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LA ROCHEFOUCAULD, FRANÇOIS-ALEXANDRE-FRÉDÉRIC DE, duc de LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT et duc d’ESTISSAC, auteur, né le 11 janvier 1747 à La Roche-Guyon, France, fils de Louis-François-Armand de La Rochefoucauld de Roye, duc d’Estissac, et de Marie de La Rochefoucauld, dite Mlle de La Roche-Guyon ; le 10 septembre 1764, il épousa Félicité-Sophie de Lannion, et ils eurent trois fils ; décédé le 27 mars 1827 à Paris.

Lorsque la Révolution française éclata en 1789, François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld fut élu à l’Assemblée nationale constituante dont il fut président durant un mandat. Monarchiste libéral et confident du roi Louis XVI, il se réfugia en Angleterre en 1792 puis, en 1794, à Philadelphie. En mai 1795, il entreprit un voyage, qui l’amena à visiter une grande partie du nord des États-Unis et du Haut-Canada. Le 20 juin, il traversa le Niagara avec cinq compagnons pour gagner le fort Erie où il fut bien reçu par les autorités militaires ; le lendemain, celles-ci conduisirent le groupe en descendant la rivière jusqu’au fort Chippawa. Le 22 juin, après avoir vu les chutes du Niagara, les voyageurs se rendirent à Newark (Niagara-on-the-Lake) où ils furent reçus par le lieutenant-gouverneur, John Graves Simcoe*. Mme Simcoe [Elizabeth Posthuma Gwillim*] trouva les Français « parfaitement démocratiques et sales », mais La Rochefoucauld fut favorablement impressionné par ses hôtes. Il assista à une séance du Parlement colonial et regarda une bande de Tuscarorens exécuter des danses et jouer à la crosse. Il accompagna Simcoe à la baie de Burlington (port de Hamilton), tandis que ses compagnons visitaient York (Toronto).

Le 10 juillet, les voyageurs firent voile vers Kingston. Simcoe avait informé La Rochefoucauld que le gouverneur, lord Dorchester [Carleton*], pour apaiser les craintes que suscitait la présence d’agents français au Bas-Canada [V. David McLane*], venait de publier un décret interdisant l’accès de la colonie aux étrangers. Le duc avait alors obtenu de Simcoe qu’il plaide sa cause dans une lettre à Dorchester, mais cette tentative fut vaine : le 22 juillet, pendant son séjour à Kingston, il apprit qu’il n’était pas autorisé à visiter le Bas-Canada. Insulté, il partit immédiatement pour Oswego, dans l’état de New York. En 1799, il retourna en France, où ses relations avec les gouvernements de Bonaparte et de la Restauration furent convenables mais distantes. En 1814, il entra à la Chambre des pairs et demeura membre de cette assemblée jusqu’à sa mort ; il remplit également plusieurs fonctions honorifiques dont il fut relevé en 1823 à cause de ses opinions libérales. Il consacrait la plus grande part de son temps à l’exploitation d’une ferme modèle qui faisait partie de sa propriété de Liancourt. En outre, dans la tradition du Siècle des lumières, il se fit écrivain et réformateur social ; ses activités et ses écrits portaient sur l’éducation, la santé, la pauvreté, les caisses d’épargne et les prisons.

Le récit que fit La Rochefoucauld de son voyage en Amérique du Nord fut publié à Paris, à Hambourg (République fédérale d’Allemagne) et à Londres en 1799. Ses commentaires sur le Haut-Canada faisaient preuve d’un sens aigu de l’observation. Il qualifiait de « libéraux et justes » les décisions politiques de Simcoe et il admirait les projets qu’il avait conçus pour assurer le peuplement et le développement de la colonie. Il était impressionné par les prévisions de Simcoe concernant la construction du canal Trent, par sa volonté d’édifier l’économie sur l’agriculture plutôt que sur la traite des fourrures, et par ses idées en matière de défense, mais il voyait des obstacles à la réalisation de ces projets : « Le plus grand [obstacle], écrivait-il, est dans la détermination annoncée par le gouverneur de retourner au bout de ses cinq années en Angleterre. Un plan aussi vaste [...] ne peut être exécuté que par celui qui a été capable de le concevoir. » Le duc écrivit que Simcoe détestait tellement les États-Unis qu’il s’était vanté d’avoir incendié des maisons au cours des campagnes qu’il menait dans le cadre de la guerre d’Indépendance américaine. Simcoe nia impassiblement cette affirmation.

