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McPHAIL, ALEXANDER JAMES, fermier, fonctionnaire et chef d’une organisation agricole, né le 23 décembre 1883 à Paisley, Ontario, fils de James Alexander McPhail et d’Elizabeth Menzies ; le 5 janvier 1927, il épousa à Springfield, Massachusetts, Marion Grenfell Baird (1904–1937), et ils eurent un fils ; décédé le 21 octobre 1931 à Regina.
Alexander James McPhail naquit au sein d’une famille de fermiers presbytériens que sa sœur Elizabeth qualifierait d’« intensément religieux » (ils devinrent baptistes parce que, là où ils s’établirent, il n’y avait pas d’église presbytérienne). Ses parents, Écossais des Highlands « jouissant d’une santé de fer », avaient immigré au Canada à l’âge adulte. Ainsi, le choc fut sans doute brutal quand le père, James Alexander, contracta la tuberculose en 1898. Il se vit prescrire de l’air sec ; l’homme hypothéqua donc sa ferme en Ontario et partit avec les siens dans l’Ouest, à Minnedosa, au Manitoba. Il mourut toutefois en 1900. Sa femme, elle aussi atteinte de la maladie, le suivit en 1903. L’aîné, Alexander James, qui n’avait pas encore 20 ans, et sa sœur Annie, de quatre ans sa cadette, se retrouvèrent à la tête du foyer et de la fratrie.
En respect des dernières volontés de leur mère, qui souhaitait garder la famille intacte, les enfants McPhail les plus âgés convinrent d’exploiter ensemble une ferme. En 1904, Alexander James acquit une concession non loin de Newdale. Il la vendit cependant rapidement pour rejoindre ses frères et sa grand-mère, installés près de Bankend et de Ladstock, dans les monts Touchwood (qui, à la création de la province en 1905, feraient partie de la Saskatchewan).
Selon l’historien Garry Fairbairn, chez les McPhail, « le monde intellectuel passait souvent avant le confort matériel ». Alexander James n’arrêta jamais d’apprendre et devint un argumentateur enthousiaste. Abonné de la bibliothèque locale, il dévora les œuvres de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas, de même que des articles du Manitoba Free Press et du Family Herald and Weekly Star de Montréal. Pour financer l’éducation de ses frères et sœurs, il vendit la ferme ontarienne. À l’hiver de 1908–1909, il poursuivit ses études à Winnipeg en s’inscrivant au Manitoba Agricultural College, où il travailla comme directeur administratif adjoint du journal, la M.A.C. Gazette.
McPhail se remit à l’exploitation agricole et, en 1913, intégra la fonction publique de la Saskatchewan à titre d’inspecteur des plantes nuisibles au ministère de l’Agriculture. Quand la guerre éclata un an plus tard, il guida un envoi de chevaux en Angleterre pour le compte du gouvernement. En 1915, il tenta de s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien ; on le déclara cependant « indésirable », peut-être, comme le suggérerait Fairbairn, parce qu’il souffrait de maux d’estomac. Son intérêt pour les animaux domestiques le poussa à se joindre à la direction du bétail du ministère de l’Agriculture, où il travailla sous les ordres de Paul Frederick Bredt, commissaire au bétail. Vers la fin de la guerre, Bredt, né en Allemagne, dut démissionner à cause de ses origines. McPhail fit de même en signe de protestation.
Ayant quitté le gouvernement le 9 février 1918, McPhail s’associa à son frère Hugh Duncan. Ils firent le commerce de porcs, de chevaux et de bétail, ce qui amena souvent Alexander James à conduire les animaux au marché de Winnipeg. En parcourant l’Ouest, il prit conscience des difficultés d’autres agriculteurs, bien au delà des limites de sa propre ferme. De plus en plus préoccupé par les problèmes des fermiers des Prairies, McPhail se sentit interpellé par le Parti progressiste de Thomas Alexander Crerar*. En outre, malgré son manque d’expérience dans le domaine du blé, il commença à prendre part aux assemblées de la Saskatchewan Grain Growers’ Association [V. Frederick William Green*]. En 1922, il devint secrétaire de l’organisme. Comme le dirait le journaliste Daniel Winters, McPhail se vit propulsé dans l’orbite de « personnalités et personnages influents » désireux de transformer l’agriculture de l’Ouest canadien.
