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McLEAN (MacLean), JOHN, évêque de l’Église d’Angleterre et éducateur, né le 17 novembre 1828 à Portsoy (région de Grampian, Écosse), fils de Charles McLean, marchand, et de Jannet Watson ; en 1861, il épousa à London, Haut-Canada, Kathleen Wilhelmina, fille du révérend Richard Flood et de Frances Mary Blake, et ils eurent dix enfants ; décédé le 7 novembre 1886 à Prince Albert (Saskatchewan).

Après avoir étudié les sciences et les humanités, John McLean obtint en 1851 une maîtrise ès arts du King’s College (University of Aberdeen) en Écosse. Il travailla ensuite à Londres, dans une fabrique dirigée par un de ses oncles, où, comme il possédait quelque connaissance du français, de l’allemand et de l’espagnol, on le mit en charge de la correspondance étrangère. Peu de temps probablement après son arrivée à Londres, il devint membre de l’Église d’Angleterre et, en 1858, il avait décidé de demander l’ordination. L’amitié qu’il conservait à Robert Machray*, confrère d’études à Aberdeen, joua un rôle dans ces décisions. Ce dernier, qui avait été ordonné prêtre en 1856, à la suite d’une heureuse carrière à l’University of Cambridge, devint évêque de Rupert’s Land en 1865. McLean, cependant, le précéda en Amérique du Nord britannique, y arrivant en 1858, après qu’Isaac Hellmuth*, secrétaire de la Colonial and Continental Church Society pour ce territoire, l’eut persuadé d’émigrer dans le Haut-Canada. C’est là qu’il fut ordonné diacre le 1er août 1858 et prêtre le 15 décembre suivant par l’évêque Benjamin Cronyn*, qui le nomma aumônier de la garnison et vicaire de la cathédrale St Paul de London. McLean y demeura jusqu’à ce que Machray le fasse venir à Rupert’s Land en 1866 pour l’aider à donner une nouvelle orientation au St John’s College de Winnipeg en en faisant un séminaire de théologie et une école supérieure.

Il est possible que McLean et Machray, tout comme l’évêque John Strachan* avant eux, aient eu des relations et des antécédents épiscopaliens, mais il est plus certain qu’ils aient été attirés vers l’Église d’Angleterre à cause des circonstances qui avaient entouré la scission de l’Église d’Écosse. Tous deux étaient fortement évangéliques et, bien que fidèles hommes d’Église, ils n’avaient aucune sympathie pour le mouvement tractarien, particulièrement influent dans l’Église d’Écosse. Ils étaient tout de même portés à adopter la plupart du temps des positions modérées et ils ressentaient beaucoup d’attrait pour l’ordre et la discipline de l’Église d’Angleterre. Par ailleurs, les plus grandes possibilités offertes par une carrière au sud des frontières de leur pays ne pouvaient, semble-t-il, laisser complètement indifférents ces deux jeunes Écossais d’origine modeste et de talent exceptionnel.

L’activité bien remplie de McLean à Rupert’s Land après 1866 reflète à la fois les plans de Machray pour l’extension du travail des anglicans à une époque où l’on s’attendait à connaître un grand développement, et aussi les ressources limitées dont disposait l’évêque. À la fin de décembre 1867, McLean commença de célébrer le culte dans une salle du « nouveau petit village de Winnipic », l’embryon de la paroisse Holy Trinity. Entre 1866 et 1874, il enseigna au St John’s College où il fut directeur et professeur de théologie. Il fut aussi nommé conseiller en théologie de l’évêque de Rupert’s Land, archidiacre d’Assiniboia et, finalement, rector de la cathédrale St John de Winnipeg.

Pendant les troubles de la colonie de la Rivière-Rouge en 1869–1870, McLean se joignit à Machray pour enjoindre aux habitants protestants, des anglicans pour la plupart, de se comporter de façon modérée et leur conseiller d’envoyer des délégués anglophones à la réunion proposée par Louis Riel pour janvier 1870. À la même époque, McLean s’occupa des prisonniers de Riel, au nombre desquels se trouvait Charles Arkoll Boulton*. Plus tard, il s’associa à deux ministres, John Black, un presbytérien, et George Young*, un méthodiste, pour exhorter les gens à la résistance au raid fénien d’octobre 1871.

