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CANNING, FRANCIS, commissaire de bord et tavernier, condamné pour meurtre, né en 1851 à Saint-Hélier, Jersey ; le 4 juin 1879, il épousa Hannah Donnelly, de St John’s, et ils eurent cinq enfants ; exécuté le 29 juillet 1899 au même endroit.

En 1877, Francis Canning immigra à Terre-Neuve, où il trouva un emploi de commissaire de bord. Après avoir passé 17 ans en mer, il acheta une taverne rue New Gower, à St John’s.

En 1899, Canning employait une serveuse d’une vingtaine d’années, Mary Nugent, de Kelligrews, qui venait de se fiancer à un marin. L’après-midi du 12 mai, la grande amie de cette femme, Mary Tracey, qui s’occupait d’un enfant malade à son appartement de la rue Pleasant, non loin de là, vint chez Canning chercher un peu de brandy pour soulager le petit. En entrant dans la taverne par la porte de service, elle entendit trois coups de feu venant de l’étage et une femme crier : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » Canning sortit en titubant de l’une des pièces et se pencha sur la rampe d’escalier. En apercevant Mary Tracey, il lui demanda, furieux, ce qu’elle voulait. Après lui avoir versé pour 0,10 $ de brandy, il la mit à la porte.

Inquiète de ce qui se passait chez Canning, Mary Tracey alla voir le propriétaire de son logement, William Brazil, dès son retour chez elle. Parti aux nouvelles, celui-ci surprit Canning qui s’enfuyait. La serveuse gisait dans une chambre de l’étage, la face contre le plancher, la tête couverte de sang. Arrivés rapidement sur les lieux, l’inspecteur général John Roche McCowen*, le surintendant John Sullivan et le docteur Frederick Bunting pressèrent Mary Nugent de dire qui avait tiré sur elle, mais la jeune femme ne pouvait que répondre : « Jésus, Marie et Joseph, priez pour moi. » On la transporta immédiatement au General Hospital pour une opération d’urgence. Cependant, comme l’extraction de la balle logée à un pouce au-dessus de l’oreille gauche mettait sa vie en danger, on dut renoncer à la chirurgie. La jeune femme demeura inconsciente plusieurs jours. Quand elle revint à elle, elle demanda à voir Canning, mais le tribunal refusa.

Le jour même de l’attentat, on avait arrêté Canning chez lui. En examinant le contenu de ses poches, les policiers l’avaient vu déchirer une note. Il s’y plaignait des ennuis que lui causait Mary Nugent et de la jalousie de sa femme, qui lui rendait la vie misérable. La note laissait également supposer qu’il avait eu l’intention de tuer la jeune femme et de se suicider ensuite. Malgré une mise en garde contre le fait que ses propos pourraient être retenus contre lui, Canning insista pour dire qu’il s’était querellé avec Mary quand elle était entrée au travail après le dîner. La serveuse était revenue du rez-de-chaussée avec un revolver. Il avait tenté de lui enlever l’arme, mais les trois coups étaient partis et l’un d’eux avait atteint la jeune femme. Après que Canning eut remis l’arme tachée de sang aux policiers, ceux-ci le placèrent sous bonne garde. Le 17 mai, on l’amena au General Hospital pour une confrontation avec la victime. La rencontre fut cordiale, et l’accusé se mit à pleurer en entendant la jeune femme raconter sa version de l’incident. Elle expliqua que, au retour du dîner, elle enlevait son manteau au moment où la dispute éclata. À propos de quoi ? elle ne s’en souvenait plus. Elle ajouta toutefois que Canning avait tiré sur elle dans son dos, sans avertissement. Avant de partir, Canning et elle se serrèrent la main. Mary Nugent mourut cinq jours plus tard et son ex-employeur fut accusé de meurtre.

Le procès commença le 3 juillet, devant le juge en chef Joseph Ignatius Little*. Plaidant l’aliénation mentale, l’avocat de Canning, Frank J. Morris, fit valoir que, depuis une insolation au cours d’un voyage au Brésil en 1879, Canning souffrait de violents maux de tête, qu’il cherchait à soulager dans l’alcool. Grand buveur, que l’alcool rendait agressif, il avait bu le jour de l’incident. Plusieurs témoins de la défense, dont le fils de Canning, vinrent confirmer son comportement irrationnel. L’ancien directeur de l’asile d’aliénés de St John’s, le docteur James Sinclair Tait, expliqua qu’à son avis Canning avait perdu la tête au moment du meurtre. Le docteur Herbert Rendell, témoin à charge, contesta cette opinion et affirma que les accès de colère de Canning tenaient à son ivrognerie, bien qu’il eût admis que la consommation excessive d’alcool pouvait causer des lésions au cerveau.

Pressé par le juge Little de faire une déclaration, Canning dit regretter sincèrement son geste, car Mary Nugent avait toujours été comme sa fille. Le jury ne mit pas de temps à rendre un verdict de culpabilité. Canning fut condamné à la potence et exécuté le matin du 29 juillet pendant le pire orage qu’ait connu St John’s en 50 ans. Durant les 24 heures qui précédèrent sa mort sur l’échafaud, des prêtres, des religieuses et des laïques catholiques firent pour lui une veillée de prières.

On enterra Francis Canning à 30 pieds de la potence. En 1983, des ouvriers qui érigeaient un nouveau mur au pénitencier découvrirent son squelette et ceux de deux autres hommes. On ensevelit alors ses restes dans le Holy Sepulchre Cemetery.

Paul O’Neill

Daily News (St John’s), 13 mai–30 juill. 1899.— Evening Telegram (St John’s), 13 mai–30 juill. 1899.— Jack Fitzgerald, Ten steps to the gallows (St John’s, 1981), 71–82.— Paul O’Neill, The story of St John’s, Newfoundland (2 vol., Erin, Ontario, 1975–1976), 2 : 590–591.— Evening Telegram, 18 juin 1983.

Bibliographie générale

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Paul O’Neill, « CANNING, FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/canning_francis_12F.html.

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Auteur de l'article:   Paul O’Neill
Titre de l'article:   CANNING, FRANCIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   30 octobre 2014