Fervent partisan du modèle coopératif, McPhail devint un promoteur important des syndicats du blé, qui offraient aux producteurs une autre façon de vendre leur produit. Les fermiers participants n’auraient plus à toujours essayer de deviner le meilleur moment pour mettre en marché leurs récoltes : ils obtiendraient le même prix que tous les autres membres du syndicat, peu importe la date de la livraison. Les syndicats ne les protégeaient toutefois pas des fluctuations des prix du blé. Et même si certains membres recevaient plus d’argent que leurs voisins non syndiqués, ils demeuraient à la merci des marchés internationaux.
En 1923 et 1924, des syndicats se formèrent en Alberta, au Manitoba et en Saskatchewan, en partie grâce à l’influence du militant américain Aaron Leland Sapiro. En 1924, McPhail devint le premier président élu de la Saskatchewan Co-operative Wheat Producers Limited, communément appelée Saskatchewan Wheat Pool (nom officialisé en 1953). Il servit aussi en qualité de responsable de l’Agence centrale de vente, organisation interprovinciale de commercialisation du grain acheté par les trois syndicats. Henry Wise Wood*, chef des Fermiers unis de l’Alberta et fervent partisan des coopératives du blé, avait insisté pour que la présidence de l’agence revienne à McPhail ; Wood devint vice-président.
McPhail croyait que seul le modèle de coopération volontaire pouvait fonctionner. Cette position suscita rapidement des conflits avec Sapiro et les membres du conseil du syndicat, qui voulaient réduire la vulnérabilité de l’organisation en rendant l’adhésion obligatoire. En gouvernant la totalité des récoltes de blé canadien, insistaient-ils, les fermiers s’en tireraient mieux collectivement sur le marché international. Les opposants à cette idée, dont McPhail, soutenaient qu’une telle contrainte affaiblirait l’esprit coopératif et volontaire du mouvement, et provoquerait le ressentiment des fermiers plus traditionnels et libres penseurs. D’ailleurs, McPhail voyait dans la position de Sapiro une entrave à la liberté démocratique qu’il prônait et confia à son journal intime que l’Américain était « l’homme le plus dangereux du mouvement coopératif ».
McPhail s’objectait aussi au projet du conseil et de Sapiro d’acquérir des élévateurs à grain coûteux, car « l’objectif premier [du syndicat était] de vendre du blé et tout le reste [était] accessoire ». En 1926, n’ayant pas réussi à empêcher le syndicat du blé d’acheter des élévateurs [V. George Langley], il trouva du réconfort dans l’importance du processus décisionnel démocratique. « La démocratie est une grande institution, écrivit-il en décembre 1925, mais à cause de certains hommes propulsés sur le devant de la scène parfois, ses principes se retrouvent très fréquemment dans une situation des plus périlleuses [...] Or, je fais encore entièrement confiance au bon sens de l’homme ordinaire. »
McPhail se voyait comme l’un des « fidèles serviteurs » de ses « frères cultivateurs ». Il consacra la plupart de son temps à exercer des pressions, à écrire et à tenir des réunions. Pour mieux diffuser le message du syndicat, il soutint également le Western Producer de Saskatoon, l’une des publications agricoles les plus importantes au Canada. Rien ne put toutefois sauver le syndicat naissant, ni son agence de vente, du krach boursier d’octobre 1929.
Pour la récolte de 1929–1930, les trois syndicats des Prairies avaient accordé la somme de 1 $ le boisseau aux fermiers, estimant que le prix final du blé s’élèverait à environ 1,50 $. Or, les tarifs internationaux commencèrent à dégringoler. Les syndicats constatèrent avec consternation que le grain qu’ils avaient reçu ne valait même pas son coût initial : ils avaient versé 23 millions de dollars de trop aux fermiers. La panique gagna les banques, à qui les syndicats avaient emprunté cet argent. Les trois gouvernements des Prairies reconnurent l’importance du réseau des syndicats pour l’économie régionale ; ils promirent donc, à l’occasion d’une assemblée à Regina, en décembre 1929, de garantir les prêts contractés par ceux-ci. Cependant, la mise en sursis de la faillite certaine ne dura guère, surtout parce que le premier versement pour la récolte de 1930–1931 (seulement 0,70 $ le boisseau) était encore trop élevé, compte tenu de l’aggravation de la crise financière. Ottawa accepta de venir en aide aux coopératives, mais à ses propres conditions. Face à la rapide remise en question de la viabilité du syndicat du blé, McPhail tenta d’apaiser ses créanciers, en vain. « Tout vacille, écrivit-il dans son journal le 14 novembre 1930. Il est exaspérant de devoir obéir à une poignée de banquiers tout à fait ignorants du monde des affaires. » Le premier ministre Richard Bedford Bennett* insista pour que les syndicats cessent leurs activités et deviennent des coopératives d’élévateurs. De plus, il soutint la nomination du respecté ex-négociant en grain privé, John Irwin McFarland*, au poste de directeur général de l’Agence centrale de vente du syndicat du blé, responsable de la commercialisation de son blé. La fermeture des bureaux outre-mer de l’agence constitua l’un des premiers gestes de McFarland. Il démantela ensuite l’organisme en laissant partir tous les employés, au grand déplaisir de McPhail. Ces revers découragèrent considérablement les syndicats des Prairies et relancèrent le débat sur la nécessité ou non d’instaurer un syndicat national à adhésion obligatoire.
