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CRAWFORD, JOHN WILLOUGHBY, avocat, homme d’affaires et homme politique, né en 1817 à Manorhamilton, dans le comté de Leitrim, en Irlande, fils de George Crawford* (qui devait devenir membre du Sénat canadien) et de Margaret Brown, décédé le 13 mai 1875 à Toronto.

John Willoughby Crawford arriva au Canada avec ses parents en 1824. Il fut élevé à Brockville dans le Haut-Canada où sa famille s’était établie et prospérait ; il fit ses études à York (Toronto). Reçu avocat en 1839, il exerça le droit à Toronto en société avec Ernestus Crombie* et s’intégra à la société torontoise. En 1845, il épousa Helen, fille du juge Levius Peters Sherwood* de Brockville. Ils eurent un fils et cinq filles.

En plus du droit, Crawford avait eu bien d’autres activités qui l’ont fait considérer à juste titre plutôt comme un homme d’affaires que comme un avocat. Il s’était spécialisé plus particulièrement dans le droit des biens, dans le droit des banques et dans le droit commercial. Aussi fut-il associé à de nombreuses maisons de commerce ; il fut président de la Royal Canadian Bank, de l’Imperial Building, Savings, and Investment Society et de la Canadian Car Company. Il devint le premier président de la Toronto and Nipissing Railway Company en 1868 et fut administrateur de la Toronto, Grey and Bruce Railway Company, compagnies de chemins de fer qui contribuèrent fortement à la mainmise par Toronto sur les régions situées au nord de Toronto. Crawford fut également administrateur de plusieurs autres firmes, et représenta à la chambre les intérêts de la Dominion Express Company et de l’Empire Fire and Marine Insurance Company.

Par ses parents et ses associés, Crawford fut mêlé à la compagnie du Grand Tronc qui était étroitement liée à la politique : son père y était l’un des administrateurs et son frère James (député de 1867 à 1872) y était entrepreneur ; John Ross qui en fut le président pendant longtemps était à la fois le beau-frère et l’associé en affaires de Crawford ; l’ingénieur principal était James Keefer demi-frère de Samuel Keefer*, un autre de ses beaux-frères ; George Sherwood*, un troisième beau-frère, était aussi associé à la compagnie. Durant les années 60, Crawford fut un des conseillers juridiques du Grand Tronc.

La famille de Crawford était aussi intimement mêlée à la politique. Son beau-père était un conservateur important de l’est de l’Ontario et son beau-frère Henry Sherwood* avait été un homme politique tory éminent dans les années 40. Crawford lui-même se lança dans la politique et fut un conservateur fidèle bien qu’il fît parfois preuve d’indépendance. Ses débuts en politique furent dramatiques : en 1861, il se présenta aux élections contre George Brown dans la circonscription de Toronto-Est. Il se déclara « indépendant » : « Je pense qu’il est indigne de la part d’un corps électoral intelligent et éclairé de réclamer une promesse formelle d’opposition ou de soutien à un gouvernement quel qu’il soit, de même qu’il est indigne pour un candidat qui se respecte au moment où il se lance dans la politique de faire une telle promesse. » Crawford voulait le transfert du siège du gouvernement à Toronto et promit d’installer dans cette ville le siège du Grand Tronc. Comme la plupart des gens qui vivaient à l’ouest d’Oshawa, il affirma, cependant, n’avoir aucun rapport avec le Grand Tronc, ce qui n’était pas le cas. Il était aussi en faveur de la représentation basée sur la population. John Crawford était un homme d’affaires puissant, mais George Brown était le directeur du Globe et le député sortant. Ce fut donc à la surprise générale que Crawford triompha de Brown par 1 135 voix contre 944. Il ne fut qu’un simple député mais important et dévoué.

