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RAIZENNE (Rézine), MARIE-CLOTILDE, dite Marie de l’Incarnation, sœur de la charité de l’Hôpital Général de Montréal, fondatrice de la Congrégation de l’Enfant-Jésus et éducatrice, née le 12 avril 1766 à la mission de Lac-des-Deux-Montagnes (Oka, Québec), fille de Jean-Baptiste-Jérôme Raizenne, fermier, et de Marie-Charlotte Sabourin ; décédée le 21 août 1829 à Sandwich (Windsor, Ontario).

Lors d’incursions en Nouvelle-Angleterre, les Indiens capturèrent les grands-parents paternels de Marie-Clotilde Raizenne, Josiah Rising et Abigail Nims, et sa grand-mère maternelle, Sara Enneson (Anson), alors qu’ils étaient encore enfants, et les élevèrent dans la région de Montréal [V. Marie Raizenne*, dite Saint-Ignace]. Quant à Marie-Clotilde, elle grandit dans une famille québécoise pieuse et rangée, dont sept des dix enfants eurent la vocation. Elle fréquenta l’école de la mission à Lac-des-Deux-Montagnes pendant trois ans et il se peut qu’elle y ait appris l’agnier. Le 14 février 1785, elle prit le voile chez les Sœurs de la charité, ou sœurs grises, de l’Hôpital Général de Montréal. Nommée sacristine, sœur Raizenne manifesta des aptitudes pour l’administration et du talent pour les travaux d’aiguille. Elle devint ensuite économe et, en 1811, elle fut chargée de l’aile réservée aux hommes. Le 23 février 1821, on l’élut assistante de la supérieure. Elle avait de plus pris l’habitude de transcrire dans un carnet diverses prières, des notes sur la vie de sa famille et des faits de l’histoire des sœurs grises ; plus tard, on se basa sur l’un de ces calepins pour retracer la sépulture de la fondatrice de la communauté, Marie-Marguerite d’Youville [Dufrost*].

En 1822, Mgr Alexander McDonell*, qui souhaitait voir des religieuses ouvrir une école de jeunes filles dans le Haut-Canada, proposa ce projet aux sœurs grises. La communauté, toutefois, n’agréa pas la requête de l’évêque ; mais la vie de sœur Raizenne fut transformée, car elle prit la décision de se rendre elle-même dans le Haut-Canada, en dépit des difficultés que lui faisait sa famille, des opinions qui circulaient au sein de sa communauté et même des réserves qu’émettaient les autorités religieuses. Le 8 mars 1828, Mgr Bernard-Claude Panet la dégagea de ses responsabilités envers les sœurs grises pour qu’elle puisse fonder la Congrégation de l’Enfant-Jésus. Au départ, Mgr McDonell aurait voulu que l’école de sœur Raizenne soit implantée à Kingston mais, en mai 1828, « tenant compte du fait qu’elle était une Canadienne de langue française et de plusieurs autres circonstances », il avait déjà conclu que le district de Western était plus approprié. La maladie de McDonell retarda l’autorisation définitive de créer l’école ; ce ne fut pas avant le 9 octobre 1828 que la religieuse, alors âgée de 62 ans, accompagnée par deux de ses nièces et par Della McCord, quitta Montréal pour la résidence de McDonell à St Raphaels, dans le Haut-Canada, où elle prit l’habit de la nouvelle communauté et le nom de religion de Marie de l’Incarnation.

L’incertitude engendrée par la maladie de McDonell avait retardé les préparatifs pour la venue de la religieuse dans le district de Western, mais la lettre qu’elle envoya le 17 décembre 1828 au lieutenant-gouverneur sir John Colborne* ne laisse rien entrevoir de la confusion dans laquelle se firent son arrivée inattendue à Amherstburg et son installation subséquente à Sandwich. McDonell, qui envisageait avec optimisme l’avenir. de l’entreprise, déclara à François Baby* qu’elle allait connaître le succès « si les gens » ne faisaient pas obstacle à son installation. Pendant quelque temps, on crut que l’évêque avait vu juste ; ainsi, le 14 juillet 1829, la religieuse écrivit à Mgr Panet que 50 enfants fréquentaient son école, que des postulantes avaient pris l’habit et que plusieurs candidates se joindraient à la communauté dès que la construction du couvent serait achevée. Mais, cinq semaines plus tard seulement, le 21 août 1829, elle mourut après une brève maladie. On l’enterra sous l’église paroissiale et, le 24 septembre 1850, on transféra ses restes dans l’église qui porte aujourd’hui le nom d’Assumption.

