En 1754, Anthony Henday (circa 17251762), manœuvre, laceur et peut-être hors-la-loi, part explorer les vastes territoires à l’ouest du fort York, autour de la baie d’Hudson, sous les directives de James Isham de la Hudson’s Bay Company. Grâce aux Cris des plaines avec lesquels il voyage, il réussit à encourager des Autochtones, dont Wapinesiw, à faire le commerce des fourrures avec la Hudson’s Bay Company. Il tient un journal personnel pendant son périple qui dure près d’un an et qui l’amène à traverser, à pied et en canot, une région qui deviendrait la Saskatchewan et l’Alberta. On lui attribue le mérite d’avoir appris beaucoup de choses sur les terres et les populations de l’Ouest canadien.

HENDAY (Hendey, Hendry), ANTHONY, manœuvre, laceur et explorateur au service de la Hudson’s Bay Company, baptisé en décembre 1725 à Shorwell, île de Wight, Angleterre, fils d’Anthony Hendy et de Mary Welcombe ; décédé après 1762.

Anthony Henday fut l’un des premiers Européens à explorer les vastes espaces de l’Ouest canadien. Avant lui, d’autres voyageurs s’étaient aventurés à l’intérieur du continent : Henry Kelsey* s’était rendu jusqu’aux plaines en 1690–1692, William Stuart* avait traversé les Barrens jusqu’à la région sud-est du Grand lac des Esclaves (Great Slave Lake, T.-N.-O.) en 1715–1716, mais dans l’ensemble, la Hudson’s Bay Company n’avait pas manifesté beaucoup d’intérêt pour les régions situées au-delà de la baie d’Hudson, qui étaient jusqualors inconnues des Européens. Toutefois, lorsque Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye et ses successeurs commencèrent à drainer le commerce de l’Ouest au cours des années 1740, la compagnie commença à s’intéresser de plus près au vaste territoire qu’elle revendiquait aux termes de sa charte. Ainsi, le comité de Londres saccorda avec la suggestion de James Isham qui avait la direction du fort York (York Factory, Man.), à savoir que « si une personne choisie avec soin était envoyée à l’intérieur du pays, avec des présents pour les Indiens, cela pourrait se révéler un bon moyen pour attirer un grand nombre d’indigènes vers la baie pour y commercer ».

Le début d’un voyage extraordinaire

Henday se porta volontaire pour l’expédition. Natif de l’île de Wight, située au sud de l’Angleterre, il avait exercé le métier de pêcheur avant d’entrer au service de la compagnie, en 1750, en qualité de laceur et de manœuvre. Selon Andrew Graham*, qui l’avait connu à York, il avait été proscrit pour contrebande en 1748, ce que les autorités de la Hudson’s Bay Company ignoraient lorsqu’elles l’embauchèrent. Depuis qu’il était à la baie d’Hudson, il avait acquis quelque expérience de déplacements à l’intérieur du pays car il avait voyagé avec un un groupe de guides cris jusqu’au lac Split, en février et mars 1754, dans le but de se faire une idée des distances.

Le 26 juin 1754, il se mit en route avec un détachement de Cris des plaines qui retournaient à l’intérieur des terres. Le parcours qu’ils suivirent se situait plusieurs milles au nord de celui que suivraient au xixe siècle les convois en partance de York ; ils quittèrent la rivière Hayes à l’embouchure de la Fox et traversèrent les lacs Utik et Moose pour atteindre la rivière Paskoya (Saskatchewan). Ayant appris que dans trois jours l’expédition passerait en vue d’un poste français, Henday consigna son appréhension : « Je n’aime pas beaucoup cela, car je n’ai aucune raison satisfaisante à leur donner pour justifier mon voyage à l’intérieur du pays et il est fort possible qu’ils croient que je suis un espion. » Lorsque le groupe atteignit Paskoya (Le Pas, Man.), le 22 juillet, les traiteurs français (Louis de La Corne était peut-être du nombre) menacèrent effectivement de s’emparer de Henday et de l’expédier en France mais, peut-être impressionnés par le grand nombre de Cris qui l’accompagnaient, ils lui permirent de poursuivre sa route.

