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GAGNIEUR, WILLIAM FRANCIS, prêtre catholique, missionnaire jésuite, traducteur et érudit, né le 10 mai 1857 à Guelph, Haut-Canada, fils d’Étienne-François-Antoine (Anthony) Gagnieur et d’Elizabeth Allan ; décédé le 7 février 1937 à Sault-Sainte-Marie, Ontario, et inhumé à Sault-Sainte-Marie, Michigan.
William Francis Gagnieur, le « dernier des robes noires », appartenait à une fervente famille catholique. Son père, né à Lyon, en France, servit dans l’armée française à titre d’officier ; sa mère, presbytérienne native d’Édimbourg, s’était convertie au catholicisme. William Francis grandit à Guelph, ville située dans le sud-ouest de l’Ontario. Il reçut son éducation primaire de ses parents, musiciens accomplis. Étienne-François-Antoine enseignait la musique et avait fondé avec sa femme, Elizabeth, la chorale de l’église locale St Bartholomew, dans laquelle chantaient leurs enfants. À l’âge de 15 ans, William Francis en devint l’organiste et le chef de chœur. À ce moment-là, ses parents étaient déjà partis vivre à St Catharines ; quant à lui, resté à Guelph, il logeait dans le presbytère jésuite, et apprenait le latin et les mathématiques. Ses liens étroits avec la communauté jésuite le menèrent à entrer dans la Compagnie de Jésus à Montréal, le 6 septembre 1873. Dans le cadre de sa formation, pendant laquelle il étudiait et enseignait, il séjourna environ six ans en Europe (à Londres et à Louvain, en Belgique). À son retour au Canada, il travailla comme instructeur au collège Sainte-Marie de Montréal, puis au St Dunstan’s College de Charlottetown. Après deux autres années d’enseignement au collège Sainte-Marie (de 1881 à 1883), il entreprit trois ans d’études théologiques. Ordonné au scolasticat de l’Immaculée-Conception de Montréal le 26 avril 1886, il donna des cours au séminaire des Trois-Rivières pendant toute l’année suivante, puis effectua sa période de scolarité finale à Montréal.
Gagnieur espérait consacrer son ministère aux besoins spirituels des Premières Nations du nord de l’Ontario. Il reçut sa première affectation à la mission de Holy Cross [V. Jean-Baptiste Proulx*] à Wikwemikong, colonie située dans la partie nord-est de l’île Manitoulin, et entra en service le 3 juillet 1889. Il contribuait ainsi à perpétuer la tradition du travail missionnaire jésuite en Amérique du Nord, instaurée au début des années 1600 par des hommes tels que le père Jean de Brébeuf*. Comme nombre de jésuites, Gagnieur croyait qu’il n’y avait que deux façons de christianiser les Premières Nations : les tenir à l’écart de la population blanche et maîtriser leurs langues. En 1932, dans une lettre à un collègue jésuite, il écrirait : « Trop souvent, ils sont exposés aux pires spécimens de la race blanche [...] Le résultat n’est pas bon quand il y a amalgame. » La vaste mission à Wikwemikong était devenue le foyer d’étude de la langue ojibwée en Ontario ; l’une des tâches de Gagnieur consista à traduire en anglais un dictionnaire ojibwé-français inédit, compilé par le missionnaire jésuite Martin Férard plus tôt dans la décennie. Sous la direction des pères jésuites Paul Nadeau et Dominique Du Ranquet (Chardon Duranquet), Gagnieur découvrit la beauté de la langue ojibwée, dans laquelle il composerait puis prononcerait une homélie moins d’un an après son arrivée.
Gagnieur aurait préféré rester plus de quatre ans à Wikwemikong, mais, en 1893, on le nomma supérieur de la mission de l’Immaculée-Conception, fondée en 1849 par Nicolas-Marie-Joseph Frémiot* et Jean-Pierre Choné au bord de la rivière Kaministiquia, près de Fort William (Thunder Bay) et de la réserve homonyme. Aux côtés de cinq autres jésuites, Gagnieur célébrait la messe quotidienne, les baptêmes ainsi que les mariages, et officiait aux enterrements. Il voyageait parfois vers le sud, à Grand Portage et Grand Marais au Minnesota, et vers l’est, dans la région du lac Nipigon en Ontario, en canot ou en traîneau à chiens, afin d’administrer les sacrements. Le 10 avril 1895, un incendie détruisit le couvent, l’orphelinat et l’église de la mission de Fort William ; Gagnieur supervisa les plans de reconstruction des bâtiments.
En août 1895, on envoya Gagnieur dans la péninsule supérieure du Michigan. Il y évoluerait en tant que missionnaire et érudit pendant les 42 dernières années de sa vie. Installé à Sault-Sainte-Marie, juste au sud de la colonie canadienne du même nom, il se déplaça dans 40 missions et célébra 153 baptêmes autour des lacs Michigan, Huron et Supérieur dès la première année. Il rendit également visite à des familles dans des régions rurales et des villages le long des principales voies ferrées qui sillonnaient le nord de l’État. En 1925, Gagnieur joua un rôle déterminant dans la fondation d’églises missionnaires, dont l’église Sacred Heart de l’île Sugar, près de la réserve adjacente à Sault-Sainte-Marie. La responsabilité du travail missionnaire dans la péninsule nord était passée du diocèse de Marquette (auquel il appartenait) à la province jésuite de Chicago en 1914, mais ses supérieurs l’avaient autorisé à continuer de s’occuper des communautés sur le territoire qu’il connaissait si bien.
