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COWANS, MARY (McDougall), philanthrope et administratrice d’organismes de charité, née vers 1836 à Perth, Haut-Canada, fille de Thomas Cowans ; vers 1864, elle épousa John McDougall*, et ils eurent trois enfants ; décédée le 17 janvier 1901 à Montréal.

Vers 1864, Mary Cowans épousa John McDougall, ferronnier et financier prospère de Montréal. Ce dernier était veuf et père de deux fillettes. Mary, alors âgée de 28 ans, allait donner naissance à deux filles et à un fils au cours des cinq années suivantes. La famille habitait une maison impressionnante appelée Rose Hedge, voisine de celle du riche industriel du sucre, Peter Redpath, et possédait aussi une maison de campagne dans l’île de Montréal. Mary s’occupait de la maison avec l’aide de plusieurs domestiques.

Douée d’un fort sens pratique et religieux, Mary McDougall était persuadée que les femmes pouvaient et devaient apporter leur contribution à la société ; c’est pourquoi elle ne tarda pas à s’engager dans diverses sociétés philanthropiques et féminines de Montréal. En 1867, même si ses devoirs de mère de famille devaient l’accaparer, elle se joignit aux comités de direction de deux œuvres de charité destinées aux enfants, l’asile et école d’industrie, qui formait les enfants de veuves pauvres, et la Société bienveillante des dames de Montréal. Trois ans plus tard, elle aida à fonder le Protestant Infants’ Home of Montreal, qui accueillait des nourrissons et des enfants jusqu’à cinq ans ainsi que leur mère ; elle en fut l’une de administratrices durant plusieurs années.

En 1874, Mary McDougall employa son énergie et son immense talent d’organisatrice à la mise en œuvre d’un projet spécial ; elle devint la vice-présidente fondatrice de l’Association chrétienne des jeunes femmes de Montréal (YWCA), qui visait « à promouvoir le bien-être temporel, moral et spirituel des jeunes femmes ». À titre de présidente durant quatre des huit premières années d’existence de cet organisme (1875–1876, 1877–1878 et 1880–1882), et de vice-présidente durant les 17 années suivantes, elle contribua largement au développement de l’association à Montréal et la dirigea, dit-on, avec une « discrétion ferme et douce, aplani[ssant] [la] voie avec conseils et encouragements ». Au fil des années, elle appartint à de nombreux comités qui s’occupaient de finances, de religion, d’emploi, de l’élargissement des activités de l’association, de travail missionnaire à l’Institut maritime de Montréal et de l’école professionnelle de l’association. Elle aida aussi à y fonder le Diet Dispensary, qui procurait de la nourriture aux invalides nécessiteux, et lança l’œuvre de secours et de visite des pauvres.

Mary McDougall portait un intérêt particulier à la formation des jeunes femmes et espérait fonder une école d’infirmières. Son projet ne se réalisa jamais ; toutefois, en 1876, elle organisa une série de conférences données par des médecins montréalais. Les femmes évangélistes qui faisaient la lecture de la Bible aux malades et aux indigents ainsi que les directrices des œuvres de charité y furent admises gratuitement afin qu’elles puissent acquérir des connaissances pratiques pour leur travail auprès des pauvres ; les profits de cette activité allèrent au Montreal General Hospital. Mary McDougall était aussi la cheville ouvrière de l’école professionnelle de l’association, ouverte en 1881 pour enseigner les rudiments des tâches domestiques aux enfants. Elle estimait que cette entreprise relevait des œuvres de charité municipales, mais son impatience devant leur lenteur à agir l’amena à ouvrir des classes dans les locaux de l’association. L’école était rattachée aux classes de couture connues sous le nom de Helping Hand et précéda les cours en arts ménagers et les programmes d’économie domestique mis de l’avant par des gens comme Adelaide Sophia Hoodless [Hunter]. Mary McDougall soutint aussi le travail de l’association et ses projets spéciaux de ses contributions financières régulières, et fit don de 2 500 $ à son fonds de construction.

Mary McDougall représenta l’Association chrétienne des jeunes femmes de Montréal à de nombreuses conférences internationales et participa à la fondation de l’association nationale en 1893. Elle en fut la présidente de 1896 à 1899. Elle représenta aussi le Canada au conseil international de New York, et c’est à ce titre qu’elle se rendit au Congrès international féministe qui eut lieu à Londres en 1899.

