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HINTON, WILLIAM, courtisan et colonisateur à Terre-Neuve ; il milita pour le gouvernement civil et aspira à devenir gouverneur ; né vers 1624–1626, mort vers 1688.

William Hinton appartenait à une famille influente d’importants propriétaires fonciers du Sud-Ouest de l’Angleterre. Son grand-père, Sir Thomas Hinton, possédait un vaste domaine dans le Devonshire, fut juge de paix du comté de Wiltshire et fut à même d’exercer une influence considérable à la cour de Jacques 1er et de Charles 1er. Son père, appelé comme lui William Hinton, fut gentilhomme de la Chambre du Roi à partir de l’an 1620. Le jeune William se trouva donc être un familier de la cour des Stuart, et, après, l’établissement du gouvernement républicain en 1649, lui et son père suivirent presque tout naturellement le prince Charles en exil.

Il reste possible, bien que nullement certain, que Hinton possédait déjà certains contacts, directs ou indirects, avec Terre-Neuve, puisqu’il prétendit plus tard à plusieurs reprises qu’après 1654 il avait reçu bien des fois la promesse formelle d’être nommé gouverneur de Terre-Neuve. Au début de son séjour en Flandre, il épousa la fille de Jacobus Boeve, négociant de Middlebourg, en Zélande, et l’un des nombreux partisans qui aidèrent l’exilé royal et sa suite durant l’interrègne. Plus tard, Boeve devait solliciter la nomination de son gendre au poste de gouverneur de Terre-Neuve en récompense de son appui financier au futur Charles II ; Hinton lui-même soutint que sa famille avait englouti plusieurs milliers de livres dans la guerre civile et durant les années de l’exil.

En 1659, Hinton, fils, se retrouvait en Angleterre, où il leva un escadron de cavalarie pour le soulèvement royaliste que Sir George Booth tenta sans succès dans le Cheshire et la Galles du Nord. Le soulèvement, destiné à s’étendre à tout le pays, ne dépassa pas le Nord-Ouest. Il se termina par la déroute complète de Nantwich, mais il se peut qu’il ait contribué à hâter la Restauration.

Après 1660, Hinton, père, devint le seigneur du château de Bradninch et il ajouta à son titre de « gentilhomme de la Chambre du Roi » celui de « pourvoyeur de la garde-robe de la Reine ». Il s’éteignit en 1669.

Son fils fut mêlé à des disputes de propriété dans le Pembrokeshire en 1661, mais, peu après, on le trouve établi comme planter à Terre-Neuve, apparemment dans le but exprès de servir ses prétentions au titre de gouverneur lorsqu’un gouvernement serait finalement établi. En 1667, il avait réussi à se pousser à une position officieuse en tant que porte-parole de la population dans la controverse sur le commerce de Terre-Neuve et les pêcheries hauturières. En 1668, il se rendit en Angleterre pour insister en faveur de l’établissement d’un gouvernement civil et tâcher de se faire nommer au poste de premier gouverneur. Sa forte personnalité et son optimisme illimité s’affirmèrent au point qu’à Whitehall, un certain M. Francis écrivit à M. Saunders à Scarborough : « le navire ayant à bord M. Hinton, le nouveau gouverneur de Terre-Neuve, a relâché à Weymouth Road » le 27 août 1668. Cette affirmation est absolument inexacte, puisque le premier gouverneur officiel n’a été nommé qu’en 1729, mais elle pourrait bien refléter la confiance de Hinton dans les promesses qu’il avait reçues quelque dix ans ou davantage auparavant.

Cette confiance se manifeste constamment dans les fréquentes pétitions présentées par Hinton entre 1668 et 1681. La part qu’il prit, au nom des habitants et en son nom propre, au différend prolongé qui opposa Londres et les marchands du Sud-Ouest sur la réglementation du commerce et des pêcheries coïncide à peu près avec l’activité du capitaine Robert Robinson*. Cependant, alors que Robinson était un théoricien enthousiaste, on ne peut douter que Hinton s’intéressât beaucoup plus à son avantage personnel qu’aux considérations stratégiques et économiques. Apparemment, il estimait qu’il pourrait difficilement devenir gouverneur à moins qu’un gouvernement civil ne fût établi au préalable.

Son ambition personnelle n’empêcha pas Hinton de plaider la cause des colons avec un certain succès, et il semble que ses campagnes vigoureuses, contemporaines de celles de William Downing, fussent pour beaucoup dans les pressions qui s’exercèrent sur le Privy Council. Les pétitions de Hinton ont joué un grand rôle dans l’enquête sur les pêcheries instituée en 1675 par le Committee of Trade and Plantations. Hinton a également été une figure prédominante, avec John Berry, Thomas Oxford et les Downing, dans la reprise du dossier immédiatement après la décision rendue contre eux en 1675.

Même après tant d’années et une longue maladie en 1677–1678, il fit encore de nouvelles tentatives pour obtenir le titre de gouverneur. En mars 1679, il présenta une autre pétition, avec l’espoir qu’ « en considération de la peine et de l’argent qu’il avait consacrés à la colonisation de Terre-Neuve, il pourrait bénéficier de la promesse de Sa Majesté. » En 1680, il présenta une vaste série d’ « Observations » sur l’île, en 21 articles, et adressa une ultime requête désespérée, appuyée par l’évêque de Londres, en février 1680/1681. Mais il était évident que toute cette affaire était moins que jamais sur le point d’être réglée, et c’est un Hinton désappointé qui se lança enfin dans d’autres entreprises avant de mourir, peu de temps après, en 1686.

[V. aussi Berry et Downing]

C. M. Rowe

PRO, Acts of P. C., col. ser., 1613–80 ; new ser., 1621–23, 1629–30 ; CSP, Col, 1669–74, 1675–76, 1677–80, 1681–85 ; CSP, Dom., 1654, 1660–61, 1663–64, 1667–68, 1675–76, 1679–80. Les pétitions de Hinton sont particulièrement intéressantes en raison de la lumière qu’elles jettent sur son caractère.— C. B. Judah, The north American fisheries and British policy to 1713 (« University of Illinois Studies in the Social Sciences », XVIII, nos 3–4, 1933).— Lounsbury, British fishery at Nfld, est l’ouvrage qui raconte le mieux la querelle des pêcheries.— Prowse, History of Nfld.

Bibliographie générale

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C. M. Rowe, « HINTON, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hinton_william_1F.html.

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Auteur de l'article:   C. M. Rowe
Titre de l'article:   HINTON, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   31 octobre 2014