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RANKIN, COUN DOULY (Condulli) (Conduiligh MacRaing), officier dans l’armée et dans la milice, homme politique, juge de paix et fonctionnaire, né vers 1774 à Breachacha Castle, île de Coll, Écosse, troisième fils de Neil Rankin et de Catherine Maclean ; le 4 septembre 1804, il épousa à l’île de Coll Flora Morison, et ils eurent cinq enfants, puis le 16 février 1818, à l’île de Mull, Écosse, Margaret Maclaine, et de ce mariage naquirent sept enfants ; décédé le 4 février 1852 à Charlottetown.

Pendant des siècles, les Rankin (Clann Duiligh) furent les cornemuseurs héréditaires des Maclean of Duart et dirigèrent, à l’île de Mull, un collège où ils enseignaient l’art de la cornemuse. Neil Rankin, le dernier de cette lignée, épousa une cousine d’Alexander Maclean of Coll, et devint le cornemuseur résidant de Breachacha Castle. Samuel Johnson et James Boswell passèrent une semaine à cet endroit en 1773 et, dans le compte rendu qu’ils rédigèrent chacun de leur côté, ils commentèrent avec enthousiasme sa façon de jouer. Condulli (plus tard, Coun Douly) Rankin reçut la formation nécessaire pour succéder à son père comme cornemuseur, mais il s’engagea plutôt dans l’armée à la suite des six frères Maclean of Coll. En avril 1802, la fille d’Alexander Maclean of Coll, Janet, épousa George Vere Hobart qui, peu de temps après, fut nommé lieutenant-gouverneur de Grenade. Rankin se rendit aux Antilles en qualité de membre de la suite des époux. Cependant, Hobart mourut de la fièvre jaune à Grenade le 5 novembre 1802 et Rankin fut chargé d’escorter en Écosse la veuve et la fille à laquelle elle donna naissance durant le voyage de retour.

Le 8 juillet 1804, peu de temps avant son mariage, Rankin obtint le grade temporaire de lieutenant dans les New Brunswick Fencibles. L’un des quatre régiments mis sur pied en 1803 pour assurer la défense de l’Amérique du Nord britannique, ce corps de troupe fut autorisé à faire du recrutement en Écosse, et Rankin, aux ordres de deux officiers supérieurs qui étaient unilingues, fut désigné pour accomplir ce travail dans les Highlands. Son bilinguisme fut un atout précieux, car la plupart des 34 hommes et des 65 membres de leurs familles qui arrivèrent à Fredericton en septembre 1805 ne parlaient que le gaélique. Avec l’addition de ce contingent, les New Brunswick Fencibles comptèrent plus que le nombre requis d’hommes et, lorsque le rapport de visite eut été approuvé, le régiment fut officiellement intégré à l’armée. Le recrutement se poursuivit d’une manière intensive et, après son arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard le 14 juillet 1806, Rankin réussit à enrôler 72 hommes de plus avant 1808. À sa demande, le corps de troupe fut transformé, au mois de septembre 1810, en un régiment de ligne, le 104e d’infanterie, ce qui le rendait admissible au service de l’Empire britannique. Nommé enseigne dans ce régiment le 21 juin 1810, Rankin fut promu lieutenant le 2 novembre 1811.

Lors des élections de 1806 à la chambre d’Assemblée, Rankin était le dernier arrivé parmi les cinq immigrants dont la candidature avait l’appui des Loyal Electors, les autres étant James Bardin Palmer*, Angus Macaulay*, James Bagnall et Alexander MacDonell. Les Loyal Electors, déterminés à arracher le pouvoir au « vieux parti » qui dominait la vie politique de l’île [V. Charles Stewart*], obtinrent de grands succès à ces élections générales : tous les candidats bénéficiant de leur appui remportèrent la victoire. L’un des trois highlanders élus à l’Assemblée (les autres étaient Macaulay et MacDonell), Rankin ne se signala dans aucune des quatre sessions de la huitième législature, mais il défendit les intérêts de ceux qui, parmi ses électeurs, étaient des compatriotes ou des militaires. En qualité de juge de paix, il perdit quelque peu la confiance populaire lorsque, en mars 1811, on l’accusa d’avoir marié un jeune couple sans autorisation, accusation qui fut abandonnée par la suite. En janvier 1812, il servit les intérêts des Loyal Electors en recueillant le témoignage en gaélique d’un highlander qui avait vu le juge en chef Cæsar Colclough* battre un domestique et s’enivrer en public.

