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McLEARN, RICHARD, ministre baptiste, administrateur scolaire et marchand, né en 1804 dans le canton de Rawdon, Nouvelle-Écosse, fils de James McLearn et d’Elizabeth Fenton ; le 26 juin 1838, il épousa à Sydney, Nouvelle-Écosse, Harriet Stout, cadette des filles de Richard Stout*, et ils eurent quatre filles ; décédé le 17 août 1860 à Dartmouth, Nouvelle-Écosse.

Fils d’un immigrant irlandais de religion protestante, Richard McLearn fréquenta l’école de Rawdon et travailla ensuite comme fermier et bûcheron. Pendant sa jeunesse, il fut séduit par le revivalisme baptiste qui, au début des années 1800, était propagé par des prédicateurs comme Edward Manning et George Dimock, et, à l’âge de 19 ans, il était membre de la congrégation de Rawdon. McLearn souhaitait devenir professeur, mais lorsqu’il se sentit appelé à prêcher, il décida plutôt de « miser sur le Seigneur ». Avec l’appui de Manning et de Dimock, il reçut l’autorisation de prêcher en 1827 et il fut ordonné ministre de l’Église baptiste le 8 mars 1828, à Rawdon. Toutefois, cette ordination ne souleva pas l’enthousiasme de tout le monde. Alexis Caswell, premier pasteur de l’église baptiste Granville Street à Halifax et ancien professeur au Columbian College de Washington, écrivit par la suite à Manning que même si McLearn était de toute évidence un jeune homme doué d’un magnifique talent naturel, il n’avait pas la formation scolaire qu’un prédicateur devait posséder. À cette époque, aucune instruction n’était requise pour devenir ministre baptiste. Un mélange de zèle, d’expérience et de formation personnelle, chez des prédicateurs tels que Manning, avait rendu de bons services à l’Église, mais il devenait évident que, pour que la foi baptiste se répande plus largement, les ministres devaient acquérir un niveau d’instruction plus élevé. C’est pourquoi l’appel lancé par Caswell en vue de fonder un grand séminaire fut accueilli favorablement par un bon nombre de ministres baptistes.

Personne n’était plus désireux d’acquérir une meilleure formation que McLearn. En juillet 1828, il se rendit à Halifax afin d’étudier la grammaire anglaise chez Caswell. Lorsque celui-ci retourna aux États-Unis pour enseigner à la Brown University de Providence, dans le Rhode Island, McLearn reçut des leçons particulières chez Lewis Johnston et Edmund Albern Crawley*, membres de l’église baptiste Granville Street. En plus de chercher ainsi à combler ses propres lacunes, il joua un rôle important dans les efforts déployés en vue d’améliorer la formation de l’ensemble du clergé baptiste. Il devint membre du conseil d’administration de la Nova Scotia Baptist Education Society, mise sur pied en 1828 afin d’aider financièrement les jeunes gens qui se préparaient au ministère et de fonder un séminaire où seraient enseignés la littérature anglaise, les humanités, les sciences et d’autres sujets « qui constituent habituellement le programme des études dans un collège ». La première réalisation de cette société fut la fondation de la Horton Academy à Wolfville en mars 1829.

