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DESAULNIERS, GONZALVE (baptisé Jean-Baptiste-Amédée-Gonzalve), journaliste, poète, avocat et juge, né le 24 juin 1863 à Upton-Partie-Nord-Est (Saint-Guillaume, Québec), fils d’Antoine Lesieur-Desaulniers, médecin, et d’Hélène-Lucil-Virginie Tellier ; le 5 juillet 1887, il épousa dans la paroisse Saint-Jacques, à Montréal, Elizabeth Martin, et ils eurent un fils et deux filles ; décédé subitement le 5 avril 1934 à Montréal.

Gonzalve Desaulniers étudie au collège du Sacré-Cœur, à Sorel (Sorel-Tracy), jusqu’en 1877. À partir de cette année, il poursuivra ses études classiques pendant quatre ans au collège Sainte-Marie, à Montréal, ville d’où il collabore à la rédaction du Journal d’Arthabaska. Ce quotidien est voué à la promotion de Wilfrid Laurier*, candidat du Parti libéral fédéral dans la circonscription de Drummond et Arthabaska. Doué pour les lettres, Desaulniers rédige, à 18 ans, une tragédie en vers qu’il fait lire par l’écrivain Louis Fréchette*. Ce dernier met sa bibliothèque à la disposition de Desaulniers qui, après avoir étudié le droit (mais sans fréquenter une école), sera admis au barreau le 5 juillet 1895.

Entre-temps, Desaulniers gagne principalement sa vie grâce à l’écriture et la politique. En effet, de 1883 à 1889, à Montréal, il est journaliste à l’Étendard, périodique ultramontain dirigé par le sénateur François-Xavier-Anselme Trudel*. Membre actif du Cercle Ville-Marie, Desaulniers dirige également la Revue canadienne, à Montréal, en 1883 et 1884. Il y signe une chronique consacrée à la vie politique canadienne et étrangère. En décembre 1889, il abandonne l’Étendard pour travailler au National, hebdomadaire de Montréal (d’abord « castor », puis libéral) dont il sera le rédacteur jusqu’à sa fermeture en 1896. Pendant la campagne électorale provinciale de 1892, il le transforme en un quotidien de combat. Les libéraux d’Honoré Mercier* sont défaits et les idées de Desaulniers inquiètent les dirigeants du parti. Il collabore aussi, en effet, à un périodique montréalais ouvertement anticlérical, le Canada-Revue d’Aristide Filiatreault*, porte-parole des libéraux radicaux de Montréal. En 1896, avec Jules Helbronner* et Télesphore Saint-Pierre*, il rédige le quotidien éphémère le Soir, de Montréal, pendant la campagne électorale fédérale qui mène à l’élection de Laurier et des libéraux.

Le travail n’empêchera jamais Desaulniers de poursuivre ses activités littéraires. C’est dans la Revue canadienne qu’il fait ses premières incursions dans le domaine de la poésie, de même que dans le Monde illustré de Montréal (1884, 1885) et les Nouvelles Soirées canadiennes de Québec (1887). En 1886, après la pendaison de Louis Riel*, il se fait remarquer en publiant à Montréal un long poème, l’Absolution avant la bataille, qui souligne l’héroïsme des miliciens montréalais envoyés dans les Territoires du Nord-Ouest en mai 1885. Le texte paraît d’abord dans la Minerve, puis en brochure. En 1893, il défend Fréchette au cours d’une querelle retentissante avec William Chapman*, qui accuse le poète lauréat de plagiat. Il fait paraître des poèmes à Montréal dans le Journal de Françoise, le Passe-Temps, la Revue populaire et la Revue moderne. Il collabore également à la Revue des deux Frances (Paris et Montréal).

