloons, où il affinait son talent de comédien, jouait des cliquettes (bâtonnets d’ébène), et chantait. En février 1857, il se noircit le visage pour chanter au Royal Lyceum Theatre de Toronto comme choriste dans le spectacle Uncle Tom’s cabin, où l’Américain Denman Thompson tenait le rôle de l’oncle Tom et Charlotte Nickinson, celui d’Eliza. Burgess attribuait à l’imprimeur du théâtre, Alexander Jacques, qui devint plus tard son impresario, le fait d’avoir été le premier à lui noircir le visage à l’aide d’un morceau de liège carbonisé et de l’avoir encouragé à poursuivre cette carrière. En avril 1858, Burgess, Patrick Redmond et Thompson ouvrirent une salle de concert rue Adelaide Est avec un spectacle de minstrels présenté deux soirs. Pour l’occasion, Colin changea son nom en celui de Cool, chanta, débita un monologue comique sur les « droits de la femme » et joua le personnage de Bones dans la finale intitulée A ghost ! In spite of himself. En décembre 1858, il célébra son dix-huitième anniversaire au Royal Lyceum Theatre au sein de l’Ethiopian Star Troupe de Burgess et Redmond, probablement sa première compagnie de tournée, et il y revint un an plus tard avec les Cool Burgess’s Chicago Minstrels. Durant les 30 années qui suivirent, son nom allait occuper la place de choix sur les affiches des théâtres d’Amérique du Nord.

La chance sourit à Burgess en 1862 lorsque la troupe américaine de Duprez et Green, alors en tournée à Toronto, lui offrit de remplacer au pied levé l’un des comiques à gros effet postés aux deux extrémités de la ligne de comédiens. On recommanda Colin et il fut engagé à 50 $ par semaine. Durant les années 1860 et 1870, il dirigea ou accompagna en tournée une série de troupes américaines de renom. Au pays, il préférait mettre sur pied ses propres troupes, comme la Trans Atlantic Company, formée d’artistes écossais, anglais et hollandais qu’il fit venir au Canada à la suite de l’immense succès qu’avait remporté sa tournée britannique en 1873. Au cours d’une tournée, en 1867, il avait découvert George Henry Primrose, chasseur au Tecumseh House de London, en Ontario, et mené « le jeune danseur à sabots » vers la célébrité à titre de second minstrel au Canada. En 1877, la troupe de Cool fut le premier groupe professionnel à se rendre à Winnipeg.

Au début, les spectacles de minstrels, en trois parties, variaient peu. Dans la première partie, qui commençait et se terminait par un numéro de danse enlevant, Burgess était toujours présenté comme Brother Bones, à cause de l’instrument dont il jouait. Il était assis à une extrémité du demi-cercle de chanteurs, en face du comédien avec qui il jouait, Brudder Tambo (au tambourin). Au centre se trouvait Mr Interlocutor, le visage blanchi, qui servait de maître de cérémonies et de victime au rapide échange de blagues, calembours, devinettes et pataquès, tous ponctués de coups de tambourin ou de roulements de cliquettes. En 1875, un chroniqueur de Toronto écrivit que la « réserve de mots d’esprit [de Burgess] sembl[ait] inépuisable ». La deuxième partie du spectacle, le pot-pourri, était un joyeux mélange de numéros de variétés, et la finale, un drame se déroulant dans une plantation ou une farce burlesque.

On intercalait dans les numéros des chansons sentimentales ou sottes. Dès 1873, Burgess combinait  « airs blancs et personnages foncés ». Une grande partie de la musique jouée dans les salons à cette époque venait des spectacles de minstrels. Au moins trois chansons interprétées par Burgess furent publiées à Toronto dans les années 1870, et des recueils parurent à New York en 1877 et autour de 1880. Une notice nécrologique allait qualifier sa chanson Shoo, fly ! Don’t bodder me ! de « chanson « nègre » la plus populaire de la décennie ».