En 1873, les autorités de l’Église d’Angleterre envisageaient de diviser le vaste diocèse de Rupert’s Land. McLean alla en Grande-Bretagne au cours de l’année afin de recueillir des fonds pour le nouveau diocèse de Saskatchewan que l’on se proposait d’établir ; ce dernier devait comprendre une grande partie des régions méridionales des futures provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan. Il ne s’agissait pas de la première tentative de McLean d’obtenir des fonds ; en 1871, il avait ramassé pour le St John’s College plus de $8 000 au Canada où, comme Machray s’en plaignait souvent, l’aide pour les missions du Nord-Ouest était loin d’être généreuse. Le 3 mai 1874, l’archevêque de Cantorbéry consacra McLean premier évêque du diocèse de Saskatchewan.

De retour dans le Nord-Ouest, McLean se rendit dans l’établissement de Prince Albert ; il y arriva au mois de février 1875 en traîneau tiré par des chiens. Il fit des arrangements pour la construction en troncs d’arbres de l’église St Mary (à l’ouest de la ville actuelle), et y célébra sa première ordination le 9 janvier 1876. Au cours de l’hiver de 1875–1876, il visita aussi la mission Stanley, établie sur la rive est du lac Mountain (Saskatchewan), là où l’église Holy Trinity avait été bâtie en 1859 par des Indiens sous la direction du révérend Robert Hunt. L’hiver suivant, il fit le voyage jusqu’au fort Edmonton (Edmonton) où il aida le révérend William Newton, qui avait fondé la mission anglicane depuis peu, à organiser la construction de l’église qui fut remplacée plus tard par l’actuelle cathédrale All Saints.

McLean décrivit son diocèse au moment de sa création comme « une vaste région comprenant environ 30 000 Indiens et quelques petits établissements de Blancs [...] sans dotations, ni missionnaires, ni églises ». En fait, il était assisté de deux missionnaires, l’un prêtre et l’autre laïc, et d’un diacre autochtone, mais le défi était vraiment redoutable. Malgré le développement d’une lenteur décourageante que connut l’Ouest pendant la décennie suivante, McLean jeta les bases du travail de son Église auprès des colons blancs et des Indiens. Bien qu’en 1883 le diocèse de McLean ait été réduit en étendue par la création du diocèse de Qu’Appelle, il comptait, en 1886, 22 membres du clergé et 7 catéchistes. McLean avait accepté sans enthousiasme cette réduction, qui mit à l’épreuve son amitié avec Machray. En plus de construire des églises et des postes de mission et de réunir des dotations considérables, McLean fonda l’Emmanuel College à Prince Albert, inauguré en 1879. Conçue surtout à l’origine comme un centre d’enseignement pour un clergé autochtone, l’institution fut aussi la première à travailler au niveau collégial dans les Territoires du Nord-Ouest ; pour sa part, McLean voyait dans le collège un embryon d’université. En mai 1883, « un acte constituant juridiquement l’University of Saskatchewan et autorisant la fondation de collèges dans les limites du diocèse de Saskatchewan » reçut la sanction royale. McLean et Lawrence Clarke siégèrent au premier conseil de l’université.

McLean fut peut-être la personne la plus en vue à Prince Albert, comme en font foi le journal local et le registre du poste de la Hudson’s Bay Company. Ainsi qu’on pouvait s’y attendre dans une communauté isolée, l’activité de sa nombreuse famille était suivie avec un intérêt semblable. Trois des cinq filles épousèrent des membres du clergé à Prince Albert dans les années 1880, et la famille y résidait encore pendant la décennie suivante. McLean semble avoir eu de bonnes relations avec ses ouailles, mais il lui arrivait de trouver à redire de certains de ses confrères, tels le savant mais excentrique Newton ou le révérend George McKay ; ce dernier, installé au fort Macleod (Fort Macleod, Alberta) et très occupé par son ministère auprès des Indiens, des membres de la Police à cheval du Nord-Ouest et des ranchers, omettait de garder contact avec son évêque. L’Église dans son ensemble manifesta son appréciation à McLean : il reçut des grades honorifiques du Kenyon College, en Ohio, du Bishop’s College de Lennoxville, et du Trinity College de Toronto, en 1871, et du St John’s College en 1881. Ces institutions, il faut le noter, avaient un penchant pour la High Church.

