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O'NEILL, MARGARET (baptisée Marguerite Neill), dite mère Agatha, enseignante et religieuse de l'institut de la Bienheureuse Vierge Marie en Amérique (les Sisters of Loretto), née le 21 septembre 1842 à Toronto, fille de Thomas O'Neill (Neill) et de Jane Ash ; décédée le 4 février 1927 dans la même ville.

Les Ontariennes catholiques doivent beaucoup à Margaret O'Neill, qui fut une éducatrice dévouée. Ses antécédents familiaux sont mal connus. Mariés à Toronto en 1836, ses parents étaient Irlandais. Son père, peut-être journalier, venait du comté de Queen (comté de Laois). La veuve Jane O'Neill qui était revendeuse au St Lawrence Market en 1862–1863 était probablement sa mère. Cinq sœurs survivraient à Margaret. Cette dernière fréquenta la Normal School de Toronto de 1861 à 1863 et y obtint un brevet d'enseignement de première classe. Dans cette école, elle fit la connaissance du second maître John Herbert Sangster – son mentor, selon une nécrologie. Entrée à l'institut de la Bienheureuse Vierge Marie à Hamilton le 21 novembre 1866, elle prit l'habit à la Loretto House de Toronto le 6 mai 1867 et choisit Agatha comme nom de religion. Elle prononça ses vœux le 12 août 1869.

Lorsque Margaret O'Neill entra dans la congrégation des Sisters of Loretto, la supérieure en était mère Teresa [Ellen Dease*]. Ces religieuses avaient été invitées à s'établir à Toronto afin d'instruire les filles de parents catholiques assez aisés pour payer des études dans une école privée. Conformément à leur tradition, elles ouvrirent, en plus de leur école sélecte, des écoles pour les filles de parents moins nantis. En 1874, mère Teresa en fonda une à Lindsay, en Ontario, où de jeunes femmes se prépareraient en vue des examens du département provincial de l'Éducation. En inaugurant cet établissement, les Sisters of Loretto firent leur entrée dans le secteur de l'éducation accréditée, ce qui représenta pour elles un virage important. Pour enseigner à Lindsay, les religieuses devaient avoir une qualification professionnelle. Comme on lui reconnaissait la formation et l'expérience requises, mère Agatha se classa parmi les religieuses choisies. Elle était très déterminée – amputée de la main droite au début de 1875 à cause d'un empoisonnement du sang, elle apprit à écrire de la main gauche. En 1880, elle fut affectée à Guelph où, en tant que directrice de l'école tenue par sa congrégation dans cette ville, elle présida l'année suivante la première remise de diplômes de fin d'études secondaires. On ne connaît pas précisément la durée de son séjour à Guelph, ni les dates de ses autres affectations à des postes d'enseignante. Peut-être était-elle à la St Helen's Separate School de Toronto en 1904–1905. Pour la première fois en 1877, elle avait participé à l'administration de sa communauté : alors supérieure d'une maison, elle avait été déléguée au chapitre général. Elle prit part aux chapitres de 1889 et de 1910, encore une fois à titre de supérieure locale. Élue en 1901 consultrix (assistante) de la générale, elle exercerait cette fonction jusqu'en 1919.

À la fois parce que l'éducation lui tenait à cœur et parce qu'elle participait à l'administration de sa communauté, mère Agatha fut en mesure de faire avancer la cause de l'instruction des femmes, les religieuses aussi bien que les laïques. À un moment quelconque – au plus tard en 1909 –, on lui confia la supervision des études préparatoires des membres de sa congrégation, ce qui l'amena à correspondre avec des fonctionnaires du département de l'Éducation, notamment le sous-ministre Arthur Hugh Urquhart Colquhoun et le surintendant John Seath*. Depuis l'arrivée des religieuses à Lindsay, la qualification des religieuses et des frères faisait l'objet d'un débat passionné [V. James Francis White]. Les femmes qui entraient chez les Sisters of Loretto étaient censées enseigner, souvent avant qu'elles aient reçu la formation nécessaire. Soumises à la fois aux exigences de l'enseignement et de la vie religieuse, elles avaient fréquemment du mal à acquérir la compétence à laquelle elles aspiraient. Mère Agatha se battit pour que ses consœurs puissent consacrer du temps à l'étude. Sa congrégation ne l'a pas oublié.

