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KAIEÑˀKWAAHTOÑ, un des principaux chefs de guerre des Tsonnontouans d’en bas ou de l’Est, membre du clan de la Tortue (dont le nom signifie fumée fuyante ou brume ; il apparaît le plus souvent dans la forme qu’il avait dans le langage des Agniers, Sayenqueraghta ou Siongorochti ; les tentatives pour reproduire la prononciation des Tsonnontouans ont donné, entre autres formes, Gayahgwaahdoh, Giengwahtoh, Guiyahgwaahdoh, et Kayenquaraghton ; il était aussi connu sous les noms de Old Smoke, Old King, Seneca King et King of Kanadesaga) ; né au début du xviiie siècle, décédé en 1786 au ruisseau Smoke, où se trouve aujourd’hui Lackawanna, New York.

Kaieñˀkwaahtoñ était le fils d’un éminent chef tsonnontouan de ce qui est maintenant l’ouest de l’état de New York et il vécut la plus grande partie de sa vie dans le village tsonnontouan de Ganundasaga (Geneva). Il se fit tôt une réputation militaire dans des expéditions contre les Cherokees et, en 1751, il avait apparemment atteint le rang de chef de guerre. Peu après, il commença à jouer un rôle actif dans la diplomatie avec les Blancs, étant présent aux négociations de Philadelphie en juillet 1754 et d’Easton (Pennsylvanie) quatre ans plus tard.

Il semble probable que Kaieñˀkwaahtoñ, comme la plupart des Tsonnontouans de l’Est, n’épousa pas la cause française au cours de la guerre de Sept Ans. À l’été de 1756, son frère proclama sa propre loyauté et celle de Kaieñˀkwaahtoñ envers les Britanniques. En janvier 1757, le surintendant des Affaires des Indiens du Nord, sir William Johnson, envoya des présents à Kaieñˀkwaahtoñ pour obtenir sa faveur. Le chef tsonnontouan et un certain nombre de guerriers servaient aux côtés de Johnson lors de la prise du fort Niagara (près de Youngstown, New York) en 1759.

La chute de la Nouvelle-France laissait la population indigène dans l’entière dépendance des Britanniques quant aux produits manufacturés. Les Indiens s’étaient habitués à la générosité des diplomates blancs à la recherche de leur allégeance, et ils espéraient encore de semblables libéralités. Les Britanniques devinrent parcimonieux, toutefois, et le résultat de ce changement d’attitude fut le soulèvement de 1763 [V. Pondiac* et Kayahsotaˀ]. Le rôle joué par Kaieñˀkwaahtoñ dans cet affrontement reste douteux. Le témoignage d’un Tsonnontouan, Thaonawyuthe* (Governor Blacksnake), qui le connaissait bien et qui était un jeune garçon à cette époque, le donne comme le chef des guerriers tsonnontouans qui infligèrent une rude défaite aux Britanniques au portage du Niagara. La mémoire de Blacksnake, bien qu’ordinairement fiable, peut l’avoir trompé ici, car, pendant que les Tsonnontouans se battaient contre les Britanniques au portage, Johnson rapportait que Kaieñˀkwaahtoñ, « qui a toujours été notre ami », avait été envoyé par les Onontagués et autres Iroquois pour amener à la paix les Tsonnontouans en guerre. D’autres témoignages affirment aussi que Kaieñˀkwaahtoñ était un ami de la couronne pendant cette guerre.

Dans la diplomatie indienne, il était d’usage de remettre un prisonnier ou deux en guise d’amorce pour des pourparlers de paix. À la fin du soulèvement, Kaieñˀkwaahtoñ pressentit la famille tsonnontouan qui avait adopté une certaine Mary Jemison et affirma qu’il allait la rendre aux autorités du fort Niagara. La famille adoptive la cacha, cependant, et il s’en alla à Niagara les mains vides. Il trouva par la suite un autre prisonnier à remettre aux Britanniques, avec lequel il arriva, le 21 mars 1764, à Johnson Hall (Johnstown, New York). Quatre jours plus tard, il y prit la parole à une conférence, usant des métaphores habituelles pour déclarer que la paix était en vue. La hache de guerre fut enterrée et purifiée par une source qui la porterait jusqu’à l’océan où elle serait à jamais perdue, et les morts des deux côtés furent ensevelis, de sorte que Britanniques et Indiens pouvaient, les uns et les autres, oublier le conflit. Le nom de Kaieñˀkwaahtoñ apparaît en tête de la liste des chefs tsonnontouans au bas des articles préliminaires de la paix signée le 3 avril. Il joua également un rôle, au fort Stanwix (Rome, New York) en 1768, lors d’une conférence où l’on tenta de déterminer avec précision une frontière entre les établissements des Blancs et les terres des Indiens.

