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HUTCHINGS, ELISHA FREDERICK, bourrelier, homme d’affaires et homme politique, né le 13 juin 1855 à Newboro, Haut-Canada, fils d’Elijah Hutchings et de Harriet Gifford ; le 3 octobre 1882, il épousa Sarah Ann Denby, de Newboro, et ils eurent trois filles et deux fils ; décédé le 14 avril 1930 à Winnipeg.

Jusqu’à l’âge de 15 ans, Elisha Frederick Hutchings, fils de fermier, fréquenta les écoles rurales du comté de Leeds, dans le Haut-Canada, après quoi il devint apprenti chez un bourrelier. Il termina son apprentissage en 1873, puis exerça son métier à titre de compagnon durant trois ans avant d’aller chercher fortune dans l’Ouest canadien. Peu impressionné par Winnipeg et à court de liquidités, il poursuivit sa route jusqu’à Edmonton parce qu’il avait entendu dire qu’on y avait découvert de l’or. Il trouva du travail occasionnel de bourrelier dans cette ville et arrondit son revenu par de la chasse et du piégeage. Au printemps de 1877, il regagna Winnipeg.

Hutchings avait prévu se lancer en affaires, mais il se fit voler son argent et ses vêtements, ce qui l’obligea à travailler de nouveau contre salaire. Pendant un moment, il suivit des cours du soir à l’éphémère Manitoba Commercial College d’Alexander Begg*. En 1878, il travailla à son propre compte pendant une courte période comme bourrelier. En 1879, il acheta une part d’associé en second dans la bourrellerie de Richard Stalker. Dès 1881, l’entreprise, dont le capital se situait entre 10 000 $ et 20 000 $, avait, à Winnipeg, un commerce de gros et de détail sous la direction de Hutchings et, à Portage-la-Prairie, un magasin de détail dirigé par Stalker. À la mort de celui-ci trois ans plus tard, Hutchings acheta sa part.

Hutchings fit de courtes apparitions sur la scène municipale. Échevin durant deux mandats de deux ans, en 1887–1888 et en 1894–1895, il se porterait candidat à la mairie en 1900 mais serait défait. Entre-temps, son entreprise prospérait grâce au peuplement et à la croissance de l’Ouest canadien. En 1891, la Dun, Wiman and Company estimait qu’elle valait entre 75 000 $ et 125 000 $. Dès 1899, Hutchings jugeait son investissement assez important pour constituer juridiquement une société du nom de Great West Saddlery Company. Cette dernière fabriquait des harnais, des selles, des malles et des sacs à Winnipeg et à Calgary, et vendait en gros de la bourrellerie, de la sellerie et de la quincaillerie. De plus, elle exploitait dix magasins de détail dans l’Ouest et, avec le temps, elle en vint à exporter beaucoup en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En 1911, la valeur estimée de son actif se situait entre 750 000 $ et un million de dollars. Compte tenu de ses investissements dans plusieurs compagnies d’assurance, sociétés de crédit et entreprises de matériaux de construction, Hutchings lui-même était réputé posséder deux millions de dollars.

Gros employeur à Winnipeg, Hutchings avait un personnel d’environ 150 hommes en 1911. Il recrutait activement des ouvriers qualifiés en Angleterre. D’ex-employés mécontents contestaient ses prétentions en matière de possibilités d’emploi et écrivaient à leurs proches restés là-bas que son véritable but était d’abaisser les salaires et d’affaiblir la solidarité entre ses ouvriers. Pour Hutchings, congédier des militants syndicaux était une simple formalité. En octobre 1911, il mit en lock-out dix employés qui refusaient de signer un contrat dans lequel ils se seraient engagés à ne pas fonder de syndicat et à n’adhérer à aucune association qui appuyait des grèves ou prônait la syndicalisation dans son entreprise ou une autre. Après que 14 autres ouvriers eurent été renvoyés pour avoir assisté à une assemblée de protestation, les travailleurs mis à pied formèrent le Lester Workers’ Union et déclarèrent la grève. Au début de décembre, la Great West Saddlery Company congédia des travailleurs qui, à Calgary, refusaient de signer son contrat de travail. Ces conflits attirèrent l’attention à Winnipeg, où les positions des classes sociales commençaient à se durcir. Un journal de la ville, le Voice, accusa Hutchings de profiter de l’ignorance de travailleurs « de langue étrangère » pour les amener à signer le contrat. Le Trades and Labor Council soutint le débrayage, comme plusieurs syndicats locaux, qui contribuèrent au fonds de grève.

