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GLOCKLING, ROBERT, relieur, dirigeant syndical et fonctionnaire, né le 1er août 1854 à Londres, fils de Peter Glockling, peintre, et d’une prénommée Elizabeth ; le 14 novembre 1874, il épousa à Toronto Margaret McDonald (McDonnell) (décédée en 1894), et ils eurent trois filles et deux fils, puis, au plus tard en 1900, une prénommée Hannah, et de ce second mariage naquirent deux enfants ; décédé le 6 février 1913 à Indianapolis, Indiana.

Robert Glockling travaillait déjà depuis trois ans lorsque, à l’âge de 12 ans, il commença son apprentissage de relieur chez Waterloo and Sons à Londres. Il le termina à la Copp, Clark and Company de Toronto, où il avait immigré avec sa famille en 1868. Inscrit en 1871 à la Toronto Bookbinders’ Benevolent Association, il participa l’année suivante au mouvement en faveur de la journée de neuf heures. Après l’échec de ce mouvement et la grève des typographes en 1872 [V. John Armstrong*], il se retrouva au chômage. Pendant deux ans, il passa le plus clair de son temps à vagabonder et à travailler dans l’Ouest américain, puis il rentra à Toronto en 1874.

Au début des années 1870, Glockling avait adhéré à l’ordre d’Orange, plus précisément à la loge n657, dont son père était secrétaire. À la fin de 1874, la loge le suspendit sous prétexte qu’il avait épousé une catholique. Il en appela à la loge du district, qui, en avril 1875, après avoir découvert que sa femme était protestante au moment du mariage, conclut que son expulsion était injustifiée. Il deviendrait un jour maître de la loge n657, puis maître de comté.

Contremaître dans les années 1880 à l’entreprise de reliure de Samuel Edward Hall puis chez Davis and Henderson, Glockling occupa la présidence de la Toronto Bookbinders’ Benevolent Association. Le 25 février 1886, par suite d’une réorganisation, cette association devint l’assemblée Hand-in-Hand n5743 des Chevaliers du travail. Après y avoir été secrétaire financier et maître artisan, Glockling accéda à la fonction de secrétaire aux archives de l’assemblée du district n125 des Chevaliers du travail en 1887, de secrétaire aux finances en 1888 et de trésorier l’année suivante. En 1887, il s’était rendu en vain à Philadelphie pour demander au conseil général de direction d’aider financièrement l’assemblée du district n125, durement éprouvée par la grève de la Toronto Street Railway Company en 1886 [V. sir Frank Smith*]. En 1889, il représenta l’assemblée du district n125 à l’assemblée générale des Chevaliers du travail, qui se tenait à Denver, au Colorado.

En outre, Glockling occupa en 1889–1890 la présidence du Toronto Trades and Labor Council, qu’il représenterait par la suite à la Canadian National Exhibition Association et au conseil de la Toronto Technical School. En 1883, lui-même et un certain nombre de ses collègues du conseil, dont le peintre Charles March*, le typographe Daniel John O’Donoghue* et le journaliste Thomas Phillips Thompson*, avaient promu la création du Congrès des métiers et du travail du Canada. Glockling appartint au conseil de direction ontarien de cet organisme de 1890 à 1893.

Après l’effondrement de l’assemblée locale n5743 en 1894, qui accompagna la chute des Chevaliers du travail en Ontario, Glockling adhéra à la section locale n28 de l’International Brotherhood of Bookbinders of North America, qui avait obtenu sa charte en 1893. Élu premier vice-président en 1898, il serait président de 1905 jusqu’à sa mort. Pendant la même période, il fut aussi président du conseil d’administration de l’International Allied Printing Trades Association. À titre de chroniqueur de l’International Book-binder de Washington, l’organe de la fraternité internationale des relieurs, il défendit les revendications des réformateurs ouvriers de son époque, en particulier la réduction des heures de travail, l’utilisation de l’étiquette syndicale, le contrôle du fonctionnement de la machinerie par les syndicats et la formation technique. La syndicalisation des relieuses figurait également en bonne place dans le programme de l’International Brotherhood of Bookbinders. En s’inspirant de la doctrine des Chevaliers du travail sur les rôles sociaux des hommes et des femmes, Glockling affirma en 1905 que cette syndicalisation bénéficierait aux deux sexes. En 1910, il déclara au congrès annuel de la fraternité internationale des relieurs : « si les femmes recevaient le même salaire que les hommes, nous n’aurions aucune objection à ce qu’elles prennent notre place ».

Plusieurs membres de la famille Glockling travaillèrent dans le monde du livre. William et Edward, frères de Robert, étaient relieurs et appartinrent à l’assemblée locale n5743 ; organisateur à l’International Brotherhood of Bookbinders, William fut président du Congrès des métiers et du travail en 1909–1910. Leur sœur May Darwin avait joué en 1902 un rôle de premier plan dans la formation de la section torontoise de l’International Union Label League, dont la mission était d’amener les femmes d’ouvriers à participer au mouvement en faveur de l’utilisation de l’étiquette syndicale, et elle devint par la suite présidente de la Ligue socialiste canadienne.