Entre le traité. du fort Stanwix et le début de la Révolution américaine, Kaieñˀkwaahtoñ resta à l’arrière-plan. Il avait, apparemment, une assez grande influence chez les Tsonnontouans de l’Est, mais le centre de l’activité diplomatique dans les affaires indiennes était plus à l’ouest. Il parut au moins deux fois, en 1771, à Johnson Hall, apportant des nouvelles de l’ouest, et quand Guy Johnson prit la succession au poste de surintendant des Affaires des Indiens du Nord, il semble avoir cultivé spécialement l’amitié de Kaieñˀkwaahtoñ.

L’éclatement de la rébellion dans les colonies britanniques donna au chef vieillissant une autre occasion de faire montre de ses prouesses militaires. Quand les Tsonnontouans et la plupart des Six-Nations, réunis en conseil, décidèrent, à l’été de 1777, d’entrer en guerre aux côtés des Britanniques, lui et Kaiũtwahˀkũ (Cornplanter) furent nommés pour commander les Tsonnontouans à la guerre. Et comme ils avaient à eux seuls autant de guerriers que le reste des Six-Nations ensemble, Kaieñˀkwaahtoñ allait jouer un rôle important dans le conflit. Bien que son grand âge l’obligeât à monter à cheval dans les expéditions militaires, il fut actif tout au long de la guerre. Les Indiens sous ses ordres, de même que les Britanniques et les Loyalistes avec lesquels ils collaborèrent, accumulèrent une impressionnante série de victoires sur la frontière nord.

Rempli d’énergie, Kaieñˀkwaahtoñ quitta immédiatement le conseil de 1777 pour harceler le fort Stanwix, poste alors aux mains des rebelles et qui gardait l’entrée occidentale de la vallée de la Mohawk. Il se passa plus d’un mois avant que Barrimore Matthew St Léger n’arrivât avec ses troupes et que le siège ne commençât pour de bon. Les Indiens avaient été invités à fumer leur calumet et à regarder leurs alliés blancs s’emparer du fort, mais le 5 août on reçut la nouvelle de la part de Mary Brant [KoñwatsiÃtsiaiéñni] que le général de brigade Nicholas Herkimer et 800 miliciens de la vallée de la Mohawk étaient en marche pour lever le siège. La tâche de les intercepter fut confié aux Indiens et à un petit détachement loyaliste. Kaieñˀkwaahtoñ, Cornplanter et Joseph Brant [Thayendanegea*] étaient tous là pour commander les guerriers des Six-Nations. L’engagement, aux environs d’Oriskany, se révéla l’un des plus sanglants de la guerre, compte tenu des effectifs qui y furent engagés. Les rebelles perdirent entre 200 et 500 hommes, et les pertes des Indiens furent également d’importance. Bien que la troupe d’Herkimer fût presque exterminée, le manque d’artillerie de siège voua à l’insuccès la tentative des Britanniques de s’emparer du fort.

Kaieñˀkwaahtoñ était encore sur le sentier de la guerre à l’été de 1778. Cornplanter, John Butler et lui conduisirent une troupe’ d’environ 450 Indiens et 110 rangers à l’attaque de la vallée de Wyoming. Les deux premiers forts devant lesquels ils se présentèrent se rendirent, mais le troisième, le fort Forty, refusa de capituler. Le 3 juillet, plus de 400 de ses défenseurs firent une sortie pour défier les assiégeants. Après avoir tiré trois salves, les rebelles furent débordés par les Indiens et pris de panique. Leur retraite tourna à la déroute et plus de 300 d’entre eux furent tués. Les assiégeants, loyalistes et indiens, perdirent moins de dix hommes. Le lendemain, le fort Forty et les dernières palanques de la vallée se rendaient. Les huit forts et un millier de maisons furent brûlés, mais aucun civil ne fut molesté.

Kaieñˀkwaahtoñ semble avoir passé le mois de septembre à chasser une petite troupe de rebelles aux ordres du colonel Thomas Hartley hors de la région des Loups dans la vallée de la Susquehanna. Les rebelles brûlèrent deux villages indiens et les adversaires se battirent par la suite à Wyalusing, Pennsylvanie, avec peu de pertes. Le chef tsonnontouan ne prit pas part à l’autre action majeure de cette année-là, l’attaque sur Cherry Valley, New York [V. Walter Butler].