Cette année-là, étant donné que la congrégation baptiste de Rawdon ne comptait pas beaucoup de fidèles, McLearn fut en mesure d’exercer aussi son ministère à l’église de Windsor, où il prêcha tous les deux dimanches à « une congrégation nombreuse et très attentive ». Quelques années plus tard, après avoir reçu des lettres provenant de l’est de la province, dans lesquelles on déplorait la « situation misérable » de l’Église dans cette région, McLearn décida de mettre ses talents de prédicateur au service du Nova Scotia Baptist Home Missionary Board. Ses talents, semble-t-il, étaient exceptionnels : il était reconnu pour sa voix « nette et forte » et, selon un de ses contemporains, sa « façon de présenter la vérité était minutieuse en même temps que lucide ». En 1832, McLearn entreprit une tournée de prédication qui le conduisit, pendant à peu près trois mois, dans les comtés actuels de Colchester, de Pictou, de Guysborough et d’Antigonish, puis il traversa à l’île du Cap-Breton où il passa un autre trois mois. En plus de prêcher et d’accomplir les cérémonies du culte, il encouragea la formation d’associations féminines chargées de recueillir des fonds.(sous la forme de petits dons) pour soutenir les missionnaires baptistes œuvrant auprès des gens « vivant dans l’idolâtrie païenne » en Birmanie. Il tenta également d’attirer l’attention de ceux qu’il visitait sur leur intempérance. Il n’eut pas toujours du succès dans sa promotion des sociétés de tempérance : à l’île du Cap-Breton, un groupe d’immigrants de langue gaélique auxquels il s’adressait par l’intermédiaire d’un interprète refusèrent d’ « approuver » son raisonnement quand il « s’efforça de montrer qu’il était absurde de dépenser la somme énorme de trois cents dollars pour du rhum dans ce pauvre petit village, alors qu’ils négligeaient l’instruction de leurs enfants et n’avaient personne pour leur prêcher l’Évangile ». Ce fut cette expérience, semble-t-il, qui l’incita plus tard à proposer à l’assemblée tenue en 1853 par la Baptist Convention of the Maritime Provinces qu’un missionnaire soit envoyé pour s’occuper tout spécialement de la population de langue gaélique habitant l’île du Cap-Breton. À la fin de sa pénible tournée de six mois, McLearn fut en mesure de signaler qu’il avait « prêché quatre-vingt-quinze fois, célébré la communion quinze fois, participé à dix-huit assemblées, en plus des réunions de prière et de tempérance, et baptisé trente-huit personnes ». Grâce à l’hospitalité des gens rencontrés le long de sa route, ses dépenses ne s’élevèrent qu’à 50 shillings.

Pendant qu’il s’en revenait de l’île du Cap-Breton, McLearn reçut une requête de la Nova Scotia Baptist Éducation Society qui lui demandait de visiter les congrégations des provinces Maritimes afin de recueillir de l’argent pour la Horton Academy. En 1835, cette collecte de fonds le conduisit aux États-Unis où il prit la parole devant des congrégations baptistes depuis Bangor, dans le Maine, jusqu’à Savannah, en Géorgie. McLearn estima que l’accueil chaleureux dont il était l’objet, surtout dans les États du Sud, était attribuable en partie à son ascendance irlandaise : « Cela est à mon avantage, écrivit-il, car ils détestent plus les intrigues des Anglais et des Écossais que la franchise sans détour des Irlandais. » À la fin de son voyage, il avait recueilli plus de £400 pour la Horton Academy et il avait obtenu de la Northern Baptist Éducation Society of New England la promesse de payer les études de cinq jeunes Néo-Écossais se destinant au ministère.

Au cours des années 1830, McLearn continua également à exercer son ministère à Rawdon et à Windsor. Après 1834, il ne conserva que la congrégation de Windsor et, en 1837, il tenta de raffermir la situation de l’Église baptiste à cet endroit en dirigeant une série de réunions revivalistes avec Ingraham Ebenezer Bill*. Peu de temps après, toutefois, il perdit subitement la voix et il dut démissionner de son poste à Windsor. En juin 1838, il écrivait à son mentor, Edward Manning : « J’ai été incapable de prêcher depuis près de deux mois et je ne peux pas parler beaucoup [...] Mon mal s’appelle une laryngite. »

Les difficultés de McLearn coïncidèrent avec un événement qui fut très important pour l’enseignement supérieur en Nouvelle-Écosse. En septembre 1838, Edmund Crawlay se vit refuser un poste de professeur au Dalhousie College qui venait d’être fondé à Halifax. Voyant dans cette décision des administrateurs du collège un geste calculé en vue de placer l’établissement sous la direction exclusive de l’Église d’Écosse, Crawley et d’autres baptistes éminents réclamèrent la création d’un collège baptiste. La Nova Scotia Baptist Éducation Society, qui tint une réunion deux mois plus tard à la Horton Academy, adopta une proposition visant à « fonder et soutenir un collège en plus de la [Horton] Academy ». À ce moment-là, McLearn était membre du comité de direction de la société, et lorsqu’en 1839 le Queen’s College (qui allait devenir l’Acadian College en 1841) ouvrit ses portes pour les mêmes raisons que la Horton Academy, il fut nommé surintendant et économe de ce dernier établissement et du Queen’s College. Ses activités dans l’enseignement supérieur ne s’arrêtèrent pas là. Toujours incapable de reprendre sa tâche de prédicateur, il résolut de profiter de ses loisirs pour acquérir la formation scolaire qu’il désirait depuis toujours. L’Église d’Angleterre ne soumettait plus au Trente-neuf Articles les candidats au King’s College de Windsor ; puisqu’il demeurait à cet endroit, McLearn s’inscrivit en 1838 au programme de la licence ès lettres et il obtint son diplôme en 1843.

