DCB/DBC Mobile beta
+

PEMINUIT (Pominouet) PAUL, LOUIS-BENJAMIN (appelé aussi Paussamigh Pemmeenauweet et Samuel Paul), chef micmac, né en 1755, probablement en Nouvelle-Écosse, fils de Paul Peminuit ; il épousa une prénommée Madeleine ; décédé en 1843 en Nouvelle-Écosse.

En avril 1814, après la mort de son père, Louis-Benjamin Peminuit Paul devint chef de la réserve indienne de Shubenacadie (no 14). Lui-même et trois de ses frères, Jean-Lucien, Pierre et François, demandèrent alors au lieutenant-gouverneur sir John Coape Sherbrooke* de confirmer cette nomination. Ce faisant, ils suivaient le conseil de l’abbé Jean-Mandé Sigogne, qui rédigea la requête et leur fit exprimer à George III « une loyauté et une fidélité égales à celles qui [les] liaient auparavant aux rois de France ». Par la même occasion, ils firent demander à la nouvelle « Indian Society » (la North American Indian Institution de Walter Bromley) de leur procurer des terres et des outils agricoles. Les 120 hommes de Shubenacadie, concluaient-ils, voulaient des terres propres à la colonisation, et non un lot « au fond des bois ».

Sherbrooke répondit par une commission signée de sa main et datée du 28 avril 1814 ; il y certifiait que Peminuit Paul était non seulement chef de Shubenacadie mais chef « de la tribu des Indiens micmacs de la province ». Le document enjoignait à celui-ci de garder les membres de sa tribu « loyaux, industrieux et sobres et d’en faire de bons sujets et [de bons] chrétiens ». Quant à eux, ils devaient obéissance à leur chef. Peminuit Paul reçut une médaille d’argent qui symbolisait son autorité et qu’on allait dûment transmettre à ses successeurs. Par la suite, le libellé de la commission souleva des litiges avec les Micmacs du Cap-Breton, qui ne relevaient pas du gouvernement de la Nouvelle-Écosse en 1814 et avaient leurs propres chefs.

Le 15 juillet 1815, Peminuit Paul se présenta à la tête d’un groupe d’Indiens devant l’évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis*, en visite à Halifax. Son récit concernant les souffrances de son peuple fut si émouvant que le prélat versa des larmes en l’entendant. Plessis parla ensuite de cette rencontre au lieutenant-gouverneur, qui l’assura que le gouvernement ferait l’impossible pour aider ces pauvres gens.

La communauté de Shubenacadie survécut, mais comme elle ne prospérait pas, Peminuit Paul finit par se tourner vers la chambre d’Assemblée, à qui il demanda en mars 1829 de passer des lois pour interdire la vente d’alcool aux Indiens et de faire en sorte qu’« un certain nombre des garçons indiens les plus éveillés » apprennent à lire et à écrire. Son initiative déboucha sur une loi qui laissait l’interdiction de la vente d’alcool à la discrétion des magistrats locaux – qui ne l’appliquèrent jamais – et accordait aux Indiens l’instruction gratuite dans des écoles publiques – qu’un certain nombre fréquentèrent.

L’hiver de 1830–1831 fut marqué par la famine. Conscient que son peuple le considérait comme son protecteur et devait « en un sens compter sur lui pour [obtenir] de l’aide », Peminuit Paul fit appel à l’Assemblée en janvier 1831. Sa requête, rédigée par le révérend William Morris, décrivait la faim et le froid dont sa tribu souffrait ; le gibier dont elle se nourrissait avait fui depuis l’arrivée des colons blancs. Il était aussi difficile pour les Indiens d’apprendre à cultiver la terre que ce l’aurait été pour les Blancs d’adopter le mode de vie des Indiens, et faute de mieux son peuple vendait des pièces d’artisanat pour survivre. Cependant, l’hiver était si dur, et le bois de chauffage si rare autour de Halifax, que les Indiens ne pouvaient s’y rendre pour présenter leurs articles. Seule une assistance immédiate pouvait les sauver. On la préleva sur le budget annuel de £100 prévu pour le secours aux Indiens.

Cette dernière requête de Peminuit Paul fut sans aucun doute écrite sous sa dictée, car elle ne contient aucune des expressions anglaises conventionnelles que renfermaient les précédentes. En s’adressant en anglais à la reine Victoria, avec courtoisie mais comme à une égale, il expliquait : « Je ne peux pas traverser le grand Lac pour aller vous parler parce que mon canot est trop petit, et je suis vieux et faible. Je ne peux pas vous voir parce que mes yeux ne voient pas si loin. Vous ne pouvez pas entendre ma voix de l’autre côté des Grandes Eaux. Alors j’envoie ce wampum et cet exposé sur papier pour dire à la Reine que je suis en difficulté. Mon peuple est en difficulté [...] Pas de territoires de chasse – Pas de castor – pas de loutre [...] pauvre pour toujours [...] Toutes ces forêts autrefois à nous [...] L’Homme blanc a pris tout ce qui était à nous [...] Ne nous laissez pas périr. »

Cette requête parvint au ministère des Colonies, à Londres, le 25 janvier 1841. Cinq jours plus tard, une dépêche était en route vers le nouveau lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, lord Falkland [Cary*]. La reine avait pris un vif intérêt à l’appel, mais le secrétaire d’État aux Colonies n’avait aucun avis à offrir parce qu’il n’y avait rien au dossier. Il fallait une enquête et un rapport exhaustifs sur la situation des Indiens, et lord Falkland devait se pencher sans délai sur la question.

L’enquête eut lieu, le rapport fut écrit, on adopta des lois et on nomma un commissaire aux Affaires indiennes, Joseph Howe*. Cependant, le débordement d’activités que Louis-Benjamin Peminuit Paul avait déclenché eut peu d’incidence sur la vie des Indiens. Invalide et aveugle, il mourut en 1843. Son frère François lui succéda et, quand celui-ci prit sa retraite au milieu des années 1850, c’est son fils Jacques-Pierre Peminuit* Paul qui devint chef à son tour.

L. F. S. Upton

L’auteur tient à remercier Ruth Holmes Whitehead du N. S. Museum (Halifax) pour son aide dans l’écriture des noms micmacs.  [l. f. s. u.]

Guildhall Library (Londres), {{mss }}7956 (New England Company papers) (mfm aux APC).— N.S. Museum, Acc. 08.10 ; 31.24 ; {{mss}}, Piers papers, X (archaeology & ethnology), « Micmac genealogies and biographical material, uncatalogued notes ».— PANS, RG 1, 9, doc. 1815, 1820 (transcriptions) ; 430, doc. 176.— PRO, CO 217/177 : 128129 ; 217/179 : 406–408.— N.-É., House of Assembly, Journal and proc., 1829 : 424 ; 1844, app. 50 : 127 ; Legislative Council, Journal and proc., 1843, app. 7 : 23.— J.-O. Plessis, Journal des visites pastorales de 1815 et 1816, par Monseigneur Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec, Henri Têtu, édit. (Québec, 1903), 76.— Ruth Holmes Whitehead, The Micmac ethnology collection of the Nova Scotia Museum (N.S. Museum, Curatorial report, no 25, 1974).— Upton, Micmacs and colonists.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

L. F. S. Upton, « PEMINUIT PAUL, LOUIS-BENJAMIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/peminuit_paul_louis_benjamin_7F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/peminuit_paul_louis_benjamin_7F.html
Auteur de l'article:   L. F. S. Upton
Titre de l'article:   PEMINUIT PAUL, LOUIS-BENJAMIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   20 avril 2014