Politiquement, Glockling était allié aux leaders libéraux-ouvriers torontois Daniel John O’Donoghue et Alfred Fredman Jury. En juin 1900, le gouvernement libéral de George William Ross le nomma secrétaire du Bureau du travail, nouvel organisme qui avait pour mandat de recueillir et de publier des informations et des statistiques sur l’emploi, les salaires et les heures de travail dans tout l’Ontario. En 1906, le Globe de Toronto nota son « jugement sûr », son « impartialité » et ses « opinions modérées », qualités fort utiles dans son rôle de médiateur de conflits de travail. Les rapports détaillés qu’il présentait en tant que secrétaire penchaient fortement en faveur des ouvriers, mais en même temps, a écrit un historien, il croyait que « les intérêts des travailleurs étaient compatibles avec un capitalisme éclairé ». Ainsi, en 1903, il appuya la formation d’une association d’employeurs à Toronto. Une fois que les patrons se seraient regroupés et auraient vaincu les effets néfastes du capitalisme fondé sur la concurrence, soutenait-il, ils verraient que des salaires élevés, en augmentant le pouvoir d’achat des classes laborieuses, engendreraient une hausse des ventes et des bénéfices. En 1904, Glockling fut vice-président de la Labor Temple Company Limited, entreprise créée la même année par des travailleurs en vue d’obtenir un immeuble à l’usage des ouvriers.

Glockling quitta le Bureau du travail en août 1906. Sans doute la présidence de l’International Brotherhood of Bookbinders l’occupait-elle beaucoup, mais le fait que l’Association des manufacturiers canadiens et le nouveau gouvernement conservateur de James Pliny Whitney lui mettaient des bâtons dans les roues pourrait aussi expliquer sa démission. On parla de la possibilité qu’il se présente comme candidat ouvrier dans Toronto, mais lui-même et sa famille allèrent plutôt s’installer à Indianapolis, siège de l’International Brotherhood of Bookbinders. En mauvaise santé pendant sa dernière année, il mourut d’un cancer de l’estomac en 1913 et fut inhumé au cimetière catholique Mount Hope à Toronto. Comme il avait exprimé des inquiétudes quant à la sécurité financière de sa femme, Hannah, qui était catholique, et à l’éducation de leurs enfants, les membres de l’International Brotherhood of Bookbinders constituèrent un fonds à leur bénéfice.

Dans une nécrologie, le Toronto Daily Star évoqua les débuts difficiles du mouvement ouvrier à Toronto, époque où être connu comme dirigeant syndical signifiait subir l’ostracisme. Jamais, déclarait le Star, les convictions de Robert Glockling n’avaient fléchi ; « la sincérité et l’honnêteté avec lesquelles il se battait lui avaient gagné l’admiration d’anciens adversaires féroces ».

Gregory S. Kealey et Christina Burr

AN, RG 31, C1, Toronto, 1871, St John’s Ward, div. 5 : 65 ; 1881, St Patrick’s Ward, div. 1 : 53 ; 1891, St Patrick’s Ward, div. A : 96 ; 1901, Ward 3, div. 13 : 4 (mfm aux AO).— AO, RG 80-2 ; RG 80-5-0-54, n11022 ; RG 80-8-0-180, n23171.— Mount Hope Cemetery (Toronto), Burial records, sect. 2, lot 71.— Globe, 31 août 1906.— Labor Advocate (Toronto), 1891.— Toronto Daily Star, 8 févr. 1913.— World (Toronto), 7 févr. 1913.— Annuaire, Toronto, 1871–1900.— John Battye, « The nine hour pioneers : the genesis of the Canadian labour movement », le Travailleur (Halifax), 4 (1979) : 25–56.— Christina Burr, « Class and gender in the Toronto printing trades, 1870–1914 » (thèse de ph.d., Memorial Univ. of Nfld, St John’s, 1992).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— Paul Craven, « An impartial umpire » : industrial relations and the Canadian state, 1900–1911 (Toronto, 1980).— Eugene Forsey, Trade unions in Canada, 1812–1902 (Toronto, 1982).— International Book-binder (Washington), 1900–1912.— G. S. Kealey, Toronto workers respond to industrial capitalism, 1867–1892 (Toronto, 1980 ; réimpr., 1991).— G. S. Kealey et B. D. Palmer, Dreaming of what might be : the Knights of Labor in Ontario, 1880–1900 (Toronto, 1987).— Prov. Grand Orange Lodge of Ontario West, Report of the proc. (Toronto), 1895.— Wayne Roberts, Honest womanhood : feminism, femininity and class consciousness among Toronto working women, 1893 to 1914 (Toronto, 1976) ; « Studies in the Toronto labour movement, 1896–1914 » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1978).

Bibliographie générale

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Gregory S. Kealey et Christina Burr, « GLOCKLING, ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/glockling_robert_14F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
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Date de consultation:   18 décembre 2014