Le 29 avril 1898, Desaulniers se joint au groupe de jeunes qui ont fondé l’École littéraire de Montréal. Avec ses amis écrivains Alphonse Beauregard, Germain Beaulieu*, Jean Charbonneau, Hector Demers , Georges-Alma Dumont, Albert Ferland*, Lionel Léveillé et Jules Tremblay, il participe assez activement aux séances de l’école jusqu’en 1910, année où il en devient président (il le demeure du 19 octobre 1910 au 13 octobre 1911). Deux publications de l’école, le recueil intitulé les Soirées du château de Ramezay et la revue le Terroir, parues à Montréal respectivement en 1900 et 1909, renferment une douzaine de ses poèmes. En 1926, après avoir été exclu des Soirées de l’École littéraire de Montréal : proses et vers, collectif publié l’année précédente à Montréal, et en désaccord avec les propos désobligeants qui s’y trouvent au sujet de l’écrivain français Anatole France, il démissionne de façon fracassante.

Desaulniers affiche ses idées progressistes en participant à diverses activités sociales et culturelles, et ce, malgré les conflits avec les autorités religieuses que cela lui occasionne parfois. Le 20 janvier 1899, il devient membre de la loge franc-maçonne L’Émancipation de Montréal ; les noms de quelques membres de cette société secrète seront rendus publics en 1910. En 1902, en compagnie de Godfroy Langlois*, lui aussi franc-maçon, il crée la Ligue de l’enseignement, qui prône ouvertement une réforme scolaire dont plusieurs éléments vont à l’encontre des positions de l’Église catholique. La même année, avec l’avocat Zénon Fontaine, il fonde le théâtre des Nouveautés à Montréal, où l’on joue un répertoire français classique et contemporain de pièces qui ne plaisent pas toujours au clergé.

En 1909, Desaulniers est élu à la présidence du comité de Montréal de l’Alliance française, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort. À ce titre, ainsi qu’à celui de premier vice-président de la Fédération de l’Alliance française aux États-Unis et au Canada (à partir de 1910), il fera venir plus de 200 conférenciers, dont des représentants de la France républicaine et libérale. Inspiré par la fraternité franco-canadienne pendant la Première Guerre mondiale, il rendra hommage à sa patrie intellectuelle dans un long poème intitulé Pour la France […], publié à Montréal en 1918. En 1910, il appuie, au nom de l’École littéraire de Montréal, la campagne de Victor Morin en faveur d’une bibliothèque municipale publique et laïque à Montréal. Mgr Paul Bruchési, tout comme l’épiscopat de la province, voit d’un mauvais œil l’expansion d’une telle bibliothèque, où les lectures ne seraient pas surveillées. En 1913, il sévit quand Olivar Asselin, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, invite son ami Desaulniers à réciter quelques poèmes aux fêtes du 24 juin ; il aurait apparemment menacé la société de lui interdire l’usage d’une salle appartenant à l’université Laval si ce dernier faisait partie du programme. Le poète choisit finalement de se retirer.

Desaulniers pratique le droit à Montréal, seul ou en association, au moins à partir de 1897. Il est nommé conseiller du roi en 1903. Au fil des ans, il se fait une spécialité des affaires de presse comme avocat des idées libérales et défenseur des droits de la parole. En 1908, par exemple, il représente Rodolphe Girard – l’auteur de Marie Calumet, roman condamné par l’archevêque de Montréal dès sa parution en 1904 – dans un procès intenté pour diffamation au journal la Vérité, de Québec, procès qu’il gagne le 27 octobre 1911. Le 15 janvier 1923, à l’âge de 59 ans, il est nommé juge à la Cour supérieure pour le district de Montréal. Il le restera jusqu’à la fin de sa vie. Il dirige notamment le procès, en 1928, de la cause type sur l’ouverture des cinémas le dimanche.

En 1930, Desauniers publie à Montréal un volume de luxe et de grand format qu’il intitule les Bois qui chantent. Une cinquantaine de ses pièces en vers, écrites pendant une période de plus de 40 ans, s’y trouvent réunies. Elles ne représentent qu’une partie de sa production, mais en sont tout à fait caractéristiques. Ces quelque 2 500 vers à la fois lyriques et contemplatifs, tournés en alexandrins élégants, sont pénétrés de ses lectures de maîtres français comme Jean-Jacques Rousseau et Alphonse de Lamartine. Ils appartiennent à une autre époque, car ils sont parnassiens par la technique de versification et romantiques par l’inspiration. Bien qu’il détonne un peu, le recueil est bien reçu par la critique québécoise, ainsi que par l’Académie française et l’Alliance française de Paris, qui lui décerne sa médaille d’or. Cette consécration internationale est suivie, en 1932, de l’admission de Desaulniers à la Société royale du Canada. Le gouvernement français l’a nommé officier de l’Instruction publique, ainsi que chevalier, puis officier de la Légion d’honneur. En 1927, la McGill University a reconnu sa contribution à la langue et à la culture françaises par un doctorat honorifique.