Le Saskatchewan Wheat Pool rembourserait triomphalement la province en 1949, deux ans plus tôt que prévu. McPhail ne vécut toutefois pas assez longtemps pour voir le succès se manifester de nouveau. Secoué et blessé par tant de querelles amères, dévasté par les conséquences commerciales de la grande dépression et par la mainmise du gouvernement et des créanciers sur les syndicats, il mourut d’une embolie à l’âge de 47 ans, après avoir subi avec succès une appendicectomie. Il laissa dans le deuil sa femme, Marion Grenfell, qui avait été sa secrétaire à la Saskatchewan Grain Growers’ Association, et leur jeune fils.
De nature très réservée, Alexander James McPhail tint un journal intime, héritage que transmirent bien peu d’autres fermiers canadiens. Il y consigna le labeur quotidien qu’impliquait le fait de tirer sa subsistance d’une ferme et sa certitude qu’une coopération fondée sur un modèle démocratique assurerait le meilleur des avenirs aux fermiers de l’Ouest. Plus de 40 ans après la mort de McPhail, Helgi Hornford, ancien agent technique du syndicat de la Saskatchewan, resterait marqué par sa présence énergique et déterminée, son intégrité et son caractère : « C’était visiblement un brave homme. C’était visiblement un coopérateur jusqu’au bout des ongles. »
Les quelques données dont nous disposons sur les jeunes années d’Alexander James McPhail proviennent d’une lettre non datée que sa sœur Elizabeth a écrite à l’historien Harold Adams Innis*, vraisemblablement à l’époque où celui-ci révisait The diary of Alexander James McPhail (Toronto, 1940) en vue de sa publication. L’édition de ce journal personnel contient des extraits de discours et autres écrits de McPhail, notamment l’allocution qu’il prononça lors de la Second International Co-operative Wheat Pool Conference à Kansas City en 1927.
Ancestry.com, « Naissances, Ontario, Canada, 1832 à 1917 », Alexander James McPhail, South Bruce, 23 déc. 1883.— BAC, R190-84-2-E (Dept. of the Interior, Lands Patent Branch, letters patent), Gladstone McPhail et Duncan McPhail ; RG 150, Acc. 1992-93/166, boîte 7168-3 ; R233-37-6, Manitoba, dist. Marquette (9), sous-dist. Odanah (N), div. 1 : 2.— Univ. of Manitoba Arch. & Special Coll. (Winnipeg), Faculty of agriculture fonds.— Univ. of Toronto Libraries, Thomas Fisher Rare Book Library, ms coll. 00054 (Alexander James McPhail papers).— Saskatoon Star-Phoenix, 21 oct. 1931.— Winnipeg Tribune, 5 janv. 1927, 21 oct. 1931.— Canadian Plains Research Center, Encyclopedia of Saskatchewan (Regina, 2005).— G. L. Fairbairn, From prairie roots : the remarkable story of Saskatchewan Wheat Pool (Saskatoon, 1984), 47.— Historica Canada, « l’Encyclopédie canadienne ».— [J. W.] G. MacEwan, « Wheat pool pilot : Alexander James McPhail », dans son Fifty mighty men (éd. spéciale, Saskatoon, 1982).— Univ. of Sask., Univ. Arch. & Special Coll. and Centre for the Study of Co-operatives, « Saskatchewan Wheat Pool : a history in pictures », Leaders – A. J. McPhail, dans Saskatchewan Wheat Pool : a history in pictures (2019).— Daniel Winters, « A. J. McPhail – president of wheat producers co-op sought protection for farmers », Western Producer, 27 déc. 2007.
Merle Massie, « McPHAIL, ALEXANDER JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 14 janv. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/mcphail_alexander_james_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/mcphail_alexander_james_16F.html |
| Auteur de l'article: | Merle Massie |
| Titre de l'article: | McPHAIL, ALEXANDER JAMES |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 14 janv. 2026 |