Henday et ses compagnons ne tardèrent pas à abandonner leurs canots pour poursuivre leur route à pied à travers les immenses prairies. Au bout de quelques milles, les Cris retrouvèrent les membres de leurs familles qui n’avaient pas fait le long trajet par voie deau jusqu’à la baie. Henday voyageait déjà en compagnie d’une femme crie dont l’aide lui fut infiniment précieuse pour trouver de la nourriture, cuisiner et agir à titre d’interprète. Il ne mentionne pas son nom dans son journal, se contentant de la désigner comme sa « compagne de lit ». Les références à sa situation par rapport à cette femme sont absentes du journal dans la version officielle qu’Isham fit parvenir à Londres, car il était bien connu que le comité désapprouvait ce type de comportement.

Le groupe, désormais plus imposant, continua en direction de l’ouest, traversa la rivière Saskatchewan du Sud, au nord de ce qui deviendrait Saskatoon, et passa au sud de l’emplacement où s’élèverait plus tard Battleford. L’itinéraire qu’ils parcoururent, particulièrement après avoir quitté la région de Battleford, est un sujet de controverse. L’original du journal de Henday n’existe plus et les quatre copies qui subsistent se contredisent sérieusement. Quoi qu’il en soit, les inscriptions succinctes dans le journal de Henday se prêtent à différentes interprétations. « Nous nous rendons compte, signalera par la suite le comité de Londres, que Henday n’est pas très expert dans le tracé précis des plans ou dans l’évaluation des distances autrement qu’au jugé. » Lune des tentatives les plus convaincantes pour retracer son itinéraire a été faite par J. G. MacGregor, dans Behold the Shirting Mountains. Selon MacGregor, les voyageurs continuèrent en direction du nord-ouest et de l’ouest en longeant la vallée de la rivière Battle du côté sud.

Le 6 septembre, ils rencontrèrent un groupe d’Assiniboines qui vivait dans les collines Eagle et n’avait jamais trafiqué avec les Blancs. La diplomatie que déploya Henday fut semble-t-il efficace, car, par la suite, des groupes d’Assiniboines se rendirent à York tous les ans. Henday recherchait cependant ceux que les gens de la Hudson’s Bay Company connaissaient vaguement sous le nom d’« Archithinues » – des Atsinas (Gros Ventres) ou des Siksikas (Pieds-Noirs). Attickasish, chef du groupe cri qui accompagnait Henday, avait rencontré deux Archithinues le 4 septembre, mais les autres étaient plus à l’ouest, lancés à la poursuite des plus gros troupeaux de bisons. Henday nota, à la date du 15 septembre : « les bisons étaient en si grand nombre que nous fûmes obligés de les faire s’écarter de notre route ». À mesure qu’ils avançaient, Henday et ses compagnons rencontraient de nombreux groupes d’Assiniboines qui chassaient le bison. Le 14 octobre, à 18 milles environ au sud-est de l’endroit qui deviendrait Red Deer, Alberta, ils trouvèrent enfin le grand campement des Archithinues où quelque 200 tentes s’alignaient sur deux rangées. À lune des extrémités trônait la résidence en peaux de bison où logeait le grand chef et dans laquelle pouvaient prendre place environ 50 personnes. Le chef, entouré de 20 aînés, reçut Henday, le fit asseoir à sa droite sur une peau de bison neuve. Plusieurs calumets furent allumés et distribués à la ronde sans qu’aucune parole ne vienne rompre le silence ; puis des morceaux de viande de bison bouillie disposés dans des corbeilles faites d’herbes tressées circulèrent et l’invité d’honneur se fit offrir 12 langues, le mets raffiné par excellence des Archithinues.

Le jour suivant, Henday rencontra le chef à nouveau et, pour se conformer aux instructions de la compagnie, lui demanda de permettre à de jeunes hommes de retourner à York avec lui. Le chef répliqua quils ne pouvaient pas subsister sans viande de bison et abandonner leurs chevaux, et qu’ils ne savaient pas se servir de canots. Il s’était laissé dire, en outre, que les gens qui descendaient vers les établissements de la baie souffraient de la faim pendant le voyage. « Ces constatations me parurent on ne peut plus vraies », remarqua Henday, qui avait accompli seulement la moitié de son épuisant voyage après 16 semaines passées à franchir les rivières, les lacs et la plaine.

