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DALE, WILLIAM, éducateur et agriculteur, né le 1er octobre 1848 à Kearby, près de Wetherby, Angleterre, fils de William Dale et de Frances Stephenson (Stevenson) ; le 10 avril 1901, il épousa à Brockville, Ontario, Florence Frederika Ryckman, et ils eurent trois filles et un fils ; décédé le 16 février 1921 à St Marys, Ontario.

William Dale fréquenta la St Marys Grammar School, située près de la ferme familiale dans le comté haut-canadien de Perth. À l’Upper Canada College de Toronto en 1866–1867, il fut un temps chef de sa classe. Il étudia à la University of Toronto, où il reçut une licence ès arts avec mention très bien en humanités, mathématiques et rendement général en 1871 et une maîtrise ès arts en 1873. Au cours de ces années, il commença à tenir un journal. Déçu par l’enseignement qu’il recevait, il exprimait son nationalisme en notant que bon nombre de professeurs étaient « des hommes de deuxième ou troisième catégorie venus des universités de Grande-Bretagne [qui …] indiqu[aient] très paresseusement les plus hauts chemins du savoir ». Lui-même commença à enseigner en 1871 en assumant la direction de l’Uxbridge High School ; en 1875–1876, il dirigeait la St Marys High School. Un de ses élèves dans cette école, le futur romancier Charles William Gordon*, dirait que cet « homme vêtu sans élégance, aux allures de fermier », savait faire apprécier les classiques et la « beauté de la parole humaine ».

Nommé en 1876 directeur de la Quebec High School, Dale ne s’attacha jamais au Canada français. Il s’y sentait très isolé et avait la conviction que les Canadiens anglais y étaient destinés à un « ostracisme complet ». Il dénonça ouvertement le pouvoir de la hiérarchie catholique et, selon son journal personnel, tomba dans « un guêpier » en faisant des commentaires sur l’histoire du Canada. Critique envers le nationalisme canadien-français, qui mettait l’accent sur « l’oppression subie sous la coupe des Anglais », il affirmait que tout ce qui était progressiste au Canada français – un bon gouvernement, la liberté de l’éducation et la prospérité par exemple – « découl[ait] uniquement de la Conquête ».

Dale rentra en Ontario en 1879. Par la suite, il exerça quelque temps la fonction d’examinateur auprès du département provincial de l’Éducation, de la University of Toronto et du Trinity College. Nommé en 1884 directeur d’études en littérature classique au University College, il y occupa également le poste de registraire de 1885 à 1887. Il ne publiait pas, car il préférait la classe et les conférences publiques. Ses allocutions devant la communauté universitaire témoignent de l’éclectisme de ses intérêts. Tout comme l’éducateur anglais Thomas Arnold, il croyait en l’existence de critères de vertu et de vérité discernables et fixes, et pensait que l’enseignement avait pour fonction de les mettre en lumière. Toutefois, il craignait que « l’humanité ne se trouve dans une sorte de désespoir irrémédiable » parce que « la religion sembl[ait] avoir perdu une part de son influence d’autrefois » et que la science n’avait apporté aucune réponse consolante. Selon lui, il fallait se tourner vers les civilisations anciennes, Rome notamment, et surtout vers ses poètes, pour trouver des exemples de moralité et de civisme.

En 1887, Dale devint maître de conférences en latin et en histoire romaine ; en 1892, tout en gardant sa maîtrise de conférences en histoire, il accéderait à un poste de professeur adjoint de latin. La loi de 1887 en vertu de laquelle la University of Toronto et plusieurs collèges se fédérèrent ne lui convenait pas du tout. Le vice-chancelier William Mulock* voulait privilégier les sciences et surtout la médecine, ce qui le préoccupait particulièrement. « L’intention de la bande de Mulock, notait-il dans son journal, est sûrement de détruire la Faculté des arts. » Il s’inquiétait de voir que des sommes de plus en plus imposantes allaient à la faculté de médecine, reconstituée depuis peu, et que de généreuses ententes financières avaient été conclues en faveur des collèges de théologie affiliés, Victoria et Wycliffe. D’après lui, ces ressources auraient dû aller au University College et servir à donner une culture générale aux étudiants. Traditionaliste, Dale estimait que la fonction de l’université était de cultiver les vertus du citoyen, et il s’inquiétait de l’importance croissante que l’on accordait à la recherche et à la formation préparant à l'exercice de professions. Il s’élevait aussi contre le fait que l’université continuait de recourir à des professeurs étrangers. En 1890, dans une lettre sévère au ministre de l’Éducation, George William Ross*, il affirma que les chaires les plus prestigieuses devaient revenir à des Canadiens. En outre, il fit remarquer que les membres du corps professoral qui enseignaient les matières de base, telles les humanités, les mathématiques et les langues modernes, étaient pour la plupart des Canadiens, qu’ils avaient les charges d’enseignement les plus lourdes et que, pourtant, ils étaient payés beaucoup moins et détenaient des postes moins élevés que les professeurs nés et formés à l’étranger.