Connu pour sa personnalité directe, énergique et son rire bruyant, Burgess créa un répertoire de numéros hilarants et souvent originaux. Dans Nicodemus Johnson, le plus « irrésistiblement drôle », son personnage au visage noirci portait des souliers longs de trois pieds et faisait lever la poussière à force de battre la semelle et de se pavaner sans arrêt. Les journaux de New York assuraient leurs lecteurs que Burgess avait non seulement lancé le monologue dit par un acteur au visage noirci – affirmation discutable –, mais qu’il avait été le premier danseur à longs souliers.

Après l’émancipation des esclaves aux États-Unis, les Noirs purent monter sur la scène ; ils se dirigèrent vers les spectacles de minstrels et créèrent leurs propres troupes entièrement composées de Noirs qui offraient des descriptions plus authentiques de la vie dans les plantations. En réaction, les spectacles de minstrels blancs évoluèrent au cours des années 1870 et 1880. Les nouvelles productions à grand déploiement attirèrent les artistes vers la revue musicale, et la deuxième partie du spectacle devint peu à peu distincte. Burgess excellait dans le pot-pourri et les titres de ses spectacles, comme Olio of oddities, monté à Kingston en 1871, et Carnival of novelties, à Ottawa l’année suivante, reflétaient la nouvelle tendance. Selon l’historien de théâtre Gerald Lenton-Young, le nom de la troupe de Burgess, Gaiete Vaudeville Company, qui se produisit en Ontario en 1871, renferme l’une des attestations les plus anciennes (en anglais) du mot vaudeville. Plus tard la même année, Burgess se produisit à New York avec Antonio Pastor, celui à qui l’on attribue généralement la paternité de cette forme de divertissement. Tout comme lui, Burgess avait la réputation de présenter un spectacle de variété sans trivialité « qui offense le bon goût ». Même si Burgess continua à se produire avec des troupes de minstrels connues, il fut de plus en plus associé, à partir du milieu des années 1870, aux variétés et aux premières manifestations du vaudeville. Durant la dernière année où il donna régulièrement des spectacles, soit en 1890, son nom figura sur le programme du Brotherhood Combination Vaudeville, dans le quartier Bowery de New York, avec celui d’un boxeur poids plume et le titre d’un numéro de chiens savants.

En 1866, Burgess avait été acclamé par le Daily Telegraph de Toronto comme le « champion des personnificateurs de Noirs [...] son seul nom suffi[sant] à remplir une salle ». Le Morning Telegraph de New York écrivit à son décès qu’il devait son surnom de Cool non seulement à l’abréviation de Colin, mais à l’aplomb avec lequel il menait ses affaires. Au sommet de sa gloire, il signa un jour un contrat de 300 $ par semaine, qu’il travaille ou non. Il n’accepta jamais de cachet inférieur et fut le premier minstrel à toucher une somme si élevée, alors que d’autres, d’un rang comparable, se contentaient de 40 $. Une anecdote raconte l’arrivée en voiture à un théâtre de Philadelphie d’un minstrel dégingandé, à la moustache tombante, qui refusa de descendre tant qu’il n’aurait pas reçu son plein cachet avant la représentation. Ce mode de paiement devait d’ailleurs devenir l’une des stipulations habituelles de ses contrats.

En 1885, Colin Burgess tenta l’aventure de diriger un hôtel à New York, en plus de sa carrière d’acteur, mais en 1891, il avait pris sa retraite à Toronto, où il avait conservé une résidence et fait instruire ses enfants. Les registres du 14th Street Theatre de Tony Pastor, à New York, indiquent qu’il y présenta un dernier spectacle en 1899. Vers 1901, Burgess emménagea dans une petite ferme, avenue Eglinton. Atteint d’hydropisie depuis un bon moment, il mourut en 1905 d’un arrêt du cœur au Toronto General Hospital. Le public des théâtres de New York et de Toronto regretta le départ de l’« idole du monde des minstrels » et du « prince des comédiens du liège noirci ».

David Gardner

Les titres des partitions de trois pièces chantées par Cool Burgess, publiées à Toronto dans les années 1870, figurent dans Canadiana, 1867–1900. Deux cahiers de chansons (paroles seulement) publiés à New York, Cool Burgess’ Oh ! Don’t get weary children songster ; containing the latest collection of the most popular songs of the day [...] (1877) et Cool Burgess’ I’ll be gay songster ; containing a fine collection of this great artist’s best songs, as sung by him in all the principal theatres of the United States and Canada ([1880 ?]) sont mentionnés dans le National union catalog ; on peut consulter des exemplaires de ces deux cahiers à la New York Public Library.