Le lieutenant-gouverneur s’attendait à une forte émigration américaine vers le Haut-Canada, mais La Rochefoucauld mettait cette prévision en doute pour deux raisons : d’une part l’attribution des titres de biens-fonds comportait des obstacles et des limites et, d’autre part, Simcoe surestimait selon lui l’attachement de bon nombre d’Américains à la monarchie britannique. Le duc nota la rareté des domestiques ; il affirma également que les soldats étaient parfois employés par leurs officiers à des tâches civiles et qu’il arrivait fréquemment que les militaires désertent l’armée pour trouver des terres gratuites et l’indépendance financière aux États-Unis. Simcoe voulait refréner la désertion en offrant un terrain à tout soldat qui trouverait une recrue pour le remplacer, mais La Rochefoucauld avait appris que lord Dorchester n’approuverait pas cette solution. Anti-impérialiste, le duc présumait que la Grande-Bretagne avait tout intérêt à ce que le Canada devienne indépendant.

Les commentaires que François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld fit sur la géologie, le sol, le climat, la faune et la flore de la colonie prêtent moins à controverse. Le duc observa les relations entre Blancs et Indiens, et souligna les effets néfastes de l’alcool. Il décrit les moulins à farine, les scieries, les ouvrages de défense et les navires. Son récit relate ses impressions sur la vie au Bas-Canada qui étaient influencées par les renseignements qu’il glana en cours de route et par le journal d’un compagnon qui avait été admis dans cette province. S’il loua ses hôtes pour leur hospitalité, il reconnut qu’il ne s’était jamais senti à l’aise dans le Haut-Canada britannique, où les anglophones ne comprenaient pas que, pendant la guerre qui se déroulait en Europe, il était plus agréable pour un Français, fût-il un émigré, d’apprendre qu’une victoire allait à ses compatriotes plutôt qu’aux Britanniques. Un compte rendu aussi détaillé, et rédigé par un visiteur éclairé et cosmopolite, constitue un document historique d’une valeur inestimable.

T. Stewart Webster

Le récit de François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld a paru sous le titre de Voyage dans les États-Unis d’Amérique, fait en 1795, 1796 et 1797 (8 vol., Paris, [1799]) ; une traduction anglaise de Henry Neuman en 2 volumes, Travels through the United States of North America, the country of the Iroquois, and Upper Canada, in the years 1795, 1796, and 1797 ; with an authentic account of Lower Canada, fut imprimée à Londres plus tard la même année. William Renwick Riddell* a préparé une nouvelle édition de la partie concernant le Haut-Canada. Il s’est basé sur la traduction de Neuman et y a intégré des commentaires et des corrections de sir David William Smith*, un contemporain de La Rochefoucauld. Ce texte parut sous le titre de « La Rochefoucault-Liancourt’s travels in Canada, 1795 [...] », AO Report, 1916.

On trouve une liste d’autres ouvrages de La Rochefoucauld dans Biographie universelle (Michaud et Desplaces) et Nouvelle biographie générale [...], [J.-C.-F.] Hoefer, édit. (46 vol., Paris, 1852–1866).

F.-A. [Aubert] de La Chesnaye-Desbois et — Badier, Dictionnaire de la noblesse [...] (3e éd., 19 vol., 1863–1876 ; réimpr., Nendeln, Liechtenstein, 1969).— [A.-M.-E.-P.-B. Castellane, marquis de Castellane], Gentilshommes démocrates : le vicomte de Noailles, les deux La Rochefoucauld, Clermont-Tonnerre, le comte de Castellane, le comte de Virieu (Paris, [1891]).

Bibliographie générale

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T. Stewart Webster, « LA ROCHEFOUCAULD, FRANÇOIS-ALEXANDRE-FRÉDÉRIC DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/la_rochefoucauld_francois_alexandre_frederic_de_6F.html.

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Auteur de l'article:   T. Stewart Webster
Titre de l'article:   LA ROCHEFOUCAULD, FRANÇOIS-ALEXANDRE-FRÉDÉRIC DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   24 juillet 2014