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MOREHOUSE, DANIEL, meunier, soldat, officier de milice, fonctionnaire et juge de paix, né le 26 novembre 1758 à Weston, comté de Fairfield, Connecticut, fils de Joseph Morehouse et d’Elizabeth Sullivan ; le 30 avril 1783, il épousa à New York Jane Gill, et ils eurent une fille et six fils ; décédé le 20 janvier 1835 dans la paroisse de Queensbury, Nouveau-Brunswick.

La vie dans le comté de Fairfield n’était pas facile lors des premiers grondements de la Révolution américaine. Les tories y étaient plus nombreux que dans la plupart des autres comtés du Connecticut, et il s’y était formé un foyer de mécontentement. Les Morehouse, anglicans et loyalistes fervents, se trouvèrent dans une situation critique au printemps de 1775, après que l’Assemblée générale du Connecticut, dominée par les whigs, eut adopté des mesures sévères visant à faire taire la dissidence. Daniel Morehouse étudiait au Yale College depuis quelques mois lorsque le comité local de sécurité tenta de l’enrôler dans la milice des patriotes. Son oncle paya une amende de £10 pour empêcher son arrestation mais, trois mois plus tard, les rebelles étaient de retour et confisquaient à Morehouse un cheval de grande valeur, ainsi qu’une selle et une bride. Furieux, il quitta le Connecticut et se rendit à New York pour se joindre aux forces armées britanniques. À la suite d’une demande, faite au lieutenant-colonel John Graves Simcoe*, il entra, dès 1778 au moins, dans les Queen’s Rangers comme volontaire, puis comme sergent. Il remplit plus tard les fonctions de sergent-major et devint finalement quartier-maître. À la fin des hostilités, il reçut une pension annuelle de £40 correspondant à la demi-solde.

Le 18 octobre 1783, Morehouse et sa femme arrivèrent par bateau à Parrtown (Saint-Jean, Nouveau-Brunswick). Ils vécurent un an à Grimross (Gagetown), jusqu’au moment où on leur accorda une concession sur le territoire réservé aux Queen’s Rangers, qui était situé à quelque 25 milles en amont de la pointe St Anne (Fredericton) et qui faisait partie de la future paroisse de Queensbury. C’est à cet endroit que Morehouse finit par acquérir plus de 1 200 acres de terre et qu’il construisit un moulin.

En 1791, à titre de lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, Simcoe fut autorisé à organiser une nouvelle unité, aussi appelée Queen’s Rangers, pour servir dans cette colonie. Æneas Shaw*, qui avait déjà été capitaine dans les anciens Queen’s Rangers, répondit à l’appel et persuada Morehouse, son voisin, de se joindre à lui. En 1792, Daniel était inscrit comme sergent, mais on ne sait pas au juste s’il vint dans le Haut-Canada. Par contre, la brièveté de son service ne fait aucun doute. Cependant, sa carrière militaire reprit à la fin de 1807 : la question des droits de pêche au Nouveau-Brunswick créait alors des tensions qui éveillèrent des bruits de sabre au sud de la frontière. Devant la menace d’une invasion américaine par la rivière Saint-Jean, le commandant des forces armées de la région atlantique, Martin Hunter*, demanda à l’administrateur Gabriel George Ludlow* de mobiliser la milice. John Saunders, ancien capitaine dans les Queen’s Rangers et membre important du barreau du Nouveau-Brunswick, commandait les Volunteer Militia Rangers. Promu capitaine de l’une des compagnies de cette unité, Morehouse remonta la rivière jusqu’à la région de Meductic pour y attendre la première attaque yankee. Après avoir été recrutée du 25 janvier au 24 avril 1808 sans que rien ne se produise, la milice fut licenciée. En guise de récompense pour sa bravoure incontestée, Morehouse fut nommé juge de paix du comté d’York, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort en 1835. Toutefois, de nouvelles menaces de guerre lui firent reprendre sa carrière militaire en 1810. Un conflit entre la Grande-Bretagne et les États-Unis étant devenu plus imminent, le gouvernement du Nouveau-Brunswick renforça la milice en lui adjoignant plusieurs nouvelles compagnies. Ces formations comprenaient le 2nd Battalion of York Militia, dont Morehouse fut nommé commandant-major. Il occupa ce poste jusqu’à sa retraite, le 2 avril 1818.