Une affiche du spectacle de Burgess et Redmond intitulé « Fun for the million », Toronto, 19 avril 1858, est conservée à la MTRL et est reproduite dans Early stages : theatre in Ontario, 1800–1914, Ann Saddlemyer, édit. (Toronto, 1990), 179. Des annonces et des critiques des spectacles de Burgess figurent les journaux suivants : le Globe, 1854–1890, et le Leader, 1854–1878, de Toronto ; l’Ottawa Citizen, 1871–1898 ; le Manitoba Free Press, juill.–août 1877 ; le London Free Press, 2 janv. 1888 ; et le Hamilton Herald (Hamilton, Ontario), 8 juin 1901.

La MTRL conserve un exemplaire de la brochure Cool Burgess, 1840–1905 qui contient des réimpressions de plusieurs notices nécrologiques, dont deux rédigées par John Ross Robertson* tirées du Evening Telegram, de Toronto, du 20 et 21 oct. 1905, et une autre tirée du Morning Telegraph, de New York, du 22 oct. 1905.

AN, RG 31, C1, 1871, Toronto, St David’s Ward : 37 ; 1891, Toronto, St Patrick’s Ward : 28 (mfm aux AO).— AO, RG 8, I-6-B, 66 : 152.— Mount Pleasant Cemetery (Toronto), Tombstone inscription.— Boston Herald, 10 déc. 1911.— Evening Telegram (Toronto), 20 oct. 1905 : 12 ; 21 oct. 1905 : 28.— Globe, 21 oct. 1905 : 6.— D. [G.] Hill, « Blacks in Canada : a forgotten history », Toronto Star, 17 févr. 1979 : C4 ; « Trial and triumph : black progress in young Toronto », Globe and Mail, 11 déc. 1976 : 10.— New York Times, 21 oct. 1905 : 7.— Toronto Daily Star, 20 oct. 1905 : 1.— World (Toronto), 21 oct. 1905 : 8.— Annuaire, Toronto, 1871–1900.— M. M. Brown et Natalie Rewa, « Ottawa calendar of performance in the 1870s », Hist. du théâtre au Canada (Toronto et Kingston, Ontario), 4 (1983) : 134–191.— M. D. Edwards, A stage in our past, English-language theatre in eastern Canada from the 1790s to 1914 ([Toronto], 1968).— Franklin Graham, Histrionic Montreal ; annals of the Montreal stage [...] (2e éd., Montréal, 1902 ; réimpr., New York et Londres, 1969).— G. H. Ham, Reminiscences of a raconteur between the ‘40s and the ‘20s (Toronto, 1921), 175–76.— Carolyn Hetherington, « An olio of oddities », Kingston 300 : a social snapshot, by Kingstonians (Kingston, 1973), 185.— M. B. Leavitt, Fifty years in the theatrical management (New York, 1912).— Gerald Lenton-Young, « Variety theatre », Early stages : theatre in Ontario, 1800–1914, 166–213.— New York Dramatic Mirror, 28 oct. 1905 : 16.— G. C. D. Odell, Annals of the New York stage (15 vol., New York, 1927–1949), particulièrement 8–13.— The Oxford companion to Canadian theatre, Eugene Benson et L. W. Conolly, édit. (Toronto, 1989), 66.— Robertson’s landmarks of Toronto, 1 : 490.— M. C. Shortt, « From Douglas to The Black crook : a history of Toronto theatre, 1809–1874 » (thèse de m.a., Univ. of Toronto, 1977), 106, 147, 177.— M. E. Smith, Too soon the curtain fell : a history of theatre in Saint John, 1789–1900 (Fredericton, 1981), 108, 147.— R. C. Toll, Blacking up : the minstrel show in nineteenth century America (New York, 1974), 286.

Bibliographie générale

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David Gardner, « BURGESS, COLIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/burgess_colin_13F.html.

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Auteur de l'article:   David Gardner
Titre de l'article:   BURGESS, COLIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 août 2014