La réaction la plus controversée vint de la Ministerial Association de Winnipeg. En octobre 1911, à la demande de plusieurs employés, cet organisme nomma un comité qui enquêta sur le conflit. Le rapport, paru le mois suivant, soulignait que les salaires et les conditions de travail n’étaient pas en cause, mais que le droit d’association l’était. Les révérends Charles William Gordon*, Salem Goldworth Bland* et Fred Cook réagirent au rapport en proposant que l’association condamne Hutchings pour discrimination contre des syndicalistes. Bien que le révérend James Shaver Woodsworth*, membre du comité, ait préconisé l’adoption d’une proposition plus musclée contre l’atelier ouvert, la majorité pencha en faveur d’un blâme rédigé en termes modérés. Même cette proposition provoqua une rupture : le révérend David Christie, de l’église presbytérienne Westminster, où Hutchings occupait un poste, démissionna de l’association. Les pressions du clergé ne firent pas fléchir Hutchings. La grève prit fin et le syndicat s’effondra.

En 1917, Hutchings se fit à nouveau remarquer sur la scène nationale. Cette fois, il tentait d’obtenir une exemption du service militaire pour son fils Harold Gifford. Celui-ci, fit-il valoir devant le juge d’appel, était indispensable à son usine. « J’ai aidé à bâtir ce pays, pas comme certains de ces hommes de rien » ; son entreprise marchait bien, et « [il voulait] la transmettre à [son] fils ». Hutchings prétendit avoir le projet d’ouvrir un chantier naval à Vancouver et de confier l’administration de la sellerie à son fils. Accusé d’avoir tenté d’utiliser sa fortune dans le but d’obtenir gain de cause pour son fils et d’avoir refusé de contribuer aux emprunts de la Victoire à moins que ce dernier soit exempté du service militaire, Hutchings démentit ces allégations et eut droit à des excuses en dépit du fait que l’incident des emprunts de la Victoire avait fait l’objet de témoignages devant le juge d’appel. D’anciens employés alors dans l’armée nièrent que Harold Gifford Hutchings jouait un rôle important dans l’exploitation de l’usine. Sa demande d’exemption fut rejetée.

La Great West Saddlery Company demeura une entreprise familiale. Hutchings vendit sa part en 1928, mais resta actif à titre de président de l’Equitable Trust Company et de la Canada Loan and Mortgage Corporation. Affligé de problèmes cardiaques à l’été de 1929, il en mourut en avril suivant.

Peu après l’audition de la requête concernant son fils, Elisha Frederick Hutchings se fit reprocher, par le Manitoba Free Press, l’« arrogance ignorante de son âme bassement matérialiste et orgueilleuse de sa fortune ». En affaires comme sur la scène publique, il revendiquait du pouvoir et des privilèges au nom de sa réussite et de sa fortune. Son cas, extrême, illustre l’aggravation des tensions sociales à Winnipeg.

David G. Burley

Elisha Frederick Hutchings est l’auteur de « Winnipeg's increase of manufactured products in 1912 has been over fifty per cent », Dominion Magazine (Toronto) (déc. 1912) : 27s.

AN, RG 27, vol. 299, no 3420.— AO, RG 80-5-0-108, no 6061.— GA, M 1469–1471, PA 234, PA 330.— Gazette (Montréal), 5 déc. 1917.— Manitoba Free Press, 2 août 1894, 22 nov., 14–15, 17 déc. 1917.— Saturday Post (Winnipeg), 4 nov. 1911.— Voice (Winnipeg), 4, 11 mars 1904, 13, 20, 27 oct., 3, 10 nov. 1911.— Winnipeg Telegram, 29 janv. 1910.— Winnipeg Tribune, 22 juin 1896, 14 avril 1930.— D. J. Bercuson, Confrontation at Winnipeg : labour, industrial relations, and the general strike (Montréal et Londres, 1974).— George Bryce, A history of Manitoba ; its resources and people (Toronto et Montréal, 1906).— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 3 : 182.— The mercantile agency reference book [...] (Montréal), 1901, 1911.— Winnipeg, Manitoba, and her industries (Chicago et Winnipeg, 1882)

Bibliographie générale

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David G. Burley, « HUTCHINGS, ELISHA FREDERICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hutchings_elisha_frederick_15F.html.

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Auteur de l'article:   David G. Burley
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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