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SCRIMGER, FRANCIS ALEXANDER CARRON, chirurgien, auteur, officier dans l’armée et professeur d’université, né le 8 février 1880 à Montréal, fils de John Scrimger et de Charlotte Catherine Gairdner ; le 5 septembre 1918, il épousa à Londres Ellen Eason Carpenter (Emmerson), infirmière, et ils eurent trois filles et un fils ; décédé le 13 février 1937 à Montréal.

Le nom Scrimger (ou Scrymgeour), d’origine française, témoigne de la compétence à manier l’épée ; on l’attribua vraisemblablement à Alexander Carron, chevalier écossais du xiie siècle. Les grands-parents paternels de Francis Alexander Carron Scrimger (surnommé Frank) émigrèrent d’Écosse à Galt (Cambridge), dans le Haut-Canada, où son père vit le jour et grandit. Sa mère, d’ascendance écossaise et galloise, naquit et fut élevée à Bayfield. Frank venait au deuxième rang d’une fratrie de cinq enfants, tous nés à Montréal. Dans cette ville, John Scrimger occupa le poste de pasteur de l’église presbytérienne St Joseph Street jusque vers 1883 et devint ensuite professeur de théologie au collège presbytérien de Montréal. Anglophones, les parents de Frank parlaient aussi le français et veillèrent à ce que leur fils fasse de même. Durant la jeunesse de Frank, John se trouva mêlé à quelques controverses. En 1890, il présenta à la Protestant Ministerial Association de Montréal un document sur les erreurs dans l’enseignement moral des jésuites. Trois ans plus tard, il participa à la poursuite pour hérésie engagée contre John Campbell*, son collègue ministre et professeur ; ce dernier eut gain de cause en appel devant le synode de l’Église presbytérienne du Canada. Campbell continua sa lutte avec John Scrimger pour l’obtention de la direction du collège, à laquelle le père de Frank accéda en 1904.

Frank Scrimger fit ses études à la High School of Montreal et à la McGill University, qui lui décerna une licence ès arts en biologie avec mention très bien en 1901. Au cours d’une pause estivale, il s’était joint à la Commission géologique du Canada au Manitoba. Un jour, il resta derrière avec le cuisinier du camp, trop malade pour se déplacer. Il le soigna jusqu’à son rétablissement ; ultérieurement, il estimerait que l’homme avait souffert de la fièvre typhoïde ou fait une crise d’appendicite. Il revint chez lui déterminé à étudier la médecine et non le droit, comme le souhaitait son père. Son frère aîné, John Tudor, connu sous le prénom de Tudor, devint ministre presbytérien, s’installa en Écosse et modifia l’orthographe de son patronyme en celle de Scrymgeour. Leur sœur, Anna Marks, embrassa la cause du suffrage féminin en 1903 et militerait toute sa vie pour les droits des femmes. Après la Première Guerre mondiale, Frank soutiendrait sa sœur dans ses efforts en faveur du droit de vote des femmes au Québec. À l’âge adulte, malgré son éducation, il n’était pas très pieux.

Scrimger obtint un diplôme en médecine de McGill en 1905. Il appartint au personnel des internes et des résidents de l’hôpital Royal Victoria pendant quatre ans. Au cours de la première année, il étudia la pathologie chirurgicale, notamment auprès de John McCrae*. On l’affecta ensuite au service de James Bell, fondateur du département et chirurgien en chef. Edward William Archibald* comptait parmi les chirurgiens adjoints dont Scrimger relevait. Ce dernier passa une année en Europe pour faire des études universitaires supérieures à Berlin, Dresde et Vienne. Il apprit l’allemand – qu’il parlait plutôt bien – et travailla avec August Karl Gustav Bier, connu pour son développement de l’anesthésie locale par la cocaïne. À son retour à Montréal en 1910, on le nomma démonstrateur d’opération chirurgicale à McGill et assistant clinique en chirurgie à l’hôpital Royal Victoria. Il ouvrit également un cabinet privé. L’année suivante, la Canadian Medical Association, dans le premier numéro de son Journal, publia le premier de ses nombreux articles scientifiques ; celui-ci porte sur l’utilisation des rayons X pour le diagnostic des maladies gastriques.

Scrimger se joignit au Corps de santé de l’armée canadienne en 1912 à titre de lieutenant, et devint médecin militaire de la Montreal Heavy Brigade (au sein de la Canadian Garrison Artillery) deux ans plus tard. Peu après le début de la Première Guerre mondiale, au moment de la prise en considération de l’offre, faite par McGill, de fournir un hôpital, on le muta au 14th Infantry Battalion (le Royal Montreal Regiment). Il occupa quelques fonctions temporaires, puis on l’assigna à un poste de secours avancé dans une ferme surnommée Mousetrap Farm à Wieltje, en Belgique, sur la route entre Saint-Julien (Sint Juliaan) et Ypres.

