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LOUDON, JAMES, professeur et administrateur d’université, né le 24 mai 1841 à Toronto, fils de William James Loudon et d’Elizabeth Ericssen Farrell ; le 29 août 1872, il épousa à Renfrew, Ontario, Julia McDougall, fille de John Lorn McDougall*, et ils eurent trois filles et six fils ; décédé le 29 décembre 1916 à Toronto.

En 1828, les parents de James Loudon avaient quitté le comté de Londonderry, en Irlande du Nord, et ils s’étaient établis à Toronto ; on sait que son père y était charretier en 1861. Élève exceptionnellement doué et appliqué, James fit de belles études dans une école privée et à la Toronto Grammar School. Il excellait tant que, à l’âge de 12 ans, il obtint une bourse pour entrer à l’Upper Canada College. Dès lors, jusqu’à sa sortie de l’université, il subviendrait à ses besoins grâce à des prix et à des leçons particulières. En 1858, pendant sa dernière année à l’Upper Canada College, il fut préfet de discipline et se classa premier dans toutes les matières à l’examen d’entrée de la University of Toronto. En 1862, il obtint une licence ès arts et la médaille d’or en mathématiques. Il aurait probablement remporté le même honneur en humanités s’il n’avait pas manqué l’examen final pour aller au chevet de son père mourant. De plus, il excellait en patinage artistique, aimait les beaux-arts et jouait très bien du piano.

En 1862, comme il voulait faire carrière en droit, Loudon s’inscrivit à l’Osgoode Hall et se mit à travailler pour un cabinet d’avocats. Un des associés du cabinet, Thomas Moss*, registraire de l’université, l’aida en 1863 à décrocher un cours de soutien à temps partiel en mathématiques et en humanités au University College. En 1864, Loudon obtint une maîtrise ès arts. Un an plus tard, il devint responsable de la résidence des pensionnaires et précepteur à temps plein sous la direction de John Bradford Cherriman*, professeur de mathématiques et de philosophie naturelle. En juin 1866, la compagnie universitaire des Queen’s Own Rifles fut appelée pour aider à repousser les raids féniens. Retenu à l’université par des examens, Loudon, à son grand regret, manqua la bataille de Ridgeway [V. Alfred Booker*], puis passa quelques tristes semaines à faire des manœuvres à Stratford.

Dans les années 1860 et 1870, Loudon joua un rôle important dans le mouvement « nativiste », qui réclamait la modernisation de la University of Toronto et la diminution des engagements de professeurs étrangers. Ce mouvement naissant, où l’on retrouvait Moss, Edward Blake, William Mulock* et d’autres diplômés d’origine canadienne, remporta une importante victoire en 1873 : après des pressions soutenues, le gouvernement autorisa les diplômés à élire 15 représentants au conseil universitaire, qui comptait 38 membres. Loudon et ses trois amis furent élus. Moss devint vice-recteur honoraire en 1874 et Blake, recteur honoraire deux ans plus tard, ce qui accrut encore leur influence.

L’apport particulier de Loudon à l’université consista à encourager la réforme et le développement des études scientifiques. Sa spécialité était la physique, plus précisément l’optique, mais il écrivait peu, et il contribua à la promotion des sciences plutôt qu’à leur avancement. En prenant la succession de Cherriman en 1875, Loudon devint le premier Canadien de naissance à occuper une chaire à l’université. Peu à peu, il intégra la plupart des questions contemporaines au programme traditionnel de physique. En outre, il fit campagne pour le remplacement des démonstrations au tableau noir par des séances dans des laboratoires modernes. En 1877, donnant suite à un rapport soumis deux ans plus tôt par Loudon, le gouvernement provincial décida de construire le premier laboratoire de sciences physiques du Canada au University College et de créer la School of Practical Science, qui serait vaguement affiliée à l’université. Dans les années 1880, Loudon aida à parrainer des projets qui aboutirent à la construction des pavillons de biologie et de chimie. Désireux d’encourager la recherche, il réussit en 1885 à faire approuver par le conseil universitaire une motion sur la création d’un doctorat ès sciences à Toronto (toutefois, ce programme ne fut lancé que 12 ans plus tard). En outre, il participa à la négociation des dispositions de la loi de 1887 en vertu de laquelle l’université et les collèges Victoria, St Michael, Knox et Wycliffe se fédérèrent. La même année, sa chaire fut scindée en deux ; il choisit la chaire de physique, ce qui n’était guère étonnant, et Alfred Baker prit la chaire de mathématiques.

Sir Daniel Wilson*, recteur de l’université, mourut en août 1892. Blake et George Monro Grant* avaient de bonnes chances, pensait-on, de lui succéder, mais en fin de compte, la fonction alla à Loudon, qui n’avait pas posé sa candidature. Reconnaissant devoir sa nomination à l’influence de Blake. il entama un mandat tumultueux. Dans une certaine mesure, il fut victime des circonstances. La fédération étant récente, les rivalités entre collèges demeuraient vives. La hausse des inscriptions et la parcimonie du gouvernement faisaient grimper les déficits. L’ingérence des milieux politiques, surtout dans les nominations, lui compliquait la tâche. En outre, l’université n’avait pas de centre de coordination, car les pouvoirs étaient répartis vaguement entre les dirigeants et les organismes de direction. Loudon se plaignit par la suite que son « poste était ingrat selon les anciennes conditions », ce qui ne surprend guère.