Le projet de loi de Richard William Scott* codifiant la plupart des droits en matière d’enseignement de la minorité catholique du Canada-Ouest, droits qui devaient être plus tard introduits dans la constitution de l’Ontario conformément à la section 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, fut la mesure parlementaire la plus importante de 1863. La majorité des députés du Canada-Ouest s’opposèrent avec véhémence à ce projet de loi qui devint une question brûlante durant les élections de 1863 et le thème principal dans la circonscription de Toronto-Est. Cette mesure avait une importance particulière pour John Crawford. Bien qu’étant lui-même membre de l’Église d’Angleterre, il appuya ce projet de loi avec courage et fut l’un des rares députés du Canada-Ouest à le faire car il avait à cœur les intérêts des catholiques de sa circonscription électorale. Ses associés, d’après le Globe, constituaient une « foule bigarrée de catholiques » et ses partisans étaient décrits comme étant des « brutes » « qui faisaient honneur au vieux bougre ». Ces expressions indiquent le ton de la campagne ; Crawford fut défait par 489 voix.

Crawford désirait vivement se présenter comme candidat aux élections fédérales de 1867. À Leeds-Sud où il avait vécu autrefois, il l’emporta de justesse sur Albert Norton Richards*. Quand on attribua un troisième siège à Toronto avant les élections de 1872, Crawford abandonna la circonscription de Leeds-Sud et obtint une victoire facile dans Toronto-Ouest. Puis, le 5 novembre 1873, le jour où son gouvernement démissionna, le premier ministre, sir John A. Macdonald*, nomma John Crawford lieutenant-gouverneur de l’Ontario ; Crawford occupa paisiblement ce poste pendant deux courtes années et mourut à la résidence du lieutenant-gouverneur à Toronto en 1875.

John Crawford mena de front ses affaires et sa vie publique. Il passait auprès de ses contemporains pour être très riche ; l’Ottawa Citizen déclarait que « ses spéculations sur les terrains étaient très lucratives, et [que] dès l’âge de quarante ans [1857] il était dégagé de tout souci financier [...] ». Il épousa la cause de la ville de Toronto et en défendit avec zèle les intérêts économiques même lorsqu’il fut député du comté de Leeds-Sud. Il fut aussi lieutenant-colonel du Se bataillon de la milice de Toronto. Nommé conseiller de la reine en 1867, il devint membre de la Law Society of Upper Canada en 1871.

La famille des Crawford illustre bien le caractère changeant de l’Ontario du xixe siècle. Simples immigrants, les Crawford parvinrent en moins de 50 ans au sommet de l’échelle sociale et réussirent à s’intégrer à une élite très fermée. La réussite de cette famille est aussi celle d’une société ouverte et accueillante.

Donald Swainson

APC, FM 26, A (Papiers Macdonald), 228, 266 ; FM 26, B (Papiers Mackenzie), 2e sér., 1.— PAO, Sir Alexander Campbell papers, 1872.— Parliamentary debates (Canada), 1873.— Report of the PANS, 1952, app. B.— Globe (Toronto), 1861–1875.— Leader (Toronto), 1875.— Mail (Toronto), 1875.— Ottawa Citizen, 1875.— Can. biog. dict., I : 23–26.— Can. part. comp., 1873.— D. B. Read, The lieutenant-governors of Upper Canada and Ontario, 1792–1899 (Toronto, 1900).— Careless, Brown.— D. C. Masters, The rise of Toronto, 1850–1890 (Toronto, 1947).— M. H. Small, A study of the dominion and the provincial elections of 1867 in Ontario (thèse de {{m.a}}., Queen’s University, 1968).— F. A. Walker, Catholic education and politics in Upper Canada ; a study of the documentation relative to the origin of Catholic elementary schools in the Ontario school system (Toronto, 1955).— D. W. Swainson, Business and politics : the career of John Willoughby Crawford, Ont. Hist., LXI (1969) : 225–236.

Bibliographie générale

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Donald Swainson, « CRAWFORD, JOHN WILLOUGHBY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/crawford_john_willoughby_10F.html.

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Auteur de l'article:   Donald Swainson
Titre de l'article:   CRAWFORD, JOHN WILLOUGHBY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   16 avril 2014