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LEWIS, MARTHA HAMM (Peters), institutrice, née le 4 octobre 1831 à Lewisville (Moncton, Nouveau-Brunswick), fille de Felix Lewis et de Martha Maria Shaw ; le 15 mai 1856, fort probablement à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, elle épousa Alexander Nevers Peters ; décédée le 20 novembre 1892 dans cette ville.

Martha Hamm Lewis perdit son père quand elle était encore bébé. On sait peu de chose sur son enfance, mais on croit qu’elle-même, sa mère et ses cinq frères et sœurs furent recueillis par son grand-père, Ichabod Lewis, loyaliste venu de l’état de New York. Elle eut des précepteurs et fréquenta, dit-on, un pensionnat, peut-être à Saint-Jean. On dit aussi qu’elle donna des leçons particulières à des jeunes gens qui étudiaient à la Normal School de cette ville. En 1849, elle demanda de s’y inscrire.

À l’époque, il y avait des grammar schools à Saint-Jean et à Fredericton, de même que des écoles élémentaires un peu partout dans la province. Dans la plupart des cas, c’étaient des hommes qui enseignaient même si, dans les endroits où il n’y avait pas d’écoles pour filles, les enfants des deux sexes suivaient parfois leurs cours ensemble. Il y avait une école normale à Fredericton et une autre à Saint-Jean, mais aucune femme n’y avait encore été admise. La Normal School de Saint-Jean rejeta la demande d’admission de Martha Lewis en invoquant, paraît-il, la coutume et les convenances. Obstinée, elle écrivit à sir Edmund Walker Head*. Premier civil à occuper le poste de lieutenant-gouverneur de la province, Head était progressiste et cultivé. Il déclara qu’elle était admissible. Un décret ordonna à la Normal School d’admettre Mlle Lewis, mais on la prévint que le Conseil exécutif ne pourrait être tenu responsable des conséquences néfastes de sa décision.

La Normal School avait été fondée à l’automne de 1848 à la demande d’Edmund Hillyer Duval*, directeur d’école à Saint-Jean, et c’était lui qui la dirigeait. Parce qu’il craignait que la présence d’une femme ne trouble le décorum, il imposa un certain nombre de conditions à Mlle Lewis. Elle devait entrer dans la classe dix minutes avant ses condisciples, s’asseoir seule au fond de la pièce, toujours porter un voile, faire une révérence au professeur et sortir cinq minutes avant la fin des cours, puis quitter les lieux sans adresser la parole à aucun étudiant. Elle se plia à ces règles pendant le premier semestre. Au second, on lui permit d’avoir une compagne, ce qui diminua peut-être son sentiment d’isolement.

En 1850, après avoir réussi son année d’études, Martha Lewis put enseigner dans la paroisse d’Upham, non loin de Saint-Jean. Trois ans plus tard, elle reçut une licence qui l’autorisait à enseigner à Saint-Jean même. On ignore où elle travailla et ce qu’elle enseigna. On peut supposer qu’à Saint-Jean elle suivait le programme de Duval : lecture, composition, orthographe, arithmétique, géographie, grammaire, histoire de l’Angleterre, histoire naturelle, dessin et chant. En 1856, elle quitta l’enseignement par suite de son mariage avec un cousin de Samuel Leonard Tilley, Alexander Nevers Peters, qui était alors épicier détaillant et allait devenir propriétaire d’un hôtel bien connu de Saint-Jean, Clifton House. Peut-être se réjouit-elle jusqu’à la fin de sa vie à la pensée que son année à la Normal School avait contribué à dissiper les préjugés de Duval contre les institutrices. En 1852, 49 des 92 élèves étaient des femmes. Dès le début des années 1860, la Normal School avait une division féminine, et une demoiselle Duval faisait partie du personnel.

Les notices nécrologiques de Martha Hamm Lewis Peters, parues une génération après son exploit, ne faisaient nulle mention du fait qu’elle avait été la première femme à étudier dans une école normale de la province mais, apparemment, elle transmit son esprit de pionnière à au moins une de ses quatre filles, Mabel P. Peters*, qui fonda la Canadian Playgrounds Association et s’engagea à fond dans le mouvement en faveur du suffrage féminin.

Elizabeth W. McGahan

Fernhill Cemetery (Saint-Jean, N.-B.), Burial records.— Saint John Regional Library (Saint-Jean), Misc. files, Lewis family file.— St. John Daily Sun, 21 nov. 1892.— Saint John Globe, 1er avril 1901.— The St. John and Fredericton business directory, 1862 [...] (Saint-Jean, 1862), 66.— M. E. Clarke, « The Saint John Women’s Enfranchisement Association, 18941919 » (thèse de {{m.a}}., Univ. of N.B., Fredericton, 1980), 96.— KF. C. MacNaughton, The development of the theory and practice of education in New Brunswick, 1784–1900 : a study in historical background, A. G. Bailey, édit. (Fredericton, 1947), 139140.— MacNutt, New Brunswick.— Daily Telegraph and the Sun (Saint-Jean), 1er sept. 1914.— M. L. Hanington, « Martha Hamm Lewis goes to normal school [...] », Educational Rev. (Saint-Jean), oct. 1931 : 7 ; réimpr. dans le Telegraph-Journal (Saint-Jean), 6 janv. 1962.

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Elizabeth W. McGahan, « LEWIS, MARTHA HAMM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lewis_martha_hamm_12F.html.

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Auteur de l'article:   Elizabeth W. McGahan
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   22 décembre 2014