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MacMHANNAIN, CALUM BÀN (Malcolm Bàn Buchanan), barde et colon, né vers 1758 à Sarsdal, Flodigarry, île de Skye, Écosse ; il épousa Flora MacLeod, et ils eurent quatre fils et deux filles ; circa 1803.

Tout comme ses compatriotes passagers du Polly, il est probable que Malcolm Bàn Buchanan prit la décision d’émigrer à la suite de la campagne de recrutement que mena lord Selkirk [Douglas] dans les îles Hébrides au cours de l’automne de 1802 et de l’hiver suivant. L’émigration vers le Nouveau Monde représentait à ce moment-là une attrayante possibilité d’échapper au despotisme de fait auquel les Gaëls écossais se heurtaient depuis plus d’un demi-siècle. La dissolution définitive du système des clans après le soulèvement jacobite de 1745–1746, les expulsions et l’exploitation des autochtones à la suite d’une augmentation générale de l’élevage du mouton et des entreprises commerciales dans les Hébrides, ainsi qu’une rapide croissance de la population amenèrent des centaines de personnes à écouter les propos, flatteurs ou non, de nobles ambitieux comme Selkirk et à quitter leur patrie pour de plus verts pâturages, au delà de l’Atlantique.

L’opposition du gouvernement britannique avait fait échouer le plan original de Selkirk visant à l’établissement des colons des Highlands dans le Haut-Canada ; au dernier moment, l’Oughton, le Dykes et le Polly, qui transportaient quelque 800 émigrants, furent détournés vers l’Île-du-Prince-Édouard. Là, les nouveaux colons occupèrent des terres dans la région de Belfast ; ils allaient y perpétuer pendant des générations leurs traditions et leur riche patrimoine de chansons et de contes dans la langue de tous les jours, le gaélique. Buchanan fut l’un de ces innombrables bardes qui composèrent et transmirent des chants gaéliques sur l’émigration, lesquels ne furent jamais, ou rarement, reproduits par écrit de leur vivant. Il était rare aussi que le redoutable défi de la vie pionnière abattît leur courage ou l’emportât sur leur optimisme et leur verve.

Les malheurs qui frappèrent les entreprises ultérieures de colonisation de Selkirk désappointèrent et rendirent même furieux des centaines de Highlanders qui avaient lié leur sort au sien. Ce ne fut pas le cas de Buchanan, semble-t-il, puisque les renseignements fragmentaires qui le concernent ne révèlent aucun désenchantement ou chagrin semblables à ceux de ses compatriotes. Sa chanson, Imrich nan Eileanaich (Emigration des insulaires), montre de toute évidence qu’il avait acquis la conviction que l’émigration constituait la voie tout indiquée pour passer de la tyrannie et de la pauvreté à la paix et à la prospérité.

                        Thàining maighstir as ùr
                        Nis a stigh air a’ ghrunnd,
                        Sin an naigheachd tha tùrsach, brònach.
                        Tha na daoine as a’ falbh,
                        ‘S ann tha ‘m maoin an déigh searg’ ;
                        …….…………………………………….
                        Ciod a bhuinnig dhomh fhi
                        Bhi a’ fuireach’s an tir,
                        O nach coisinn mi ni air brògan.

Un nouveau maître est venu
                        Aujourd’hui dans le pays,
                        Triste et malheureuse affaire.
                        Les habitants partent ;
                        Leurs terres ont rapetissé.
                        ……………………………………………….
                        À quoi cela me servirait-il
                        De rester dans ce pays
                        Où je ne peux rien gagner comme cordonnier.

Plus loin dans la chanson, il décrit l’Île-du-Prince-Édouard comme Eilean an àigh, l’île du contentement, choyée par l’abondance des fruits, des céréales, du sucre et même du rhum brun.

