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DENKE (Denkey), CHRISTIAN FREDERICK, missionnaire morave, né le 8 septembre 1775 à Bethlehem, Pennsylvanie, fils de Jeremiah Dencke et de Sarah Test ; le 7 août 1803, il épousa à Lititz, Pennsylvanie, Anna Maria Heckedorn, puis le 12 septembre 1828 Maria Steiner ; décédé le 12 janvier 1838 à Salem (Winston-Salem, Caroline du Nord).

Christian Frederick Denke était le fils d’un Morave natif de Langenbielau (Bielawa, Pologne), qui était devenu un ministre respecté de Bethlehem, important établissement et centre missionnaire morave. À l’âge de dix ans, il entra à Nazareth Hall, l’école secondaire morave de Nazareth, en Pennsylvanie. Il y étudia le latin et d’autres langues, la théologie, l’administration ainsi que la botanique pour laquelle il éprouva un goût particulier. De fait, d’abord à partir de Nazareth Hall, où il devint professeur, puis du Haut-Canada, Denke envoya nombre de lettres et de spécimens botaniques à l’illustre botaniste américain Gotthilf Henry Ernest Mühlenberg, jusqu’à ce que la guerre de 1812 rende toute correspondance impossible.

Pendant qu’il était encore jeune instituteur, Denke, animé d’une foi vive, se sentit appelé à évangéliser les Indiens. À Nazareth, il entendit David Zeisberger* parler de la mission des Loups (Delawares) à Fairfield (près de Thamesville, Ontario) et du projet de christianiser leurs voisins, les Sauteux. Sa formation de linguiste le rendait apte à apprendre autant la langue des Loups que celle des Sauteux pour traduire les Écritures et prêcher ensuite les Indiens dans leur propre langue. Ordonné diacre le 27 avril 1800, il partit en mission avec John Heckewelder. Avant de se rendre à Fairfield, il demeura quelque temps à Goshen (près de Gnadenhutten, Ohio), où Zeisberger lui enseigna les rudiments du dialecte loup. Denke et sa femme essayèrent pendant plusieurs années d’évangéliser les Sauteux semi-nomades dans leurs villages temporaires, le long du ruisseau Big Bear (rivière Sydenham) et de la rivière Saint-Clair. Devant l’insuccès de leurs efforts, ils retournèrent à Fairfield pour y demeurer. Pendant des années, le couple y rendit de précieux services en s’occupant d’éducation et d’œuvres missionnaires.

La guerre de 1812 eut des conséquences désastreuses pour Fairfield. Ardents pacifistes, Denke et son compagnon, John Schnall, s’efforcèrent de convaincre les Indiens de demeurer neutres dans ce conflit, mais certains se joignirent tout de même aux forces britanniques. Après la bataille de Moraviantown, le 5 octobre 1813 [V. Henry Procter*], les Américains incendièrent Fairfield, « en lançant la première torche sur l’église morave ». Les Schnall retournèrent à Bethlehem et laissèrent au couple Denke le soin de conduire les Indiens en lieu sûr près de Burlington Heights (Hamilton, Ontario).

Incapables d’entrer en communication avec Bethlehem, les Denke, avec une certaine assistance du gouvernement du Haut-Canada, assumèrent la charge des Indiens pendant deux ans. Leur campement d’hiver près de Dundas comptait 183 personnes à la fin de 1813. Le printemps suivant, ils partirent s’installer dans le canton de Nelson. Denke était attentif aussi aux besoins spirituels des Blancs de la région. Ainsi, à la fin de juin 1814, il s’occupa des huit hommes condamnés à mort pour trahison aux « assises sanglantes » d’Ancaster [V. Jacob Overholser*] et demeura auprès d’eux nuit et jour jusqu’à leur exécution le 20 juillet.

Le 8 mai 1815, le couple Denke et ses convertis se mirent en route pour Fairfield, voyage que les Indiens mettaient 18 jours à faire à pied. En plus de veiller à la construction d’une nouvelle église et d’un nouveau village, nommé New Fairfield, de l’autre côté de la rivière Thames, Denke défendit les intérêts des autres colons de la région. À titre de membre d’un comité qui représentait six cantons, il rédigea un document pour Statistical account of Upper Canada de Robert Gourlay*. D’après ce rapport, il est évident que Denke et les autres missionnaires prônaient une morale rigide tout en décourageant certaines coutumes traditionnelles. On y lit par exemple ceci : « D’autres Indiens peuvent se peindre le corps avec du vermillon obtenu du gouvernement ; mais les Indiens moraves n’ont pas le droit de le faire. »

Les problèmes et les responsabilités engendrés par la guerre et les travaux de reconstruction ruinèrent la santé de Christian Frederick Denke, qui se mit à boire exagérément. Schnall vint le remplacer en novembre 1818 et Denke retourna alors à Bethlehem avec sa femme pour se reposer. Deux ans plus tard, ils acceptèrent un poste à Hope Church dans la région de Salem, en Caroline du Nord, puis à Salem même et à Friedberg, situé tout près, où Anna Maria Denke mourut en 1828. Trois ans plus tard, Denke se retira avec sa seconde femme dans la ville de Salem, où il décéda en 1838.

Leslie Robb Gray

D’après un manuscrit intitulé « Memoir of the married Brother Christian Friedrich Denke, who went peacefully to sleep in Salem on Jan. 12, 1838 », déposé aux Moravian Arch. (Winston-Salem, N.C.), Christian Frederick Denke aurait publié un alphabet dans la langue des Sauteux, mais nous n’avons pu localiser aucun exemplaire. On croit aussi qu’il est l’auteur d’un dictionnaire qui parut sous le titre de A Lenâpé-English dictionary ; from an anonymous MSin the archives of the Moravian Church at Bethlehem, Pa., D. G. Brinton et A. S. Anthony, édit. (Philadelphie, 1888). Parmi les ouvrages religieux de Denke, citons sa traduction dans la langue des Loups de The three Epistles of the Apostle John [...] (New York, 1818).

American Philosophical Soc. (Philadelphie), G. H. E. Mühlenberg, corr. de C. F. Denke, 1798–1811, incluant « Index floræ Nazarathanæ [...] ».— Moravian Arch. (Bethlehem, Pa.), Church diaries ; Indian mission records, C. F. Denke, report of first visit among the Tschipues [Chippewas], juin 1801 ; report of new Tschipue Mission, sept. 1802–mars 1803 ; Fairfield Mission, boxes A–C.— R. B. McAfee, « The McAfee papers : book and journal of Robt. B. McAfee’s mounted company, in Col. Richard M. Johnson’s regiment [...] », Ky. State Hist. Soc., Reg. (Frankfort), 26 (1928) : 128–129.— Statistical account of U.C. (Gourlay ; S. R. Mealing, édit. ; 1974), 141–142.— Elizabeth Graham, Medicine man to missionary : missionaries as agents of change among the Indians of southern Ontario, 1784–1867 (Toronto, 1975).— E. E. [Lawson] Gray et L. R. Gray, Wilderness Christians : the Moravian mission to the Delaware Indians (Toronto et Ithaca, N.Y., 1956).— L. R. Gray, « The Moravian missionaries, their Indians, and the Canadian government », SHC Rapport, 1955 : 96–104.— E. E. [Lawson] Gray, « A missionary venture on the St. Clair », Moravian Hist. Soc., Trans. (Nazareth, Pa.), 14 (1951) : 341–349.

Bibliographie générale

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Leslie Robb Gray, « DENKE, CHRISTIAN FREDERICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/denke_christian_frederick_7F.html.

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Auteur de l'article:   Leslie Robb Gray
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   22 novembre 2014