Le 22 avril 1915, premier jour de la deuxième bataille d’Ypres [V. sir Arthur William Currie ; sir Edwin Alfred Hervey Alderson*], Scrimger, posté aux premiers soins, reçut la visite de George Gallie Nasmith*. Inspecteur sanitaire de Toronto, ce dernier avait été affecté à un laboratoire pour tester la potabilité de l’eau. Les deux hommes marchaient à proximité l’un de l’autre lorsque survint la première attaque au gaz lancée par les Allemands. De leur position favorable, ils purent observer son poids et sa couleur ; en y goûtant, ils notèrent de plus ses effets nocifs. Ils s’accordèrent pour conclure qu’ils avaient affaire à du chlore. Nasmith apporta un échantillon à son laboratoire et confirma leurs soupçons. (Le rapport de Nasmith serait le premier à identifier correctement l’agent.) Pendant ce temps, Scrimger improvisa en sommant les hommes sur sa ligne d’utiliser des chiffons imbibés d’urine comme masques à gaz de fortune.

Du 22 au 25 avril, la position où se trouvait Scrimger subit des bombardements directs prolongés. Le médecin supervisa l’évacuation de tous les blessés, même si celle du dernier, touché à la tête, s’avéra compliquée. Le quatrième jour, Scrimger dut déplacer le patient vers un cratère et le protéger de son propre corps durant des heures, en attendant que l’attaque fasse une trêve et permette ainsi qu’on leur vienne en aide. En récompense de ses actions au cours de l’opération, il reçut la croix de Victoria à l’occasion d’une cérémonie tenue à Londres en juillet.

Avant de partir pour l’Angleterre, Scrimger visita McCrae, responsable d’un autre poste de secours près de Saint-Julien. Il raconterait à sa famille que McCrae l’avait autorisé à lire un brouillon du poème In Flanders fields. L’auteur ayant lui-même rejeté son texte, Scrimger l’encouragea fortement à le publier.

Le 31 décembre 1915, on muta Scrimger à l’Hôpital général canadien no 1 à Étaples, en France, où il subit une coupure à un doigt au cours d’une chirurgie, quand le patient lui arracha un scalpel de la main. La plaie s’infecta et, pour la traiter, on dut évacuer Scrimger en Angleterre. En l’absence d’antibiotiques – non encore découverts –, les blessures de ce genre causaient souvent la mort. Son doigt nécessita l’amputation, mais, heureusement, Scrimger se rétablit.

Scrimger retourna en France en mars 1917 et se vit affecté, puis muté à l’Hôpital général canadien no 3 à Boulogne-sur-Mer, dont le personnel provenait de McGill. Deux mois plus tard, il devint chirurgien en chef de l’hôpital. Il y rencontra l’infirmière au bloc opératoire Ellen Eason Carpenter (née Emmerson, elle avait pris le nom de son père adoptif), qu’il épouserait. Lorsque Scrimger et son frère Tudor se retrouvèrent pendant la guerre, ils firent une blague à Ellen Eason. Frank lui présenta Tudor en faisant simplement remarquer l’orthographe différente de leur patronyme ; il lui révéla leur lien de parenté plusieurs mois plus tard.

À une demande de renforts pour venir à la rescousse d’un poste d’évacuation sanitaire à l’est d’Amiens, en mars 1918, Scrimger répondit en formant une équipe ; l’infirmière Carpenter en faisait partie. Les effectifs supplémentaires travaillèrent d’arrache-pied jusqu’à ce qu’ils reçoivent un ordre d’évacuation. Avec un médecin militaire irlandais, Scrimger et son équipe restèrent cependant pour s’occuper d’une cinquantaine de blessés. Ils parvinrent à les amener à une route bondée de troupes d’artillerie en processus de retrait, et convainquirent les soldats de les conduire en lieu sûr (certains sur des affûts de canon). Scrimger et ses collègues retournèrent à la station pour récupérer leur équipement, qu’ils transportèrent sur des brancards roulants jusqu’à leur ligne, 20 milles plus loin. Frank et Ellen Eason rentrèrent sains et saufs à Londres, où ils se marièrent environ deux mois avant l’armistice.