Pourtant, Loudon fut l’artisan de certaines de ses difficultés. À la fois dur et peu apte à faire valoir son point de vue, il n’était pas souvent porté au compromis. Orateur assez médiocre, il brillait rarement en public. D’ailleurs, les problèmes avaient commencé à la veille de son entrée en fonction. Lui-même et Mulock, vice-recteur honoraire depuis 1881, s’étaient disputés au sujet du pavillon de biologie ; leurs relations n’allaient jamais s’arranger. En 1895, à l’occasion d’une grève étudiante tumultueuse provoquée par des accusations de restrictions à la liberté d’expression et de favoritisme dans les nominations, on s’en prit publiquement au « tsar Loudon ». Le recteur fut exonéré de tout blâme par une commission royale provinciale présidée par Thomas Wardlaw Taylor, mais sa réputation était ternie. En 1899, au cours d’une dispute avec le Victoria College au sujet d’un terrain assigné au collège, il s’opposa à deux hommes puissants, Byron Edmund Walker*, membre du conseil universitaire, et Joseph Wesley Flavelle* membre du conseil d’administration du collège. Régulièrement, des affrontements se produisaient entre lui et des membres du personnel ; en 1904, James Mavor* fit même campagne à Queen’s Park pour sa destitution. En 1905, le secrétaire de l’association des anciens de l’université, John Cunningham McLennan*, l’accusa de partialité dans l’attribution des bourses, ce qui n’arrangea pas les choses pour lui. Il y eut une autre enquête ; encore une fois, il s’en sortit sans le moindre blâme, mais ses jours étaient comptés. Le nouveau gouvernement conservateur de James Pliny Whitney s’apprêtait justement, en 1905, à modifier la constitution de l’université. Prêtant l’oreille à certains de ses partisans, dont Flavelle, il décida de nommer un nouveau recteur. Loudon accepta de rester en attendant que l’on trouve un remplaçant, mais il démissionna subitement en juillet 1906 parce que le gouvernement refusait de congédier le registraire, James Brebner, comme il l’avait demandé.

Malgré ses échecs en matière de relations publiques et de rapports personnels, Loudon fit beaucoup en tant que recteur. Non seulement renforça-t-il la recherche et les sciences, mais il supervisa la construction de plusieurs bâtiments dont l’université avait grand besoin, entre autres un gymnase, une grande salle et de nouveaux pavillons de chimie, de géologie et de génie minier ainsi que de médecine. La foresterie et la pédagogie s’ajoutèrent au programme en partie grâce à lui. Le Trinity College se joignit à la fédération en 1904. De plus, Loudon avait fondé l’Alumni Association en 1900 pour que l’université puisse faire des pressions plus efficaces en vue d’obtenir des fonds. Ainsi regroupés, les anciens auraient dès lors une influence importante sur la vie universitaire.

Après une carrière remplie de vicissitudes, James Loudon connut une retraite à la fois triste et heureuse. Il éprouvait des problèmes de santé, mais eut le bonheur de pouvoir s’occuper de l’Ontario College of Art. Actif dans cette école à compter de 1907, il fut président du conseil à partir de la constitution juridique du collège en 1912 jusqu’à sa mort en décembre 1916. Il avait été président du Canadian Institute de 1876 à 1878. Membre fondateur de la Société royale du Canada en 1882, il en avait occupé la présidence en 1901–1902.

James Grant Greenlee

Il n’existe pas de bibliographie complète des publications de James Loudon, peu nombreuses de toute façon. Les plus dignes de mention sont deux manuels, The elements of algebra : for the use of schools and colleges (Toronto, 1873 ; une autre édition a paru au même endroit en 1878), et Algebra for beginners (Toronto, 1876, et une autre édition parue en 1879), et son allocution à titre de président présentée à la Société royale du Canada, « A century of progress in acoustics [...] », dans les Mémoires de cette société, 2e sér., 7 (1901), sect. iii : 43–54. Plusieurs autres publications sont énumérées dans Science and technology biblio. (Richardson et MacDonald).

AO, RG 80-5-0-27, vol. 26 : 179.— UTA, A73-0026/241 (86) ; B72-0031 ; B92-0030, III.— Univ. of Toronto Library, Thomas Fisher Rare Book Library, {{mss }}coll. 36 (G. M. Wrong papers).— Michael Bliss, A Canadian millionaire : the life and business times of Sir Joseph Flavelle, bart., 1858–1939 (Toronto, 1978).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Yves Gingras, Physics and the rise of scientific research in Canada, Peter Keating, trad. (Montréal et Kingston, Ontario, 1991).— H. H. Langton, James Loudon and the University of Toronto (Toronto, 1927) ; Sir Daniel Wilson : a memoir (Toronto, 1929).— W. J. Loudon, Sir William Mulock : a short biography (Toronto, 1932).— National encyclopedia of Canadian biography, J. E. Middleton et W. S. Downs, édit. (2 vol., Toronto, 1935–1937), 1.— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), 1.— W. S. Wallace, A history of the University of Toronto, 1827–1927 (Toronto, 1927).

Bibliographie générale

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James Grant Greenlee, « LOUDON, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/loudon_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   James Grant Greenlee
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 novembre 2014