Au début de la guerre de 1812, Rankin exerça un certain temps les fonctions d’inspecteur avec le génie royal au Nouveau-Brunswick, mais il revint bientôt à l’Île-du-Prince-Édouard. En février 1813, lorsque toutes les compagnies du 104e d’infanterie, excepté celles de Charlottetown et de Sydney, en Nouvelle-Écosse, furent parties pour le Bas-Canada, on autorisa la mise sur pied au Nouveau-Brunswick d’un autre corps de fencibles aux ordres du lieutenant général John Coffin*. Rankin fit du recrutement en vue d’obtenir un grade de capitaine dans ce nouveau corps de troupe, mais il eut du mal à trouver des hommes. Officier dans un régiment de ligne, il était soupçonné de recruter pour le service actif, et, pour ajouter à cette situation difficile, la découverte de nouvelles recrues était rendue plus ardue par le fait que le 104e d’infanterie rassemblait déjà presque tous les hommes disponibles. Un conflit avec John McGregor, qui faisait lui aussi du recrutement dans l’île en vue de mériter un poste de lieutenant dans la troupe des fencibles de Coffin, aboutit à la cassation de McGregor, mais la querelle ternit la réputation de Rankin auprès de ses supérieurs. Le 20 avril 1814, cinq jours après la mort de sa femme, Rankin dut laisser ses quatre enfants à Charlottetown pour aller conduire son groupe restreint de recrues au fort Cumberland (près de Sackville, Nouveau-Brunswick). Incapable d’obtenir le grade de capitaine avec ce nombre insuffisant de recrues, il les céda aux fencibles. Il affirma plus tard que Coffin négligeait de le rembourser de ses dépenses et ce dernier soutint que Rankin lui refusait l’accès à ses comptes. Il en résulta que le 13 juillet 1815 Rankin fut supplanté dans ses projets d’avancement au 104e d’infanterie. Le 4 avril 1816, il fut muté au 8e d’infanterie et mis à la demi-solde.

De retour en Écosse, Rankin se remaria et il vécut à Kengharair (près de Dervaig), dans l’île de Mull, jusqu’en 1820 ; il conduisit alors un groupe d’immigrants de l’île de Coll à l’Île-du-Prince-Édouard. Après avoir exercé les fonctions de shérif en chef dans la colonie, il devint receveur général adjoint des redevances. En janvier 1823, avec le shérif adjoint Cecil Wray Townshend, il fut le représentant régional par l’intermédiaire duquel le lieutenant-gouverneur, Charles Douglas Smith, tenta d’obliger les gens à payer les redevances en retard. Il s’ensuivit une controverse qui aboutit au rappel de Smith. En 1829, Rankin était installé avec sa famille dans une ferme à Point Prim, dans le domaine de Selkirk [V. Thomas Douglas*]. Le 18 juillet 1829, il remplaça Angus Macaulay au poste de major du 4e bataillon (Highland) de milice de l’Île-du-Prince-Édouard ; il commandait 700 hommes et chacun d’eux était « un véritable highlander de père et de mère ». En 1831, il se rendit en Grande-Bretagne pour demander au ministère de la Guerre de nommer des sous-inspecteurs de milice dans l’île. Ambrose Lane et lui furent nommés à ce poste, mais Lane, qui était un officier supérieur, fut le seul à toucher un salaire. Rankin continua de s’adresser aux gouvernements de l’île et de la Grande-Bretagne afin d’obtenir un salaire ; il fondait sa demande sur le fait qu’un grand nombre de ses hommes ne comprenaient pas l’anglais et désiraient vivement qu’il soit rémunéré puisqu’il était « le seul officier highlander de quelque grade que ce soit dans la province ».

