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CRAWLEY, EDMUND ALBERN, avocat, ministre baptiste, homme d’affaires et éducateur, né le 20 janvier 1799 à Ipswich, Angleterre, fils de Thomas Crawley, capitaine dans la marine royale, et d’Esther Bernal ; en 1833, il épousa Julia Amelia Wilby, et ils eurent un fils, puis, en 1843, Elizabeth Johnston, et six enfants naquirent de ce mariage ; décédé le 27 septembre 1888 à Wolfville, Nouvelle-Écosse.

Edmund Albern Crawley avait cinq ans quand sa famille quitta l’Angleterre pour s’établir près de Sydney, île du Cap-Breton, où son père remplit la fonction d’arpenteur de la couronne. En 1816, Crawley entra au King’s College de Windsor, Nouvelle-Écosse, et obtint son baccalauréat ès arts en 1820. Il s’initia ensuite au droit dans le cabinet de James William Johnston*, à Halifax, et fut reçu, en 1822, au Barreau de la Nouvelle-Écosse et à celui du Nouveau-Brunswick. On l’identifia bientôt au groupe des anglicans évangéliques de la classe dominante de Halifax, dont faisaient partie Johnston et James Walton Nutting* qui en 1825 quittèrent l’église anglicane St Paul et fondèrent l’église baptiste Granville Street trois ans plus tard. Crawley fut baptisé par immersion et se joignit à cette communauté le 1er juin 1828. Se sentant bientôt appelé au ministère, il abandonna l’exercice du droit et étudia, de 1828 à 1830, à l’Andover Theological Seminary, institution congrégationaliste du Massachusetts, puis, en 1830–1831, à la Brown University, dominée par les baptistes, à Providence, Rhode Island. Ordonné ministre dans cette ville le 16 mai 1830, il revint à Halifax l’année suivante pour y devenir pasteur de l’église baptiste Granville Street. Il assuma cette charge jusqu’en 1839.

C’est dans le domaine de l’éducation, toutefois, que Crawley apporta sa contribution la plus importante au progrès de la Nouvelle-Écosse. Au début de 1828, en compagnie d’Edward Manning*, de Charles Tupper et de Nutting, il lança une campagne en vue de doter la communauté baptiste de la Nouvelle-Écosse d’institutions d’éducation. Plus tard, il écrivit qu’à cette époque les baptistes « étaient considérés comme occupant le dernier rang quant à l’estime [qu’on portait] à leur religion – [et] étaient en fait méprisés comme [faisant partie d’une] secte ignorante et dupe ». Pour aider au relèvement du niveau d’instruction de la communauté baptiste, et en particulier de ses ministres, Crawley et ses associés présentèrent, à l’assemblée de la Nova Scotia Baptist Association, en juin 1828, des résolutions prônant la mise sur pied de la Horton Academy à Wolfville. C’est ainsi que l’on créa la Nova Scotia Baptist Éducation Society en vue de jeter les bases de cette institution, et Crawley fut élu l’un des deux secrétaires de la société, fonction qu’il remplit jusqu’en 1837.

Comme on continuait d’exclure les baptistes du King’s College anglican de Windsor, ceux-ci étaient forcés d’envoyer leurs diplômés de la Horton Academy poursuivre leurs études collégiales aux États-Unis, où un bon nombre s’établissaient en permanence. Afin de pallier ce problème, Crawley, au milieu des années 1830, soutint les efforts de Thomas McCulloch*, ministre presbytérien de l’Église libre et éducateur à Pictou, Nouvelle-Écosse, pour transformer Dalhousie College de Halifax en une institution de haut savoir non confessionnelle. Il semble que Crawley aurait convaincu les baptistes, dont quelques-uns voulaient donner à la Horton Academy le statut de collège, d’appuyer plutôt le projet du Dalhousie College. Toutefois, quand, en septembre 1838, on lui refusa, à cause de son appartenance à l’Église baptiste, le poste de professeur qu’on lui avait promis dans le nouveau collège « provincial », sa colère ne connut point de bornes. Outragé de cette « trahison », Crawley se joignit à John Pryor* et à Ingraham E. Bill*, entre autres, pour persuader la Nova Scotia Baptist Association d’ouvrir un collège baptiste à Wolfville. Au début de 1839, Queen’s College (rebaptisé Acadia College en 1841) fonctionnait, Crawley et Pryor se partageant l’enseignement et l’administration. Jusqu’en 1847, année où il revint faire du ministère à Halifax, Crawley fut l’un des éléments les plus dynamiques de cette institution.

