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LA CORNE, LOUIS (Jean-Louis, Pierre, Louis-Luc, Louis-François) DE, dit le chevalier de La Corne, officier dans les troupes de la Marine, né le 6 juin 1703 au fort Frontenac (Kingston, Ont.), fils de Jean-Louis de La Corne* de Chaptes et de Marie Pécaudy de Contrecœur ; il reçut les cérémonies supplétives du baptême à Montréal le 21 juin 1704 ; décédé le 15 novembre 1761 au cours du naufrage de l’Auguste.

On a eu du mal à identifier Louis de La Corne, à cause de la diversité des noms qui lui furent attribués. Il est nommé « Louis » dans le registre qui fait état de son baptême par ondoiement en 1703 et dans son contrat de mariage en 1728, « Jean-Louis » dans un acte notarié daté de 1733, « Pierre » dans un document officiel en 1748 et simplement « le Chevalier de La Corne » dans la plupart des textes contemporains ; on l’appelle aussi « Louis-Luc » et « Louis-François » dans des documents de moindre importance.

La Corne entra dans l’armée et fut nommé enseigne en second en 1722, puis enseigne en pied en 1727. Le 21 janvier 1728, il épousa Marie-Anne Hubert de Lacroix. Durant les trois premières années de son mariage, La Corne montra du goût pour le commerce ; il avança plus de 21 500# à des traiteurs qui se rendaient à Détroit, dans la région du lac Michigan et en Louisiane. En 1731, il administrait les intérêts qu’il possédait dans la traite des fourrures depuis sa maison de la rue Saint-Paul à Montréal, tout en occupant le poste d’aide-major des troupes. Il n’avait pas encore 30 ans.

La Corne fut fait lieutenant en 1738 et promu capitaine six ans plus tard. C’est en Acadie, en février 1747, qu’il participa pour la première fois à une opération militaire ; il fut nommé commandant en second d’un groupe de quelque 300 Canadiens et Indiens qui, sous la direction de Nicolas-Antoine Coulon de Villiers, devaient attaquer, pendant l’hiver, Arthur Noble et 500 hommes à Grand-Pré. Villiers ayant été blessé presque au début du combat, La Corne prit le commandement, et le colonel Noble, ainsi qu’un grand nombre d’ennemis, furent tués. Pour ce fait d’armes, La Corne obtint la croix de Saint-Louis qui lui fut décernée en mai 1749.

Entre temps, il était retourné à Montréal. Le 15 juin 1747, le gouverneur de Montréal, Josué Dubois Berthelot de Beaucours lui donna le commandement d’un détachement, avec mission d’intercepter un parti de guerriers indiens qui, selon la rumeur, se trouvaient dans la région. Un groupe d’Agniers, de Tsonnontouans et d’Onneiouts, accompagné de quelques Anglais et de Hollandais, fut attaqué par surprise, aux Cascades (près de l’île des Cascades, Québec), par une troupe commandée par Jacques Legardeur de Saint-Pierre et que La Corne avait placée en faction pour surveiller le fleuve durant la nuit. Le chef agnier, Theyanoguin, réussit à s’échapper, mais Karaghtadie et quelques autres guerriers furent faits prisonniers par les hommes de Saint-Pierre et ceux de La Corne accourus sur les lieux.

À la mi-octobre 1749, La Corne partit pour l’Acadie afin de faire prêter les serment d’allégeance, mettre sur pied des compagnies de milice et construire des fortifications à Chipoudy (Shepody, N.-B.), Memramcook et Petitcodiac (près de Hillsborough). Il arriva en novembre et commença à fortifier le secteur voisin du fort Beauséjour (près de Sackville) ; l’abbé Jean-Louis Le Loutre* persuada alors les Acadiens francophones d’aller se placer sous la protection de La Corne à l’ouest de la rivière Missaguash, qui tenait lieu de frontière provisoire. En avril 1750, le major Charles Lawrence fit son apparition devant le village de Beaubassin (près d’Amherst, N.-É.), que Le Loutre et ses alliés indiens avaient incendié de fond en comble. Devant la fermeté de La Corne, Lawrence n’eut d’autre choix que de se retirer. Il revint en septembre avec des renforts et entreprit des travaux de retranchement à l’est de la rivière Missaguash pendant que La Corne faisait le guet sur la rive ouest. Après avoir ainsi contraint son adversaire à l’immobilité pendant un mois, La Corne fut rappelé d’Acadie et remplacé par Pierre-Roch de Saint-Ours* Deschaillons.