Avec les talents et la ténacité dont elle fit preuve, avec ses antécédents familiaux et l’expérience qu’elle avait acquise chez les sœurs grises, Marie-Clotilde Raizenne, fondatrice de la Congrégation de l’Enfant-Jésus, aurait pu venir à bout des problèmes posés par son établissement à Sandwich. Mais, parce qu’elles avaient perdu leur dirigeante, les novices se dispersèrent au bout de quelques années, ce qui explique pourquoi Marie de l’Incarnation fut la première et la seule religieuse de la Congrégation de l’Enfant-Jésus.

Robert Joseph Scollard

AAQ, 210 A, X : 374 ; 320 CN, IV : 177.— ACAM, RC, I : fo 160 ; RLL, IV : 319–320, 322, 325, 398, 408, 415 ; V : 139, 143.— Arch. de la Compagnie de Jésus, prov. du Canada français (Saint-Jérôme, Québec), 4072, Pierre Point, report for 1850 (copie à l’Assumption Church, Windsor, Ontario).— Arch. des Sœurs Grises (Montréal), J. P. Macdonald à Sœur Raizenne, 24 avril, 3 juin 1828 ; Nécrologe, no 48 ; M.-C. Raizenne, cahier ; formule des vœux, 14 févr. 1787 ; Reg. de vêture et profession, no 29.— Arch. of the Archdiocese of Kingston (Kingston, Ontario), AI (Alexander Macdonell papers, corr.), 23 mai 1828–20 juin 1832 (transcriptions aux AO).— Arch. of the Archdiocese of Toronto, M (Macdonell papers), AB03.03, 09.02, 20.05–06, 45.02 ; AC21.03–05, 22.03 ; CA04.01–02.— Arch. privées, Joseph Finn (Chatham, Ontario), R. H. Dignan, « History of the Diocese of London » (photocopie aux Arch. of the Diocese of London (London, Ontario).— ASSM, 21, Joseph Crevier à Macdonell, 25 août 1829 ; Macdonell à Roux, 12 sept. 1829.— Assumption Church, Reg. of burials, 22 août 1829.— Dictionnaire national des Canadiens français (1608–1760) (3 vol., Montréal, 1965).— Tanguay, Dictionnaire.— [É.-M. Faillon], Vie de la sœur Bourgeoys, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Villemarie en Canada, suivie de l’histoire de cet institut jusqu’à ce jour (2 vol., Villemarie [Montréal], 1853) ; Vie de Mme d’Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité de Villemarie dans l’île de Montréal, en Canada (Villemarie, 1852).— [Albina Fauteux et Clémentine Drouin], l’Hôpital Général des Sœurs de la charité (Sœurs Grises) depuis sa fondation jusqu’à nos jours (3 vol. parus, Montréal, 1916–  ), 1–2.— [Guillemine Raizenne, dite] sœur Saint-Jean l’Évangéliste, Notes historiques sur la famille Raizenne [...] ([Ottawa], 1932).— E. J. Lajeunesse, « The coming of the first nun to Upper Canada », SCHEC Report, 22 (1955) : 27–37.

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Robert Joseph Scollard, « RAIZENNE, MARIE-CLOTILDE, Marie de l’Incarnation », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 15 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/raizenne_marie_clotilde_6F.html.

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Auteur de l'article:   Robert Joseph Scollard
Titre de l'article:   RAIZENNE, MARIE-CLOTILDE, Marie de l’Incarnation
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   15 septembre 2014