À la fin de l’été de 1779, plusieurs milliers de soldats américains sous les ordres de John Sullivan, appuyés par l’artillerie, envahirent le pays iroquois. Butler, Brant, Kaieñˀkwaahtoñ et d’autres rassemblèrent une petite troupe pour leur résister. Butler et Brant conseillèrent de harceler les envahisseurs tout en battant lentement en retraite. D’autres opinions, moins avisées, prévalurent, et une tentative fut faite de bloquer la route à l’ennemi. L’artillerie rebelle et une erreur stratégique de la part des Indiens menèrent à la déroute, et Sullivan se mit à se frayer une voie par l’incendie à travers le pays des Tsonnontouans et des Goyogouins, dévastant 40 villages dont Ganundasaga. Son armée détruisit 160 000 boisseaux de maïs, « une grande quantité » de légumes et d’immenses vergers, ravageant ainsi le fondement agricole de l’économie indienne. À l’approche de l’hiver, les Iroquois, et parmi eux Kaieñˀkwaahtoñ, s’enfuirent au fort Niagara pour subsister à même les rations britanniques.

La dévastation de leur terre natale ne brisa pas le moral des Tsonnontouans ni celui de leur vieux chef. Il était sur le sentier de la guerre, de nouveau, en juillet et en août 1780, comme chef de l’expédition qui détruisit le district de Canajoharie et de Normans Kill, ramenant 50 ou 60 prisonniers. En octobre, il était de nouveau sur le terrain, ralliant sir John Johnson* pour une razzia dans la vallée de la Schoharie. Il a peut-être partagé avec Brant le commandement de la troupe qui, pendant cette expédition, captura 56 rebelles partis du fort Stanwix pour opérer une sortie. On détruisit au cours de la razzia quelque 150 000 boisseaux de grains et on brûla 200 maisons.

Cette même année, Kaieñˀkwaahtoñ, sa famille et d’autres déménagèrent au ruisseau Buffalo. Ils visitèrent fréquemment les postes britanniques et, à l’une de ces occasions, Kaieñˀkwaahtoñ fit au Canada d’aujourd’hui sa seule visite dont les documents fassent état. On rapporta qu’après avoir reçu généreusement à boire et à manger de la part des officiers du fort Érié (Fort Erie, Ontario), il mit sa famille en danger alors qu’il essayait de manœuvrer son canot, au retour, à travers la rivière Niagara.

Pendant la guerre, Kaieñˀkwaahtoñ et ses guerriers avaient réussi à pousser la frontière des Blancs presque jusqu’à Albany, mais ils avaient en retour été chassés de leurs demeures et forcés de se regrouper aux environs du fort Niagara, des rives du lac Érié et de la rivière Allegheny. La Grande-Bretagne, en négociant la paix avec les Américains, choisit d’ignorer les Iroquois qui avaient combattu aux côtés de ses armées. Pour loger une partie des Six-Nations, Joseph Brant obtint un territoire sur la rivière Grand (Ontario). La plupart des Tsonnontouans ne suivirent pas le chef agnier, mais demeurèrent dans ce qui est maintenant l’état de New York et y firent la paix avec les Américains. Abandonnés par leurs alliés britanniques, ils affrontèrent un gouvernement américain agressif et cupide lors des négociations au fort Stanwix, en 1784. Kaieñˀkwaahtoñ n’était pas là ; il chassait. Peut-être avait-il choisi de ne pas assister à cette réunion.

Il mourut en 1786 au ruisseau Smoke. Des années plus tard, Governor Blacksnake se le rappelait : « il était passablement grand – plus de six pieds – et gros de taille, d’un port imposant. Son éloquence était d’une qualité supérieure, et en intelligence il dominait de beaucoup sur ses compatriotes ; il avait l’entière confiance de son peuple ».

Thomas S. Abler

Wis., State Hist. Soc. (Madison), Draper mss, ser. F. ; ser. S.— Colonial records of Pa. (Hazard), V : 12 août 1751, 6 août 1754.— Johnson papers (Sullivan et al.), IX : 588 ; X : 514, 519, 830 ; XI : 113, 139s. ; XII : 626–628, 899, 912 ; XIII : 88.— Journals of the military expedition of Major General John Sullivan against the Six Nations of Indians in 1779 [...], Frederick Cook, édit. (Auburn, N.Y., 1887).— NYCD (O’Callaghan et Fernow), VII : 623 ; VIII : 282, 484, 506, 559, 721.— Pa. archives (Hazard et al.), 1re sér., III : 558 ; VII : 508.— J. E. Seaver, A narrative of the life of Mrs. Mary Jemison [...], introd. par A. W. Trelease (New York, 1961), 68–70, 76.— The Sullivan-Clinton campaign in 1779 : chronology and selected documents [...] (Albany, N.Y., 1929).— [William Walton], The captivity and sufferings of Benjamin Gilbert and his family, 1780–83, F. H. Severance, édit. (Cleveland, Ohio, 1904), 110.— G. S. Conover, Sayenqueraghta : king of the Senecas (Waterloo, N.Y., 1885), 3.— Graymont, Iroquois, 167–172.

Bibliographie générale

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Thomas S. Abler, « KAIEÑÃKWAAHTOÑ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kaienkwaahton_4F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas S. Abler
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   20 octobre 2014