À son retour à Montréal, au printemps de 1919, Scrimger devint chirurgien adjoint à l’hôpital Royal Victoria et poursuivit sa pratique médicale privée. Réputé pour ses diagnostics rapides et son travail efficace, il fut nommé chargé de cours en chirurgie clinique à McGill en 1921. Il participa à la fondation du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada en 1929 et, vers 1930, se joignit à l’American Surgical Association. En 1931, on le désigna chirurgien adjoint au Children’s Memorial Hospital et professeur adjoint en chirurgie à McGill. L’année suivante, on le promut au poste de chirurgien à l’hôpital Royal Victoria et, en 1933, à celui de chirurgien en chef au Children’s Memorial Hospital, qu’il occupa durant deux ans. En 1932, il retira une aiguille à repriser du cœur d’une patiente envoyée de Kitchener, en Ontario ; des journaux de Toronto et de Boston rapportèrent le succès de l’opération. Il publia des articles universitaires, des chapitres de livres et un manuel de chirurgie. Selon son ami et collègue Edward William Archibald, ses recherches sur l’affaissement pulmonaire postopératoire, l’abcès pulmonaire chronique et la dilatation de l’œsophage constituaient ses plus grandes contributions à la médecine.

Soumis à un horaire exigeant, Scrimger travaillait trop et sa santé en souffrit. En 1934, il diagnostiqua sa propre crise cardiaque au cours d’un trajet entre Montréal et Philadelphie ; par télégraphe, il demanda à un ami d’Albany, dans l’État de New York, d’envoyer une ambulance à la rencontre du train. Après sa convalescence, Scrimger continua de travailler. En 1936, il succéda à Archibald comme chirurgien en chef à l’hôpital Royal Victoria et comme directeur du département de chirurgie de McGill. Moins d’un an plus tard, il subit une seconde crise cardiaque, cette fois fatale.

Médecin exceptionnellement dévoué, Francis Alexander Carron Scrimger est l’un des deux médecins militaires nés au Canada récipiendaires, au cours de la Première Guerre mondiale, de la plus haute récompense pour bravoure : la croix de Victoria. Durant l’avancée des forces alliées en Europe, pendant la Deuxième Guerre mondiale, son fils, Alexander (Alec) Carron Scrimger, put visiter le lieu des actions héroïques de son père à la deuxième bataille d’Ypres. Le 28 octobre 1944, il perdit la vie au combat aux Pays-Bas.

Vivian McAlister

Francis Alexander Carron Scrimger est l’auteur ou le coauteur de plusieurs chapitres figurant dans des manuels de chirurgie ainsi que d’une vingtaine d’articles parus dans des revues universitaires entre 1911 et 1936, dont le Journal de la Canadian Medical Assoc. (Toronto), les Arch. of Internal Medicine (Chicago), l’American Journal of Surgery (New York), Surgery, Gynecology & Obstetrics (Chicago), les Annals of Surgery (Philadelphie), et le Journal of Thoracic Surgery (St Louis, Mo.). Le DBC/DCB conserve une liste détaillée des publications de Scrimger.

Ancestry.com, « Index des mariages, Angleterre et Pays de Galles, 1916 à 2005 » : www.ancestry.ca (consulté le 1er mai 2018).— BAC, R611-439-X ; RG 150, Acc. 1992–93/166, boîte 8744-41.— FD, Presbyterian Calvin (Montréal), 8 févr. 1880 ; Presbyterian Saint Andrew and Saint Paul (Montréal), 13 févr. 1937.— MUA, MG 2019 ; MG 2034.— Globe, 24 juin 1915, 21 juin 1932.— Globe (Boston), 21 juin 1932.— New York Times, 15 févr. 1937.— E. W. Archibald, « Francis Alexander Carron Scrimger, 1880–1937 », Annals of Surgery, 107 (janvier–juin 1938) : 159–160.— Canadian medical lives, T. P. Morley, édit. (24 vol. parus, Toronto et Oxford, Angleterre, 1989–    ), 5 (Suzanne Kingsmill, Francis Scrimger : beyond the call of duty, 1991).— G. H. Cassar, Trial by gas : the British army at the second battle of Ypres ([Lincoln, Nebr.], 2014).— « [Dr. Francis Alexander Carron Scrimger, V.C.] », Canadian Medical Assoc., Journal, 36 (janvier–juin 1937) : 322–323.— W. D. Howell, « Colonel F. A. C. Scrimger, V.C. », Canadian Medical Assoc., Journal, 38 (janvier–juin 1938) : 279–281.— John Scrimger, Jesuit morals : a paper on the errors in the moral teaching of the Jesuits, read before the Protestant Ministerial Association of Montreal (Montréal, 1890).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), vol. 2.

Bibliographie générale

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Vivian McAlister, « SCRIMGER, FRANCIS ALEXANDER CARRON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 juin 2024, http://www.biographi.ca/fr/bio/scrimger_francis_alexander_carron_16F.html.

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Auteur de l'article:    Vivian McAlister
Titre de l'article:    SCRIMGER, FRANCIS ALEXANDER CARRON
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2023
Année de la révision:    2023
Date de consultation:    21 juin 2024