L’engagement de Mary McDougall dans l’œuvre des ateliers de couture appelés Industrial Rooms, qui procurait du travail de couture rémunéré aux veuves pauvres, constitue une facette importante de ses activités philanthropiques. Elle entra au comité de direction vers 1876, puis fut élue surintendante féminine responsable des aspects commerciaux des ateliers de couture. Elle occupa ce poste de 1880 à 1890, année où elle devint vice-présidente. De 1897 à sa mort, en 1901, elle fut la présidente du comité. À tous ces postes, elle s’occupa personnellement de la préparation et de la distribution hebdomadaires du travail. Elle travailla aussi régulièrement à l’organisation de bazars et versa des contributions financières annuelles. Au cours de ses longues années de service, elle vit l’œuvre gagner en stabilité ; sous sa présidence, on put acheter un immeuble et obtenir la constitution juridique de l’organisme en 1900. Durant toutes ces années, on remarqua toujours sa générosité, son zèle et son abnégation.

Sa belle-fille, Linda Barbara McDougall, et au moins une de ses filles rejoignirent Mary McDougall au sein des comités de l’Association chrétienne des jeunes femmes et des Industrial Rooms, et furent aussi des bienfaitrices permanentes de ces organismes. De tels liens mère-fille étaient courants dans les comités de direction d’organismes de charité. Ce travail jouait un rôle important dans la socialisation des jeunes femmes de la bourgeoisie.

Conséquence naturelle de son engagement, Mary McDougall entra au Local Council of Women en 1893. Comme on pouvait s’y attendre, elle fut un membre actif et dévoué de cette division du National Council of Women of Canada, et elle en devint vice-présidente et bienfaitrice permanente. Elle s’occupa de la section philanthropique du conseil, mais son intérêt pour les soins infirmiers l’amena aussi à participer aux projets de réforme que caressait l’organisme en ce domaine et à l’association locale du Victorian Order of Nurses. À l’instar de nombreuses femmes de l’élite montréalaise qui travaillaient pour le progrès de leurs consœurs, Mary McDougall appartint aussi à la Montreal Ladies’ Educational Association [V. Anne Molson*]. Elle en fut membre de 1874 jusqu’à la dissolution de l’organisme en 1885, et s’inscrivit à plusieurs des cours subventionnés par le groupe.

Mary McDougall et sa famille fréquentaient l’église presbytérienne St Andrew. Son militantisme s’étendit à l’Order of the King’s Daughters and Sons, organisme international qui visait à initier les jeunes à l’action auprès des malades et des pauvres et à approfondir leur vie spirituelle. Elle fit partie du cercle que l’ordre fonda à Montréal en 1888.

Mary McDougall mourut d’une défaillance cardiaque, à sa maison de Montréal, après une année de maladie. Ses obsèques eurent lieu dans l’intimité, mais les femmes avec qui elle avait travaillé pendant des années organisèrent un service commémoratif en son honneur dans les locaux de l’Association chrétienne des jeunes femmes le 25 janvier. Elles rendirent hommage à son travail et à son dévouement pour la collectivité, à sa « force et [à son] inspiration », ainsi qu’à « la nature secourable et vivifiante de sa personnalité ». Dans son rapport annuel de 1901, le Local Council of Women la décrivit comme « une amie fidèle et zélée », et l’association estima que sa perte était « irréparable ».

Mary McDougall apporta ses nombreux talents de chef de file et d’organisatrice à beaucoup d’organismes féminins engagés dans les domaines de la charité, de l’éducation et de la religion. Elle se donna avec la conviction de l’importance et de la valeur de l’apport féminin. Les efforts qu’elle déploya et l’engagement qu’elle manifesta dans toutes ces entreprises aidèrent à promouvoir la cause des femmes dans une société qui sous-estimait leurs aptitudes et restreignait leur pouvoir.

Janice Harvey

AC, Montréal, État civil, Presbytériens, St Andrew’s Church (Montréal), 21 janv. 1901.— AN, MG 28, I 164, 4 ; I 171, 1 ; 6 ; I 198, 9 ; 46 ; 79 ; I 240, 38–42 ; RG 31, C1, 1871, Montréal.— MUA, MG 1053, c.l.— Star (Montréal), 19, 25 janv. 1901.— Annuaire, Montréal, 1870–1901.— Atherton, Montreal.— Diet Dispensary, Annual report (Montréal), 1883–1901.— Industrial Rooms, Annual report (Montréal), 1883–1899.— International Conference of Women’s Christian Assoc., Proc. (Montréal), 1877.— Local Council of Women [Montréal], Annual report, 1897–1901.— Montreal Ladies’ Educational Assoc., Report, 1872–1885.— Montreal Young Women’s Christian Assoc., Annual report, 1875–1901.

Bibliographie générale

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Janice Harvey, « COWANS, MARY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cowans_mary_13F.html.

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Auteur de l'article:   Janice Harvey
Titre de l'article:   COWANS, MARY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   25 octobre 2014