Le 11 mars 1816, Morehouse fut de nouveau appelé à servir sa province. Il fut nommé l’un des trois inspecteurs de « a voie publique reliant Fredericton à la frontière du Canada ». Apparemment, seuls lui et Thomas Lee s’acquittèrent véritablement de leurs responsabilités. Les deux hommes se rencontrèrent en mai et passèrent plusieurs semaines à inspecter près de 60 milles de route qu’ils trouvèrent dans un piètre état. Ils surveillèrent alors la construction de huit ponts et la réfection d’une section considérable de la route. Le coût total de ces travaux s’éleva à £3 055. Cette entreprise d’envergure suscita un certain mécontentement parmi les habitants de la région. Morehouse et Lee tranchèrent eux-mêmes les petits différends, mais ils firent appel à des jurés pour le règlement des questions importantes, comme l’évaluation des dommages-intérêts devant être accordés pour détourner la route qui traversait ainsi la ferme de l’ancien juge en chef George Duncan Ludlow*.

Après sa démission de la milice en 1818, Morehouse commença à mener une vie plus tranquille ; il conserva toutefois son poste de juge de paix et servit à l’occasion comme commissaire d’écoles. Ses enfants grandissaient et plusieurs de ses fils quittèrent la maison familiale pour fonder leur propre foyer. En 1829, il perdit sa femme Jane et ne lui survécut que six ans. Sa dernière recommandation aux six enfants qui lui restaient fut « qu’ils vendent tous les biens qu’[il] leur laiss[ait], dès qu’ils pourr[aient] en disposer sans trop les sacrifier, et qu’ils aillent s’établir dans un autre pays où leur labeur [pourrait] peut-être leur apporter un meilleur profit ». Ce sentiment de frustration exprimé par Morehouse était caractéristique de l’expérience vécue par bon nombre de loyalistes. La jeunesse de Morehouse s’était annoncée prometteuse, mais la guerre était venue mettre fin à ses études au Yale College. Même si l’indemnité accordée pour ses états de service avec les Queen’s Rangers pendant la révolution comprenait une pension annuelle et une importante concession foncière au Nouveau-Brunswick, une pénurie de main-d’œuvre entrava le défrichement de sa terre. Si Morehouse devint un homme en vue, ce ne fut pas par l’importance de son exploitation agricole, mais par les postes auxquels il accéda dans l’administration locale et la milice.

Aucun document iconographique concernant Daniel Morehouse n’a encore été retrouvé. Toutefois, la maison qu’il avait construite en 1812 a été restaurée au village historique de Kings Landing, au Nouveau-Brunswick.

Darrel N. Butler

APC, RG 8, I (C sér.), 1861 : 43 ; 1862 : 27 ; 1864 : 10.— APNB, RG 1, RS559, E9, 1808 ; RG 2, RS8, appointments and commissions, 13 mai 1808 ; RG 4, RS24, S25-R6.9 ; RG 7, RS75, A, 1835, Daniel Morehouse.— Lewis P. Fisher Public Library (Woodstock, N.-B.), George Morehouse à John Morehouse, vers 1862–1863 (copie dactylographiée).— N.-B., Legislative Library (Fredericton), General account of the great road leading from Fredericton to the Canadas, févr. 1817.— York Land Registry Office (Fredericton), Mortgage book 5, sect. D : 42–44 ; Record book A (1) : 206, deed 151 ; 385 ; 391–392 (mfm aux APNB).— Corr. of Lieut. Governor Simcoe (Cruikshank), 1 : 111.— Winslow papers (Raymond), 602–603.— New-Brunswick Royal Gazette, 26 mars 1810, 19 mars, 14 mai 1816.— N.-B. almanack, 1829.— C. J. Ingles, The Queen’s Rangers in the Revolutionary War, H. M. Jackson, édit. (s.l., 1956).

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Darrel N. Butler, « MOREHOUSE, DANIEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/morehouse_daniel_6F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   31 octobre 2014