L’intérêt de Gagnieur pour le ministère s’atténua graduellement au profit de la recherche. Il rédigea une biographie inédite sur le missionnaire jésuite Frederic Baraga*, et se tailla une réputation au Michigan et en Ontario comme auteur, conférencier et défenseur des droits et de la culture des Premières Nations de la région. Il trouvait la langue ojibwée à la fois expressive et complexe. Dans ses recherches et ses articles, il tenta d’expliquer l’étymologie et le sens exacts des toponymes de la péninsule supérieure. En 1918, il affirma ceci : « J’ai entendu et j’ai lu, plus d’une fois, des définitions et des interprétations de noms et de toponymes indiens, lesquelles, je suppose, satisfaisaient [les gens] peu critiques, mais qui, en réalité, n’étaient rien de moins qu’une insulte à la vérité historique, et un affront à la magnifique langue indienne. » Il apporta sa plus importante contribution en accréditant la croyance selon laquelle une empreinte durable des peuples autochtones de la péninsule nord se trouvait dans les noms des éléments naturels et des établissements de la région.
William Francis Gagnieur, homme frêle aux cheveux blancs à la fin de sa vie, jouissait d’une grande estime au Michigan, où on l’avait fait membre honoraire de la Michigan Pioneer and Historical Society. Les Chippewas l’avaient adopté : ils l’appelaient Pekinawgay, qui signifie « gagnant ». En juillet 1934, afin de commémorer le tricentenaire de l’arrivée de l’explorateur Jean Nicollet* de Belleborne dans la région, Gagnieur célébra une messe extérieure devant des milliers de personnes. Dans sa couverture de l’événement, le Detroit Free Press le salua comme le « dernier des robes noires ». En avril 1936, on tint une observance de trois jours à Sault-Sainte-Marie pour souligner le cinquantième anniversaire de son ordination. Gagnieur mourut le 7 février 1937, à la suite d’une longue maladie. Le journal local Evening News loua sa « vie de service, d’abnégation et de dévotion entière à Dieu ». Deux ans auparavant, le prêtre autochtone Philip Gordon lui avait rendu cet hommage : « Vers toi, Pekinawgay, je me tournerai toujours dans les moments les plus difficiles. Je me souviendrai toujours de ce que tu as fait pour les miens. » En plus d’une cinquantaine d’années de travail missionnaire, Gagnieur laissa notamment en héritage une contribution à une meilleure compréhension de la langue ojibwée.
William Francis Gagnieur est l’auteur de : « Indian place names in the Upper Peninsula, and their interpretation », Michigan Hist. Magazine (Lansing, Mich.), 2 (1918) : 526–555, et « Some place names in the Upper Peninsula of Michigan and elsewhere », Michigan Hist. Magazine, 3 (1919) : 412–419. Il a également écrit au moins deux textes inédits : « The Ojibway language, or, a glimpse at some peculiarities of the Algic dialects », article de 1933 déposé à la Univ. of Mich. Library à Ann Arbor ; et « Life and labors of Right Rev. Frederick Baraga », manuscrit non daté conservé aux Jesuit Arch. and Research Center (St Louis, Mo.), Missouri Province personnel files, box 5.0043, W. J. Gagnieur folder.
FamilySearch, « Canada, Ontario, deaths, 1869–1937 and overseas deaths, 1939–1947 », Wm. F. Gagnieur, Sault Ste Marie, 7 févr. 1937.— Arch. des jésuites au Canada (Montréal), BO-0236 (fonds William Francis Gagnieur).— Arch. of the Roman Catholic Diocese of Thunder Bay, Ontario, 50.1 (Father William Maurice, s.j. fonds), North of Lake Superior missions, vol. 29, files 21–25 et vol. 52, file 17, « Jesuit missions », avril 1932, 93.— Detroit Free Press, 2 juill. 1934, 9 févr. 1937.— Evening News (Sault-Sainte-Marie, Mich.), 8–12 févr. 1937.— State Journal (Lansing), 11 mai 1936.— Dictionary of Jesuit biography : ministry to English Canada, 1842–1987 (Toronto, 1991).— R. H. Piovesana, Hope and charity : an illustrated history of the Roman Catholic diocese of Thunder Bay (Thunder Bay, 2002).
Roy H. Piovesana, « GAGNIEUR, WILLIAM FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 avril 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/gagnieur_william_francis_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/gagnieur_william_francis_16F.html |
| Auteur de l'article: | Roy H. Piovesana |
| Titre de l'article: | GAGNIEUR, WILLIAM FRANCIS |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 28 avril 2026 |