En 1752, vraisemblablement, La Corne succéda à Jacques Legardeur de Saint-Pierre comme commandant du poste de l’Ouest pour un mandat de trois ans. Il embaucha 57 hommes et se mit en route au mois de juin 1753, laissant son jeune frère Luc de La Corne*, dit La Corne Saint-Luc, pour trouver les autres engagés nécessaires. Le 7 août, Saint-Pierre le mit au courant de la situation dans l’Ouest, aux Petites Écores, au nord du lac Supérieur. Pendant son séjour au poste de l’Ouest, La Corne rénova le fort Paskoya (Le Pas, Man.). Il se rendit plus loin dans l’ouest que ses prédécesseurs, érigea le fort Saint-Louis (Fort-à-la-Corne, Sask.), non loin des fourches de la rivière Saskatchewan, ensemença plusieurs acres de grain et explora la vallée de la rivière Carotte (Carrot). Il fut peut-être un des Français dont Anthony Henday fit la connaissance et qu’il trouva en train de s’enrichir en faisant la traite avec les Indiens.

En juillet 1755, La Corne était de retour dans la colonie et, à la tête d’une troupe de 500 hommes, il harcelait les Anglais au portage situé entre le lac Champlain et le lac Saint-Sacrement (lac George). Pendant les cinq années qui suivirent, il commanda une patrouille mobile de 1 000 à 2 000 hommes, en bordure de la voie navigable de Montréal au lac Ontario. En 1757, le gouverneur Rigaud* de Vaudreuil proposa que le poste de chef de bataillon des troupes de la Marine, avec grade, honneurs et solde d’un commandant de bataillon d’armée en France, fût créé et attribué à La Corne, mais cette suggestion n’eut pas de suite.

En 1759, l’étau des troupes anglaises se resserrait de plus en plus à l’est et à l’ouest. En juin, La Corne se vit confier l’importante tâche de déloger les Anglais qui, sous la direction du colonel Frederick Haldimand*, venaient tout juste de commencer à fortifier le fort Chouaguen (Oswego). Il les attaqua par surprise mais ne profita pas suffisamment de son avantage, et cet insuccès contribua à permettre aux Anglais de pénétrer par le Saint-Laurent. Le seul obstacle qui pouvait maintenant empêcher l’ennemi de marcher sur Montréal était le fort de La Présentation (Ogdensburg, N.Y.). En avril 1760, La Corne fut blessé alors qu’il commandait un bataillon au cours de l’offensive menée par Lévis* à Sainte-Foy. Quatre mois plus tard, il était sur le Saint-Laurent, surveillant les mouvements de la flotte de Jeffery Amherst* qui descendait le fleuve : en août, lorsque le fort Lévis, situé sur l’île aux Galops (à l’est de Prescott, Ont.), capitula, La Corne battit en retraite vers les rapides des Cèdres. La reddition de la colonie n’était plus maintenant qu’une question de temps. Le 8 septembre 1760, Montréal tombait aux mains des Anglais.

La Corne décida de gagner la France. Il s’embarqua à Québec le 15 octobre 1761, mais périt noyé avec trois de ses parents quand l’Auguste coula le mois suivant au large des côtes de l’île du Cap-Breton. La branche « Louis » de la famille La Corne s’éteignit avec la mort de sa femme à Repentigny (Québec) en 1768, à l’âge de 91 ans.

C. J. Russ

AN, Col., D2C, 222/1, p. 165 (copies aux APC) ; Col., E, 242, 243 ; Marine, C7, 175.— ANQ-M, Greffe de C.-R. Gaudron de Chevremont, 3 avril 1733 ; Greffe de Michel Lepailleur, 17 janv. 1728 ; Greffe de J.-C. Raimbault, 2, 17 sept. 1728, 31 juill. 1730, 31 mars, 14 juin 1731 ; Registre d’état civil, Notre-Dame de Montréal, 21 juin 1704.— Plusieurs mentions des déplacements de La Corne entre 1755 et 1760 se trouvent dans la « Collection des manuscrits du maréchal de Lévis », H.-R. Casgrain, édit., I, II, V, VI, VII, VIII, X, XI.— Les « Mémoires » du chevalier de La Pause, RAPQ, 1932–1933, 333–338, 373–391.— Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 148s.— Le Jeune, Dictionnaire.— Tanguay, Dictionnaire.— Champagne, Les La Vérendrye, passim.— J.-N. Fauteux, Essai sur l’industrie, II : 301–304.— Frégault, La guerre de la conquête, 236s., 240s., 35-Gosselin, L’Église du Canada jusqu’à la conquête, III : 118–120, 179s., 504s.— Stanley, New France, passim.

Bibliographie générale

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C. J. Russ, « LA CORNE, LOUIS DE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/la_corne_louis_de_3F.html.

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Année de la publication:   1974
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Date de consultation:   21 décembre 2014