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JEFFERY, JOSEPH, ébéniste, homme d’affaires et homme politique, né le 28 septembre 1829 à Ipswich, Angleterre, fils de Joseph Jeffery et de Mary Ann Godbold ; le 27 décembre 1853, il épousa Augusta Ann Haley, et ils eurent quatre fils et quatre filles ; décédé le 28 mai 1894 à London, Ontario.

Joseph Jeffery reçut « une éducation très soignée dans les écoles privées » d’Ipswich avant que sa famille immigre dans le Haut-Canada en 1845. Les Jeffery s’établirent d’abord à Port Stanley mais, comme le père n’y connut pas « autant de succès dans ses affaires qu’il s’attendait d’en avoir », au début de 1848 ils étaient installés à London. Fort de son expérience d’ébéniste en Angleterre durant 20 ans, il monta une affaire de fabrication et d’importation de meubles avec l’aide de plusieurs de ses fils, dont Joseph. Apparemment, l’entreprise ferma ses portes vers 1857, et Jeffery père subit d’autres revers au cours de la dépression qui assombrit la fin des années 1850. En 1860, il « quitta la ville sans payer ses dettes » pour rejoindre au moins deux de ses fils à Victoria (Colombie-Britannique). Joseph n’était pas de ceux-là. Il avait vécu environ un an dans le canton de London puis, en 1858, il était retourné dans la ville même, où il travailla quelque quelque temps pour l’éminent ébéniste et tapissier Henry Coombs.

Peu à peu, Joseph Jeffery délaissa l’ébénisterie. En 1864, il ouvrit un comptoir de crédit dans les salles d’encan de William Y. Brunton, rue Richmond, et en mars 1865, non loin de là, un comptoir de change où il négociait « principalement de l’argent, des obligations américaines et divers titres ». Sous le gouvernement d’Abraham Lincoln, il fut (selon une histoire du comté parue en 1889) représentant consulaire des États-Unis. En 1866, par suite du boom pétrolier que la péninsule ouest du Haut-Canada connut au début des années 1860, il était actionnaire de la City of London Oil Company, formée peu de temps auparavant.

La Banque Molson ouvrit une succursale à London à l’automne de 1870, et Jeffery accepta de la diriger. On dit que sa femme, Augusta Ann Haley, « extrêmement intelligente et capable », s’occupa « pendant quelques années » du comptoir de change étranger. Jeffery dirigea la succursale de la Banque Molson jusqu’en 1887 ; ses « multiples devoirs » l’obligèrent alors à quitter ce poste, mais il demeura au conseil d’administration local de la banque. En 1890, un avocat de la région, Maxwell D. Fraser, laissa entendre que Jeffery, du temps où il était directeur, avait profité délibérément de John Labatt*, propriétaire de la London Brewery, en lui conseillant d’investir beaucoup d’argent dans la North American Manufacturing Company de London et dans « certains titres » de la Banque Molson. La banque en tira apparemment bénéfice, mais Labatt perdit « au moins 250 000 $ » parce que les investissements se révélèrent « presque sans valeur ». Jeffery, semble-t-il, fut exonéré de tout blâme, si toutefois l’avocat de Labatt déposa une plainte en bonne et due forme.

Fort de son expérience de financier et d’agent foncier, Jeffery s’était associé en octobre 1870 à plusieurs autres notables de London pour former l’Ontario Savings and Investment Society. (Rebaptisée par la suite Ontario Loan and Debenture Company, elle fusionna avec le Trust royal en 1968.) Cette société, dont le siège social se trouvait en 1881 dans l’édifice de la Banque Molson, ne prêtait que pour l’achat d’immobilier et on la considérait en 1889 comme « l’une des sociétés de crédit les plus riches du Canada ». Jeffery en fut vice-président de 1878 à sa mort.