Buchanan était un barde gaélique sensible dont le goût de l’aventure était excité par les obstacles d’un voyage en mer. Sa chanson est une description fascinante des détails du voyage du Polly et de la situation des émigrants de l’île de Skye. Après qu’une attaque de typhus eut fait au moins deux victimes, il composa à l’intention de ces deux belles jeunes filles une complainte dont il ne reste qu’un couplet :

                        Chuir mi iad an cill na Frangach
                        ’S cha chuir fuachd a gheamhraidh as iad

Je les ai enterrées dans le cimetière des Français
                        Et le froid de l’hiver ne pourra les en sortir.

Buchanan s’établit à Point Prim, près de Belfast. On peut supposer avec une certaine hésitation qu’il était le Malcolm Buchanan dont le nom apparaît dans une lettre de recommandation du 5 novembre 1811 envoyée au représentant principal de Selkirk, le révérend Angus McAulay*, pour son éducation cléricale en langue gaélique. De même, c’était probablement le Malcolm Buchanan qui, en 1818, loua de Selkirk pour un an 96 acres des lots nos 57 et 58. Selon Alexander Maclean Sinclair* qui vécut à Belfast et qui fit la compilation de plusieurs ouvrages de poésie gaélique, Buchanan mourut à Point Prim vers 1828, mais on n’a trouvé aucun document pouvant en fournir la preuve.

Longtemps après la mort de Malcolm Bàn Buchanan, sa chanson continua à se transmettre oralement, peut-être par l’intermédiaire de ses parents, jusqu’à ce 29 mars 1883, jour où Eoghan MacLaomuinn transcrivit les paroles d’un octogénaire qui les avait apprises du barde lui-même. Les chants des bardes tels que Buchanan apportent des éléments éclairants à la documentation généralement employée pour reconstituer des événements historiques. En elle-même, sa chanson Imrich nan Eileanaich a une qualité durable, celle qui permet aux bardes gaéliques de raconter d’une manière intime et pittoresque le destin et le sort d’autres Gaëls qui ont pris une place importante dans la fondation du pays.

Margaret MacDonell

Le texte de la chanson de Malcolm Bàn Buchanan, Imrich nan Eileanaich, est tiré de Mac-Talla (Sydney, N.- É.), 3 (1894–1895), no 41 : 9. Il a été publié de nouveau. accompagné d’une traduction anglaise de Margaret MacDonell, sous le titre de Emigration of the Islanders, dans « Bards on the Polly », Island Magazine, no 5 (automne–hiver 1978) : 34–39, et dans The emigrant experience : song of Highland emigrants in North America, Margaret MacDonell, trad. et édit. (Toronto et Buffalo, N. Y., 1982) 105–113.

L’auteure désire remercier le professeur J. M. Bumsted pour son aide dans la préparation de cette biographie [m. macd.]

APC, MG 19, E1, sér. 1, 39 : 14862 (transcription).— PAPEI, RG 16, Land registry records, Conveyance reg. liber 25 : ff.204–205.— Douglas, Lord Selkirk’s diary (White), 4s., 11s., 17.Gaelic bards from 1765 to 1825, A. M. Sinclair, édit. (Sydney, 1896), 80s.Mac-Talla, 3 (1894–1895), no 41 : 1 ; 11 (1902–1903) : 79, 112.Prince Edward Island Gazette (Charlottetown), 18 mars 1820.— J. M. Bumsted, The Scots in Canada (Ottawa 1982).— M. A. Macqueen, Hebridean pioneers (Winnipeg 1957), 73s., 76 ; Skye pioneers and « the Island » ([Winnipeg, 1929]), 13, 30–32.— J. M. Bumsted, «Lord Selkirk of Prince Edward Island », Island Magazine, no 5 (automne–hiver 1978) : 3–8 ; « Settlement by chance : Lord Selkirk and Prince Edward Island », CHR, 59 (1978) 170–188.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Margaret MacDonell, « MacMHANNAIN, CALUM BÀN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/macmhannain_calum_ban_5F.html.

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Auteur de l'article:   Margaret MacDonell
Titre de l'article:   MacMHANNAIN, CALUM BÀN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   30 octobre 2014