Des indices montrent que, à compter de 1908, mère Agatha participa également à la bataille menée par sa communauté afin d'ouvrir un collège pour femmes catholiques à la University of Toronto. Ce fut sous le généralat de mère Stanislaus Liddy que les années de négociations de mère Agatha avec l'université et le collège catholique de l'université, St Michael's, portèrent fruit. En octobre 1911, le St Michael's College conclut avec les deux écoles torontoises pour femmes catholiques, la Loretto Abbey et la St Joseph's Academy, une entente en vertu de laquelle les étudiantes seraient inscrites officiellement à St Michael. Le Loretto College ouvrit ses portes à 15 élèves en 1912 sous la direction de mère Estelle Nolan ; la première promotion sortit en 1915. Pour la congrégation, et particulièrement pour les religieuses qui souhaitaient que les femmes puissent atteindre le plus haut niveau d'études possible, cet événement représentait toute une victoire. Mère Margarita [Mary Cecilia O'Connor*], entre autres, bénéficia des efforts de mère Agatha en faveur de l'instruction : doyenne du collège à compter de 1914, elle insista pour que les religieuses aient de longues périodes d'étude.

Dans un opuscule intitulé An old song in new meters publié à Toronto en 1924 par un autre membre de sa congrégation, Margaret O'Neill, dite mère Agatha, méditait sur le rôle des femmes. Elle se disait d'accord avec le cardinal James Gibbons, qui déplorait que « [l'on ait] insisté indûment sur les tendres et admirables qualités des […] femme » sans accorder assez d'attention « aux aspects forts et robustes de leur caractère ». Il se peut que le cardinal ait écrit cette réflexion en pensant à mère Agatha. Cette dernière mourut à la Loretto Abbey en 1927 et fut inhumée au cimetière Mount Hope. Se vouer à l'éducation par l'entremise de sa communauté, telle avait été sa force. Les Sisters of Loretto se souviennent que, « malgré les opinions divergentes et de nombreux obstacles, [elle] œuvra inlassablement durant quarante ans pour faire progresser, dans les écoles et parmi les enseignantes de la congrégation, les études menant à un certificat et les études universitaires ».

Barbara Cooper

AO, RG 2-128-1-2 : 15, 24, 34, 48 ; RG 2-128-4-1 ; RG 2-128-6-1–2 ; RG 80-8-0-1050, nº 1752.— Arch. of the Roman Catholic Archdiocese of Toronto, Religious orders fonds, Loretto sisters (IBVM), University affiliation, 1911–1913.— Institute of the Blessed Virgin Mary (Loretto) Arch. (Toronto), Loretto College files ; Loretto School records, Guelph, Ontario, et Lindsay, Ontario ; Mother Agatha O'Neill file ; Mother Margarita O'Connor, personal papers.— St Paul's Roman Catholic Church (Toronto), Reg. of baptisms, 9 oct. 1842 (mfm aux Arch. of the Roman Catholic Archdiocese of Toronto).— Globe, 5 févr. 1927.— M. G. A. [Mère Agatha Allison], An old song in new meters (Toronto, 1924).— E. M. Brewer, Nuns and the education of American Catholic women, 1860–1920 (Chicago, 1987).— Barbara Cooper, " "That we may attain to the end we propose to ourselves" : the North American Institute of the Blessed Virgin Mary, 1932–1961 " (thèse de ph.d., York Univ., Toronto, 1989).— Sœur Mary Aloysius Kerr, Dictionary of biography of the Institute of the Blessed Virgin Mary in North America : lives of the members of the Institute of the Blessed Virgin Mary in North America from its beginnings in 1847 to 1983 (Toronto, 1984).— F. A. Walker, Catholic education and politics in Ontario [...] (3 vol., Toronto, 1955–1987 ; vol. 1–2 réimpr., 1976), 3.

Bibliographie générale

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Barbara Cooper, « O’NEILL, MARGARET, dite mère Agatha », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/o_neill_margaret_15F.html.

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Auteur de l'article:   Barbara Cooper
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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