Henday et un certain nombre de Cris se déplacèrent vers la région située à l’ouest des lieux qui deviendraient Innisfail et Red Deer, où ils y passèrent la première partie de l’hiver. Ils étaient alors en vue des Rocheuses, mais dans les copies du journal de Henday qui subsistent il n’est pas fait clairement mention de cette imposante chaîne de montagnes. À la mi-janvier, ils prirent la direction nord-nord-est, passé le lac Sylvan, vers le point où la rivière Sturgeon se déverse dans la rivière Saskatchewan du Nord (à environ 20 milles en aval du lieu que lon connaîtrait sous le nom dEdmonton). Ils campèrent à cet endroit du 5 mars au 28 avril et s’employèrent à fabriquer des canots pour le long voyage en direction de l’est.

Retour vers l’est

En descendant la rivière Saskatchewan du Nord à la rame, ils firent la rencontre de groupes d’Autochtones qui se joignirent à eux ou troquèrent leurs fourrures avec les Cris contre des articles de provenance anglaise [V. Wapinesiw*]. Ses compagnons d’expédition avaient promis à Henday qu’ils essaieraient de persuader les Archithinues de descendre à la baie ; ils en croisèrent plusieurs sur leur route, mais les Cris ne firent rien pour encourager leurs concurrents potentiels dans le commerce avec la Hudson’s Bay Company. Bien au contraire, comme le fit remarquer Henday, « c’est à peine s’il rest[ait] un fusil, une marmite, une hachette ou un couteau, tout ayant été vendu aux Archithinues ». Il devint clair à son esprit que les structures économiques des Autochtones des plaines étaient plus complexes que ne le pensait la Hudson’s Bay Company. De nombreux Autochtones qui sarrêtaient aux postes le long de la baie d’Hudson avaient abandonné la chasse et le trappage ; ils étaient devenus des intermédiaires pour leurs communautés ou pour des Premières Nations de l’intérieur des terres qui n’utilisaient pas de canots.

Lorsque la flottille, qui comptait maintenant 60 canots, arriva au fort Saint-Louis, quelque dix milles au sud de la fourche de la Saskatchewan, les trafiquants français de l’endroit commencèrent par offrir de l’eau-de-vie à leurs clients puis obtinrent d’eux environ mille peaux de premier choix. Ils répétèrent le même stratagème à Basquia, et Henday observa : « Les Français parlent plusieurs langues à la perfection ; ils ont l’avantage sur nous en toutes choses ; et s’ils avaient du tabac du Brésil [...] ils nous raviraient tout le commerce. » Après quatre jours passés à Paskoya, il ne restait plus que les peaux lourdes ; Henday et les Cris reprirent la route de la baie d’Hudson en suivant le même chemin qu’à l’aller. Leur extraordinaire voyage se termina à York le 23 juin. Ils avaient été absents près d’un an. Henday s’était rendu plus loin à l’intérieur du continent, vers l’ouest, que tout autre Européen avant lui et il avait fait des constatations très utiles sur les économies autochtones et sur le genre de concurrence que leur faisaient les Français. Certains de ses récits semblèrent si étranges à ceux qui étaient restés au poste qu’ils furent accueillis avec une bonne dose d’incrédulité. Lorsqu’il raconta que les Archithinues se déplaçaient à dos de cheval, ses dires n’éveillèrent que scepticisme et éclats de rire.