En dépit des difficultés rencontrées, les réalisations de McLean furent substantielles. Il fit de courageux efforts dans le but de s’adjoindre des missionnaires anglicans pour les colons attirés par la construction du chemin de fer canadien du Pacifique, mais son quartier général de Prince Albert était éloigné de la route ferroviaire prévue ; il se préoccupa lui-même du travail déjà entrepris chez les Indiens et les sang-mêlé. Les tensions qui aboutirent en 1885 à la rébellion du Nord-Ouest ne facilitèrent pas ce travail. Malgré tout, au cours de sa vie, McLean prit des mesures importantes pour la préparation d’un clergé autochtone, consolida le travail missionnaire anglican auprès des Cris du Nord et l’étendit aux Pieds-Noirs, aux Gens-du-Sang, aux Piegans et aux Sarcis du sud de l’Alberta. McLean attribua au travail des missionnaires la relative tranquillité observée, pendant le soulèvement, parmi les Indiens et les sang-mêlé soumis à l’influence anglicane.

En août 1886, après son dernier synode, McLean visita ses missions de l’Ouest, y compris Calgary (Alberta) et Edmonton. Dans cette dernière, il fut gravement blessé par un attelage de chevaux qui s’étaient emballés et le firent tomber de la charrette anglaise dans laquelle il voyageait. Souffrant déjà d’une néphrite chronique et déterminé à rentrer chez lui, l’évêque, par un mois d’octobre froid, descendit la rivière Saskatchewan-Nord sur près de 500 milles dans une petite embarcation. Il atteignit Prince Albert, mais mourut le 7 novembre.

McLean fut enterré dans le cimetière de l’église St Mary avec toute la pompe que l’Église anglicane et la ville de Prince Albert pouvaient déployer. Le Prince Albert Times and Saskatchewan Review s’affligea de la mort de celui qu’il considérait comme le meilleur ami de la ville, « le personnage le plus important de notre communauté », et son vieil ami Machray loua ses « talents immenses et variés, sa facilité d’expression et son continuel dévouement ».

Lewis Gwynne Thomas

Les sources les plus importantes concernant l’activité de John McLean durant son épiscopat se trouvent dans les papiers du Synod of the Diocese of Saskatchewan (Saskatoon) et dans les archives, à Londres, de la Soc. for the Propagation of the Gospel et de la Church Missionary Soc.

PAM, HBCA, B.332/a/1 ; MG 2, C14 ; MG 3, D1 ; MG 12, B2.— Prince Albert Times and Saskatchewan Rev. (Prince Albert), 1882–1886.— Boon, Anglican Church.— Robert Machray, Life of Robert Machray, D.D., LL.D., D.C.L., archbishop of Rupert’s Land, primate of all Canada, prelate of the Order of St. Michael and St. George (Toronto, 1909).— E. K. Matheson, « John McLean », Leaders of the Canadian church, W. B. Heeney, édit. (2e sér., Toronto, 1920), 225–252.— William Newton, Twenty years on the Saskatchewan, N. W. Canada (Londres, 1897).— W. F. Payton, An historical sketch of the diocese of Saskatchewan of the Anglican Church of Canada (s.l., [1973]).

Bibliographie générale

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Lewis Gwynne Thomas, « McLEAN, JOHN (1826-1886) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mclean_john_1826_1886_11F.html.

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Auteur de l'article:   Lewis Gwynne Thomas
Titre de l'article:   McLEAN, JOHN (1826-1886)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 septembre 2014