Ce poète lyrique, que l’histoire littéraire range quelque part entre un Louis Fréchette grandiloquent et un Nérée Beauchemin intime, appartient sans contredit à la première génération de l’École littéraire de Montréal, celle qui s’intéresse encore à une prosodie classique. Homme de lettres et de droit aux idées libérales, Gonzalve Desaulniers se distingue de ses semblables en s’illustrant dans des formes d’expression aussi disparates que le journalisme, la poésie, la conférence, la plaidoirie et le jugement.

Kenneth Landry

En plus des titres déjà mentionnés, Gonzalve Desaulniers a écrit : « la Chevrette », SRC, Mémoires, 2e sér., 5 (1899), sect. i : 81–86 et Sir Lomer Gouin : sa vie, son œuvre ([Montréal], 1923).

BAnQ-CAM, CE601-S33, 5 juill. 1887 ; CE601-S51, 9 janv. 1854.— BAnQ-MCQ, CE403-S11, 24 juin 1863.— Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, Univ. Laval, Arch. du projet DOLQ ; Arch. du projet Histoire de la vie littéraire au Québec.— Le Canada (Montréal), 6 avril 1934.— Le Devoir, 9 avril 1934.— Le Pays (Montréal), 8 juin, 9 août 1913.— La Presse, 13 juill. 1903, 14 oct. 1911.— Le Réveil (Montréal), 9 févr. 1895, 7 janv. 1899.— [É.-J. Auclair], « l’Honorable Juge Desaulniers », SRC, Mémoires, 3e sér., 28 (1934), proc. : x–xii.— Samuel Baillargeon, Littérature canadienne-française (Montréal, 1957).— Germain Beaulieu, Nos immortels (Montréal, 1931), 59–69.— Henri Bernard, la Ligue de l’enseignement : histoire d’une conspiration maçonnique à Montréal (Notre-Dame-des-Neiges [Montréal], 1904), 27–28.— Jean Charbonneau, l’École littéraire de Montréal : ses origines, ses animateurs, ses influences (Montréal, 1935), 161–172.— Dictionary of literary biography (357 vol. parus, Detroit, 1978–    ), 92 (Canadian writers, 1890–1920, W. H. New, édit., 1990) : 82–85.— DOLQ, 2 : 151–153.— L’École littéraire de Montréal : procès-verbaux et correspondance (et autres documents inédits sur l’école), Réginald Hamel, édit. (2 vol., Montréal, 1974).— Guy Frégault, Histoire de la littérature canadienne-française : seconde moitié du xixe siècle (Montréal, 1996), 108–124.— Antonio Huot, le Poison maçonnique (Québec, 1911), 23–25.— A.-J. Lemieux, la Loge L’Émancipation (Montréal, 1910), 21–30.— Roger Le Moine, Deux loges montréalaises du Grand Orient de France (Ottawa, 1991), 85–87, 111–112.— P.-G. Roy, les Juges de la prov. de Québec.— La Vie culturelle à Montréal vers 1900, sous la dir. de Micheline Cambron ([Montréal], 2005).— Paul Villard, Alliance française, comité de Montréal, 1902–1942 : quarante années au service de la pensée française (Montréal, 1941).

Bibliographie générale

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Kenneth Landry, « DESAULNIERS, GONZALVE (baptisé Jean-Baptiste-Amédée-Gonzalve) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 13 déc. 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/desaulniers_gonzalve_16F.html.

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Auteur de l'article:   Kenneth Landry
Titre de l'article:   DESAULNIERS, GONZALVE (baptisé Jean-Baptiste-Amédée-Gonzalve)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2015
Année de la révision:   2015
Date de consultation:   13 décembre 2017