Henday passa moins d’une semaine à York puis retourna à l’intérieur des terres, accompagné cette fois de William Grover. Toutefois, Grover fut incapable de supporter leffort du voyage et le 2 juillet les deux hommes étaient déjà de retour à la baie. Apparemment, Henday ressentait lui aussi la fatigue de ses expéditions car, en 1756, lorsque lsham l’envoya à l’intérieur du pays « pour prendre une vue réelle et exacte de l’endroit qu’il avait jugé propre à un établissement, à 500 milles de la baie, d’après les calculs », son mauvais état de santé l’obligea à rentrer à York sans avoir pu mener sa mission à terme. En 1758, il passa l’hiver à Ship River, un avant-poste de York, mais tomba si gravement malade « des suites d’un rhume » qu’un parti fut dépêché en mars pour le ramener au poste principal. Il recouvra la santé et, en juin 1759, il se rendit de nouveau au pays des Archithinues. Il n’existe pas de journal de cette expédition. Il fit le voyage en compagnie de quelques Archithinues qui étaient venus trafiquer à la baie d’Hudson, fruit de son expédition antérieure, et de Joseph Smith qui avait déjà à son actif plusieurs longs voyages à l’intérieur du continent. Henday, Smith et 61 canots montés par les Autochtones réapparurent à York en juin 1760.

Henday quitta le service de la compagnie en 1762. D’après Andrew Graham*, qui était à York à l’époque, il avait été déçu de ne pas se voir accorder de promotion et mécontent d’avoir été l’objet d’insultes de la part des équipages des navires de ravitaillement parce qu’il ne leur avait pas acheté d’objets de luxe. Ainsi prit fin la carrière d’un explorateur « audacieux et hardi » qui a largement contribué à renseigner la compagnie sur les contrées que celle-ci revendiquait et sur les populations qui les habitaient.

Clifford Wilson

L’original du journal de Henday n’existe plus et les quatre différentes copies qui subsistent dans les HBC Archives se contredisent sérieusement sur certains points. Sous la cote B.239/a/40 se trouve la copie que James lsham expédia de York en 1755 ; elle est inexacte à certains égards mais se termine par un vibrant plaidoyer en faveur de l’expansion continentale. Parmi les manuscrits qui constituent les « Observations » d’Andrew Graham, il y a trois copies : E.2/4, ff.35–60, datée erronément de 1755–1756 et en réalité rédigée aux environs de 1768–1769 ; E.2/6, ff.10d–38d, écrite vers 1767–1769 ; et E.2/11, ff.1–40d, écrite vraisemblablement en 1790 seulement et qui contient d’utiles annotations de Graham. Cette version du journal est intitulée « York Factory to the Blackfeet country – the journal of Anthony Hendry, 1754–55 », L. J. Burpee, édit., MRSC, 3e sér., I (1907), sect. ii : 307–364.

Les autres sources de renseignements sur Henday sont : Morton, History of the Canadian west ; J. G. MacGregor, Behold the Shining Mountains, being an account of the travels of Anthony Henday, 1754–55, the first white man to enter Alberta (Edmonton, 1954) ; Glyndwr Williams, Highlights in the history of the first two hundred years of the Hudson’s Bay Company, Beaver (Winnipeg), outfit 301 (autumn 1970), 4–63 ; C. P. Wilson, Across the prairies two centuries ago, CHA Report, 1954, 29–35.  [c. w.]

Bibliographie de la version modifiée :
FamilySearch,
« Angleterre, naissances et baptêmes, 1538–1975 », Antony Hendy, Shorwell, Hampshire, 29 déc. 1725 (baptême).— HBC Arch. (Winnipeg), B.239/a/40.— [Anthony Henday], A year inland : the journal of a Hudsons Bay Company winterer, Barbara Belya, édit. (Waterloo, Ontario, 2000).— T. F. Schilz, « The Gros Ventres and the Candian fur trade, 17541831 », American Indian Quarterly (Lincoln, Neb.), 12 (1988) : 4156.— S. P. Stephen, « A puzzle revisited : historiographic and documentary problems in the journals of Anthony Henday » (mémoire de m.a., Univ. of Manitoba, Winnipeg, 1997).

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Clifford Wilson, « HENDAY (Hendey, Hendry), ANTHONY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 janv. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/henday_anthony_3F.html.

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Auteur de l'article:    Clifford Wilson
Titre de l'article:    HENDAY (Hendey, Hendry), ANTHONY
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    1974
Année de la révision:    2026
Date de consultation:    19 janv. 2026