La University of Toronto congédia Dale en 1895 à cause de la controverse sur les nominations de professeurs et la liberté d’expression qui avait surgi sur le campus. En vertu de la loi sur l’université, l’engagement des professeurs relevait du gouvernement de l’Ontario. George MacKinnon Wrong*, gendre du chancelier Edward Blake*, ayant été nommé maître de conférences en histoire puis rapidement promu professeur, le journal étudiant Varsity déclara qu’il pouvait s’agir d’un cas de népotisme. De son côté, Dale remit au rédacteur en chef du Globe, John Stephen Willison, une lettre explosive qui parut à la une de l’édition du 9 février 1895. Il y mettait en doute l’érudition de Wrong et laissait entendre que, si les pratiques d’embauche ne changeaient pas, « le corps professoral de l’Université perdr[ait] le respect des étudiants et de la population, et les conséquences sur l’instruction ser[aient] des plus désastreuses ». Dale recommandait que l’État n’ait plus aucun pouvoir sur l’engagement des professeurs. Dès le 14 février, il était renvoyé. Sur l’initiative de William Lyon Mackenzie King et d’autres, les étudiants, qui voyaient en lui un défenseur de la liberté d’expression, boycottèrent les cours et exigèrent sa réintégration. Pour l’université cependant, sa lettre constituait une infraction grave au principe de la collégialité.

Assailli de toutes parts, le recteur de l’université, James Loudon*, affirma au cours de ce débat que Dale n’avait agi que par jalousie envers ceux de ses collègues qui se consacraient davantage que lui à la recherche et étaient plus productifs. Les interventions de Dale, à la fois audacieuses et naïves, s’enracinaient probablement dans des motifs plus complexes. La spécialisation grandissante de la vie universitaire le troublait, tout comme l’esprit de plus en plus critique de l’érudition moderne. Il ne comprenait pas que les historiens plus empiriques que lui accordent autant d’importance à la recherche en archives. « Ils s’enfouissent dans la recherche fondamentale comme [des mineurs] dans une mine, disait-il, et […] leur labeur n’aboutit guère qu’à une simple bibliographie, ce qui est pire qu’inutile pour la connaissance véritable. » Selon lui, la nouvelle érudition n’avait pas réussi à produire des essais « lisibles » d’un « effet durable ».

De 1895 à 1900, William Dale enseigna le latin au Queen’s College de Kingston ; de 1900 à 1904, il fut maître de conférences spécial à la McMaster University, alors située à Toronto. Au moment de son mariage en 1901, il était déjà retourné à St Marys pour exploiter la ferme d’élevage de sa famille. Il fut membre du conseil municipal de cette localité, puis maire en 1918 et en 1919. Au moment de son décès en 1921, il appartenait encore au conseil universitaire de la University of Toronto, où il avait été élu sans interruption depuis 1893.

David B. Marshall

Le départ de William Dale de la University of Toronto est le sujet de la pièce de James Crerar Reaney intitulée The dismissal ; or, twisted beards & tangled whiskers ([Erin, Ontario], 1978).

AO, RG 2-29-1-35, Dale à George Ross, 9 déc. 1890.— General Register Office (Southport, Angleterre), Reg. of births, Brentford, 14 sept. 1883.— Univ. of Toronto Arch., A73-0026/077(29) ; B75-0013/001–2.— Globe, 5–17 févr. 1895.— St. Marys Journal-Argus (St Marys, Ontario), 24 févr. 1921.— Allan Bowker, « Truly useful men : Maurice Hutton, George Wrong, James Mavor and the University of Toronto, 1880–1927 » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1975).— H. W. Charlesworth, More candid chronicles : further leaves from the note book of a Canadian journalist (Toronto, 1928).— Ralph Connor [C. W. Gordon], Postscript to adventure : the autobiography of Ralph Connor (New York, 1938).— W. J. Loudon, Sir William Mulock : a short biography (Toronto, 1932) ; Studies of student life (8 vol., Toronto, 1923–[1924– ?]), 5.— A. B. McKillop, Matters of mind : the university in Ontario, 1791–1951 (Toronto, 1994).— Ontario, Royal commission on the discipline in the University of Toronto, Report of the commissioners (Toronto, 1895).— The University of Toronto and its colleges, 1827–1906, W. J. A[lexander], édit. (Toronto, 1906)

Bibliographie générale

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David B. Marshall, « CREIGHTON, ELIZA JANE (Harvie) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dale_william_15F.html.

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Auteur de l'article:   David B. Marshall
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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