À partir de 1868, la réglementation fédérale du secteur des assurances poussa plusieurs sociétés britanniques et américaines à quitter le Canada au lieu d’y conserver assez d’actif pour garantir leur passif. Parmi les compagnies canadiennes formées pour combler ce vide, il y eut la London Life Insurance Company, fondée au printemps de 1874. Jeffery fut l’un de ses 5 administrateurs temporaires et des 15 membres du premier conseil d’administration. Sa « présence quasi infaillible aux réunions du conseil et de l’exécutif », selon une histoire de la firme, témoigne du vif intérêt qu’il portait à la London Life. D’ailleurs, il en fut président de la fondation jusqu’à sa mort, sauf pendant environ six semaines en 1887. Tout comme l’Ontario Savings and Investment Society, la London Life logeait dans l’édifice de la Banque Molson ; les trois sociétés étaient donc étroitement liées, d’autant plus que Jeffery appartenait à chacune d’elles. Pendant qu’il était président de la London Life, il visita des succursales dans d’autres villes et fit au moins deux voyages en Europe pour le compte de la compagnie. Devant le personnel du siège social, il exhibait « immanquablement un air d’optimisme et de bonne humeur ». Dans ses dernières années, il avait l’« allure d’un patriarche » et arborait « une barbe bien garnie » ; il se présentait régulièrement au bureau « tiré à quatre épingles, portant redingote et haut de forme, accompagné de son chien », et il « inspirait la loyauté et l’estime à son personnel ». On le décrivit plus tard comme « un homme doté d’un remarquable sens des affaires, large d’esprit, déterminé et progressiste ».

En novembre 1875, soit presque deux ans après la fondation de la London Life, Jeffery fut élu vice-président de la Chamber of Commerce de London nouvellement formée ; il devint président en 1881, l’année de sa disparition. Bien que les affaires et les finances aient été à peu près ses seuls domaines d’intérêt, il fut échevin du quartier no 2 en 1871 et participa à divers comités, tels ceux des marchés et expositions gratuites, des chemins de fer, et il présida celui des hôpitaux et de l’assistance publique. Cependant, selon une notice nécrologique, le travail du conseil municipal « ne convenait pas à ses goûts », et il ne remplit qu’un autre mandat, en 1892. En 1888, il fut membre du comité consultatif du Protestant Home for Orphans, Aged and Friendless (aujourd’hui le Merrymount Children’s Centre) ; sa femme faisait partie du comité permanent. Par attachement pour son héritage anglais, il adhérait à la St George’s Society. Contrairement à son père, qui avait été diacre de l’église baptiste Regular de London, il ne joua aucun rôle manifeste dans cette congrégation.

En assistant à l’Exposition universelle de Chicago en novembre 1893, Jeffery attrapa un rhume grave qui dégénéra en congestion et, finalement, en problèmes cardiaques. Il passa les derniers mois de sa vie confiné dans sa chambre à Evergreen Place, où il habitait depuis la fin des années 1860. Il mourut en mai 1894. Riche, il légua une rente viagère de 200 $ à sa sœur en Californie, de 1 000 $ à 12 000 $ à chacun de ses sept enfants survivants et le reste de sa succession à sa veuve.

Les enfants de Joseph Jeffery avaient fait de bonnes études, et ses fils continuèrent de s’occuper de ses entreprises financières et commerciales. Albert Oscar et James Edgar, tous deux avocats, finirent par accéder à la présidence de la London Life, tout comme trois de ses petits-fils : Joseph Jeffery, son frère Alexander Haley et leur cousin Robert Haley Reid. James Edgar et son frère Charles Llewellyn firent partie du conseil d’administration de l’Ontario Loan and Debenture Company, et le second fut aussi comptable à la Banque Molson.

Daniel J. Brock

UWOL, Regional Coll., Middlesex County, Ontario, Surrogate Court records, copy-book 14 (1893–1895).— London Advertiser, 28 mai 1894.— London Free Press, 28 mai 1894.— Michael Bliss, Northern enterprise : five centuries of Canadian business (Toronto, 1987).— J. A. Campbell, The story of the London Life Insurance Company (1 vol. paru, [London, Ontario], 1965–  ).— Hist. of Middlesex.— J. E. Middleton et Fred Landon, The province of Ontario : a history, 1615–1927 (5 vol., Toronto, [1927–1928]), 3 : 28.

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Daniel J. Brock, « JEFFERY, JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/jeffery_joseph_12F.html.

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Auteur de l'article:   Daniel J. Brock
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 octobre 2014