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LINEHAM, JOHN, homme d’affaires et homme politique, né le 21 mars 1857 à Mitchell, Haut Canada, fils de Thomas Lineham et de Barbara McIntyre ; le 21 mars 1894, il épousa à Collingwood, Ontario, Mary Elizabeth Martin, et ils eurent deux filles ; décédé le 21 avril 1913 à Calgary.

Selon la tradition familiale, le père de John Lineham, originaire du Yorkshire, en Angleterre, fut l’un des premiers ingénieurs du chemin de fer du Grand Tronc. En 1878, John partit pour le Manitoba où, environ deux ans plus tard, il obtint, dit-on, un contrat de sous-traitance pour exécuter des travaux sur la ligne principale du transcontinental à l’ouest de Winnipeg. En 1881, il se mit à transporter des marchandises de Brandon à Edmonton dans des charrettes à bœuf de la Rivière-Rouge. Il abandonna cette activité en 1883 et alla élever des chevaux à Calgary, qui n’était alors qu’une petite ville pionnière. Toujours à l’affût de bonnes occasions, il acheta en 1886, avec Matthew Dunn, la boucherie A. P Samples and Company de Calgary. Bientôt, leur entreprise se mit aussi à acheter et à vendre du bétail. À Calgary comme dans d’autres centres urbains de l’Ouest, le développement économique était freiné par de graves pénuries de capitaux, mais, étant donné que la Dunn and Lineham était rentable, elle put obtenir de la Banque impériale du Canada le crédit à court terme dont elle avait besoin.

Dans la vingtaine d’années qui suivirent, grâce au bénéfice de ses diverses entreprises, Lineham construisit plusieurs édifices commerciaux dans le centre de Calgary, dont le Leeson-Lineham Block dans la 8e Avenue et l’Empress Hotel. Ainsi, il contribua au boom du bâtiment, qui créa beaucoup d’emplois dans la ville et y fit circuler de l’argent. Cet argent, on pouvait le dépenser par exemple en achetant des produits de la Calgary Brewing and Malting Company, à la fondation de laquelle il participa en 1892.

À la fin des années 1880, Lineham s’était retiré de la Dunn and Lineham, car il avait conclu que vendre de la viande à Calgary était moins rentable que faire le commerce du bois à Okotoks et à High River. Il obtint, du gouvernement du Canada, des concessions forestières au bord du ruisseau Sheep (rivière Sheep) et de la rivière Highwood et construisit en 1891–1892 des scieries à Okotoks et à High River. Ses scieries reçurent leur premier gros volume de bois flotté en 1892. De plus en plus, les matériaux dont se servait Lineham pour bâtir à Calgary provenaient de ses parcs à bois. C’est aussi de là que vinrent les matériaux nécessaires à la construction du Lineham Block et d’autres bâtiments au village d’Okotoks, où il se fixa après son mariage en 1894.

Tout en étant entrepreneur forestier et promoteur immobilier, Lineham était actif sur la scène publique. Élu en 1888 représentant de Regina à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest, il conserva son siège jusqu’en 1898. La situation de Lineham explique en grande partie les bonnes dispositions du gouvernement territorial à l’égard du développement économique. Lineham devint également un notable d’Okotoks. Ainsi, il fut élu maire en 1909 et le resta deux ans ; à ce titre, il promut la croissance de sa petite localité.

Lineham s’était vite fait connaître par la qualité de ses matériaux de construction. De 1892 à la Première Guerre mondiale, son usine fut la principale industrie d’Okotoks ; souvent, plus d’une centaine d’hommes y travaillaient. Outre du bois de chauffage, elle fabriquait et vendait, dans le gros et au détail, des planches, des bardeaux, des lattes, des parements à mi-bois, du planchéiage et des planches à feuillure. Au plus tard en 1892, Lineham prit comme associé en second son jeune frère William Donald. Les deux frères et leur famille avaient amplement de quoi vivre grâce à la Lineham Lumber Company, qui était en très bonne santé financière, et à d’heureuses opérations immobilières à Calgary et à Okotoks. En raison de leur succès croissant, ils avaient besoin de diversifier leurs investissements à long terme. Vers 1900, ils possédaient plus de 6 000 acres de terre où ils élevaient du bétail de race Hereford et Shorthorn. Il y avait là deux ranchs. L’un d’eux se trouvait sur l’embranchement nord du ruisseau Sheep, et c’est là qu’étaient rassemblées les billes de bois qui allaient descendre ce cours d’eau. L’intégration de l’immobilier, du commerce du bois et de l’élevage, pratiquée par les frères Lineham, était un facteur important de la prospérité de leurs entreprises. On voit que l’historien David H. Breen a eu raison de dire, à propos de l’Ouest canadien : « C’était peut-être la seule région pionnière où les éleveurs étaient aussi présents dans le paysage urbain. »

John Lineham fut aussi un pionnier de l’industrie pétrolière. En 1901, lui-même et deux associés entamèrent des opérations de forage dans ce qui est aujourd’hui le Waterton Lakes National Park. Ils utilisaient de l’équipement amené de Fort Macleod, l’arrêt de chemin de fer le plus proche. Le pétrole du premier puits producteur d’Oil City (tel était le nom du chantier) se mit à jaillir l’année suivante au rythme de 8 000 barils par jour. Cependant, dès 1904, le nombre de pièces d’équipement perdues ou défectueuses dans ce puits était tel que la production quotidienne n’était plus que de 40 barils. On abandonna ce puits peu après. Il fallut attendre les forages de Robert Arthur Brown* dans la vallée de Turner en 1936 pour avoir la preuve tangible des immenses richesses pétrolières de l’Alberta. La province ne devint une grande productrice de pétrole qu’en 1947, quand l’Imperial Oil Company lança Leduc no 1. Le rôle de Lineham dans cette histoire n’a pas été oublié : un chapelet de lacs, un ruisseau et une montagne situés dans la région des lacs Waterton portent son nom.

La santé de John Lineham déclina pendant la dernière année de sa vie. Il passa plusieurs mois en Californie dans l’espoir de prendre du mieux, mais il mourut en 1913 à Calgary, à l’Empress Hotel, qui lui appartenait toujours. Il laissait une fortune de 436 000 $. Après, son frère dirigea les entreprises Lineham durant quelques années.

Henry C. Klassen

Calgary Surrogate Court, Estate files, 26 juin 1913.— GA, M928, letter-books, 3 : 257.— High River Times (High River, Alberta), 16 mai 1912, 24 avril 1913.— D. H. Breen, The Canadian prairie west and the ranching frontier, 1874–1924 (Toronto, 1983).— A century of memories : Okotoks and district, 1883–1983 (Okotoks, Alberta, 1983), 5–11, 361–373.— Dusters and gushers : the Canadian oil and gas industry, J. D. Hilborn, édit. (Toronto, 1968).— Max Foran et Edward Cavell, Calgary : an illustrated history (Toronto, 1978).

Bibliographie générale

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Henry C. Klassen, « LINEHAM, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lineham_john_14F.html.

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Auteur de l'article:   Henry C. Klassen
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   18 décembre 2014