En 1853, Crawley accepta à contrecœur de quitter son église de Halifax pour retourner au collège, qui connaissait des difficultés financières et ne recevait que peu d’inscriptions. Toutefois, il n’accepta aucun poste subalterne, forçant ainsi le directeur nouvellement nommé, John Mockett Cramp, à laisser son poste. Le directorat de Crawley fut un désastre, dont le collège faillit ne pas se remettre. À son instigation, le conseil d’administration plaça £3 410 (approximativement un tiers de la dotation constituée peu de temps auparavant) dans la West Columbia Mining and Manufacturing Company de Cincinnati, Ohio, spéculation dans laquelle Crawley et un grand nombre d’autres leaders baptistes étaient, personnellement, déjà lourdement engagés. Au cours d’un voyage aux États-Unis, en décembre 1854, il trouva la compagnie au bord de la ruine, et, en faisant fond sur l’importance de ses propres placements et de ceux de ses amis, il assuma la présidence de la compagnie au début de 1855. Le conseil d’administration de l’Acadia College, profondément divisé et ulcéré, lui accorda un congé d’un an. Cette période se révéla insuffisante, et Crawley rompit tout lien avec l’Acadia College en septembre 1856.

Les années qui suivirent furent désastreuses pour Crawley. Il eut beau faire de son mieux, la compagnie minière s’effondra finalement, emportant dans sa débâcle les biens de la famille Crawley et le placement de l’Acadia College. Presque réduit au dénuement, Crawley fut au comble du malheur quand il apprit que son neveu et intime associé, Thomas Henry Crawley, avait été poignardé à mort dans une rue de Cincinnati. Une école pour filles, Mount Auburn Female Seminary, établie par Crawley en 1856 dans un faubourg de Cincinnati, tourna aussi à l’échec. Grâce à l’intervention d’un vieil ami, il fut, en 1860, nommé coprésident du Lime Stone Springs Female College, dans le comté de Spartanburg, Caroline du Sud, mais l’éclatement de la guerre de Sécession, l’année suivante, força le collège à fermer ses portes. Crawley passa ensuite les années de guerre à enseigner dans une école privée, à Shelby, Caroline du Nord.

En 1865, Crawley fut invité à revenir à l’Acadia College, où il enseigna de 1866 à 1882 ; les 13 dernières années, il occupa également le poste de directeur de l’institut de théologie du collège. La Brown University lui avait accordé un doctorat honorifique en théologie en 1844, et le King’s College de Windsor lui décerna un doctorat en droit en 1887.

Crawley fut sans doute l’un des chefs baptistes les plus ambitieux et les plus entreprenants des Maritimes au xixe siècle. L’un des premiers à proposer un système d’écoles publiques financé par l’assiette d’un impôt obligatoire institué par le gouvernement de Charles Tupper* en 1866, il s’opposa souvent à Joseph Howe*, dont les plans visant à faire du Dalhousie College une université provinciale provoquèrent ses attaques contre les collèges confessionnels, l’Acadia College, par exemple. Vivement intéressé à l’éducation, aux missions étrangères et au progrès général de sa confession, Crawley n’en était pas moins soucieux de son propre avancement. La, fondation même de l’Acadia College fut jusqu’à un certain point le fruit de son ambition personnelle. Il pouvait parfois se montrer plutôt tyrannique dans ses efforts pour être adéquatement reconnu, comme on le vit dans ses relations avec Cramp. Crawley suscitait une grande loyauté chez ses partisans et une vive animosité chez ses adversaires. Tout au long de sa vie, il demeura plutôt impopulaire dans l’ensemble de la confession baptiste, sauf dans un petit cercle de chefs de file influents. Au jugement de plusieurs, il resta beaucoup trop un membre de la classe dominante, un intellectuel de la ville au sein d’une Église où les gens de la basse classe et les ruraux étaient encore en forte majorité.

Barry M. Moody

Acadia Univ. Arch., Board of Governors, Minutes, I, 1850–1883.— Atlantic Baptist Hist. Coll., E. A. Crawley, Corr. and letter book ; Edward Manning, Corr., 1778–1859.— Origin and formation of the Baptist church in Granville-Street, Halifax, N.S. [...] (Halifax, 1828).— Christian Messenger (Halifax), 1838.— Novascotian, 1838.— The Acadia record, 1838–1953, Watson Kirkconnell, compil. (4e éd., Wolfville, N.-E., 1953).—Andover Theological Seminary, General catalogue, 1808–1908 (Boston, 1909).— I. E. Bill, Fifty years with the Baptist ministers and churches of the Maritime provinces of Canada (Saint-Jean, N.-B., 1880).— A. W. H. Eaton, The history of Kings County, Nova Scotia [...] (Salem, Mass., 1910 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).— Jubilee of Acadia College, and memorial exercises (Halifax, 1889).— G. E. Levy, The Baptists of the Maritime provinces, 1753–1946 (Saint-Jean, 1946).— R. S. Longley, Acadia University, 1838–1938 (Wolfville, 1939).— E. M. Saunders, History of the Baptists of the Maritime provinces (Halifax, 1902).

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Barry M. Moody, « CRAWLEY, EDMUND ALBERN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/crawley_edmund_albern_11F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   19 avril 2014