Aux élections de 1834, Rankin faisait partie des candidats favorables à la réforme agraire qui militaient au sein du parti de l’escheat dirigé par William Cooper*. Battu de justesse par William Douse*, agent foncier au service du 6e comte de Selkirk, il contesta les résultats. L’Assemblée ordonna une enquête sur les irrégularités commises aux bureaux de scrutin, en particulier sur les violentes échauffourées qui avaient opposé, à Pinette, les partisans de Rankin et ceux de Douse, mais on jugea qu’elles n’avaient rien à voir avec la validité de l’élection. Le 14 avril 1836, Rankin présida une réunion, tenue à Belfast, au cours de laquelle furent adoptées des propositions appuyant la création d’une Cour d’escheat et l’exclusion des agents fonciers de l’Assemblée. Douse répliqua en annonçant la vente du bail de Rankin et de l’arriéré de son loyer. Même si les conditions faites par Selkirk à ses locataires étaient plus avantageuses que celles de la plupart des autres propriétaires, le mécontentement grandissait et s’exprimait directement contre l’agent foncier. En colère, Douse écrivit à la Royal Gazette, le 3 septembre, pour protester contre les lettres aux journaux qui attaquaient sa réputation. Le district de Belfast continua de déléguer Rankin aux diverses réunions tenues dans les comtés de Kings et de Queens.

À l’automne de 1837, après que le lieutenant-gouverneur, sir Charles Augustus Fitzroy, eut fait paraître une lettre circulaire demandant aux propriétaires d’être indulgents envers les locataires, Rankin participa à une réunion, tenue à Belfast, au cours de laquelle la lettre aurait été traduite en gaélique. Douse prétendit que le contenu de la lettre avait été déformé par Rankin et il ne tarda pas à déclarer qu’il était non seulement dans l’impossibilité de percevoir les loyers mais également inquiet pour sa sécurité personnelle. Se précipitant chez le lieutenant-gouverneur le 10 novembre, il accusa Rankin de sédition : « si ce n’était de lui, affirma-t-il, le calme et l’ordre régneraient dans l’établissement ». L’incrédulité des autorités à l’égard des affirmations de Douse et une lettre du révérend John MacLennan, de Belfast, protégèrent Rankin contre ceux qui demandaient au ministère de la Guerre de rayer son nom de la liste des officiers à la demi-solde. Plus tard, en mars 1838, les tentatives faites par Douse pour évincer ceux qui ne payaient pas leur loyer provoquèrent le rassemblement de gens armés de fourches et de gourdins. Douse demanda une troupe en armes, mais le secrétaire d’État aux Colonies, lord Glenelg, déclara qu’une intervention gouvernementale était prématurée. En 1839, toutefois, les avocats de Selkirk obtenaient que Rankin soit expulsé de sa ferme de Point Prim.

Coun Douly Rankin passa les dernières années de sa vie à Charlottetown et il joua un rôle de premier plan dans la milice et dans la Highland Society of Prince Edward Island, organisme dont il fut le président en 1846 et 1851. Toutefois, c’est dans les années 1830, en tant que porte-parole d’un groupe d’immigrants locataires réduits au silence par la barrière de la langue, qu’il vécut ses heures de gloire. Les années antérieures avaient été marquées par des luttes et des contradictions. Héritier de la riche tradition des Highlands, il se trouva néanmoins à faire partie de la catégorie surannée des tacksmen et, comme d’autres membres de ce groupe, il devint un promoteur typique de l’immigration. Les difficultés qu’il connut dans l’armée et durant ses premières années à l’Île-du-Prince-Édouard étaient dues partiellement à son caractère énergique. Elles lui donnèrent, cependant, la formation nécessaire pour surmonter les obstacles que lui et ses compatriotes, ainsi que les citoyens de l’île, durent affronter dans leur lutte pour la réforme agraire au cours des années 1830.

Kenneth A. MacKinnon

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Bibliographie générale

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Kenneth A. MacKinnon, « RANKIN, COUN DOULY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rankin_coun_douly_8F.html.

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Auteur de l'article:   Kenneth A. MacKinnon
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   16 avril 2014