McLearn avait espéré retrouver la voix entre-temps, mais, en 1842, la situation ne s’était pas encore améliorée. Il décida donc, cette année-là, de gagner sa vie en se lançant dans le commerce à Halifax, en société avec W. L. Evans ; en 1849, il était devenu l’unique propriétaire de l’entreprise qui était située sur le Commercial Wharf et était à son nom. Il importait de la farine, de la mélasse, du sel et du tabac sur ses navires, l’Actress (59 tonneaux) et l’Angelique (31 tonneaux). McLearn installa sa famille de l’autre côté du port, à Dartmouth, où il devint membre du conseil d’administration de l’institut des artisans et du Dartmouth Burial Ground et président de la société de tempérance. Il dirigea aussi une assemblée publique tenue pour protester contre une augmentation du prix des billets des traversiers qui avait été décidée par la Halifax-Dartmouth Steamboat Company. Il fut également l’un des fondateurs de la congrégation baptiste de Dartmouth en 1843 ; durant plusieurs années, il exerça les fonctions de clerc et de trésorier de cette communauté, dirigea l’école du dimanche et présida les cérémonies du culte en l’absence d’un ministre. Toutefois, sa participation aux activités de l’Église était limitée, et la nostalgie de ses années de prédication transparaît dans une lettre adressée à Manning, dans laquelle il décrit sa nouvelle existence : « Ma vie se passe dans un bureau d’affaires et dans ma famille, sauf pour les quelques heures qui sont consacrées aux assemblées de la congrégation. [J’habite] dans une ville, mais je suis solitaire. »

L’activité commerciale de Richard McLearn lui donna cependant une expérience de la finance et de l’organisation qui le prépara à jouer de nouveau un rôle en éducation et dans le travail missionnaire, deux domaines où il avait été particulièrement actif pour aider à l’avancement de l’Église baptiste en Nouvelle-Écosse. Dans l’espoir qu’il allait être capable de « limiter [suffisamment] ses affaires profanes » pour se consacrer à l’organisation des activités missionnaires à l’échelle de la province, il fut nommé secrétaire et président du Nova Scotia Baptist Home Missionary Board. De plus, lorsqu’en 1859 la Baptist Convention of the Maritime Provinces décida de mettre sur pied des comités pour chaque province en vue de recueillir des fonds pour venir en aide à ceux qui se préparaient au ministère, McLearn fut choisi comme président et trésorier du comité de la Nouvelle-Écosse. Cependant, les projets que l’organisme nourrissait pour McLearn ne purent être réalisés, car une année plus tard, suivant l’expression de ses collègues du comité, il était « appelé à œuvrer dans une sphère plus élevée d’activité ».

Phyllis R. Blakeley

ABHC, Edward Manning, corn, Richard McLearn à Edward Manning.— PANS, RG 1, 442, doc. 11 ; RG 5, P, 70, 1834 ; 71, 1839 ; 72, 1835.— Baptist Missionary Magazine of Nova-Scotia and New-Brunswick (Saint-Jean et Halifax), 1 (1827–1829)–3 (1833) ; nouv. sér., 1 (1834)–3 (1836).— Christian Messenger (Halifax), 2 juin 1837, 21 avril 1842, 22 août 1860.— Morning Journal and Commercial Advertiser (Halifax), 3, 15 juin, 6 juill. 1859, 20 août 1860.— Times and Courier (Halifax), 18 janv. 1849.— Bill, Fifty years with Baptist ministers, 59, 66, 91, 96–98, 284–300, 399, 403, 628.— Levy, Baptists of Maritime prov., 93, 112, 117–142, 186.

Bibliographie générale

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Phyllis R. Blakeley, « McLEARN, RICHARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mclearn_richard_8F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   1 août 2014