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SÉGUIN, FRANÇOIS-HYACINTHE, notaire et auteur, né le 17 août 1787 à Terrebonne, Québec, fils aîné de François Séguin, cultivateur, et de Charlotte Clément ; le 8 juillet 1815, il épousa dans son village natal Marie-Josephte Augé, et ils eurent un enfant, puis le 18 juin 1838 au même endroit une veuve, Geneviève-Luce Robitaille ; décédé le 19 août 1847 à Terrebonne.

En 1801, François-Hyacinthe Séguin entreprend un stage de clerc auprès du notaire Joseph Turgeon qui exerce à Terrebonne. Il ne semble pas avoir gardé un bon souvenir de ses sept années d’apprentissage, puisqu’il qualifie son maître de spéculateur, d’extorqueur et d’intempérant. Il obtient sa commission de notaire le 15 octobre 1808 et ouvre un bureau à Terrebonne où il pratiquera toute sa vie.

Séguin serait probablement tombé dans l’oubli s’il n’avait laissé un journal intime, riche en observations et réflexions sur la société bas-canadienne. Rédigé du 7 février 1831 au 2 mars 1834, ce journal, en plus d’offrir une chronique fort intéressante de la vie religieuse et sociale de Terrebonne, contient l’un des témoignages les plus vibrants et les plus articulés sur le mouvement patriote et le libéralisme républicain. Écrit sur un ton nostalgique, il fourmille de réflexions historiques et politiques. Séguin utilise aussi son journal comme moyen de défoulement contre la société en dessinant sous des traits acerbes ses contemporains et ses proches.

Séguin s’y révèle avide lecteur de journaux et passionné d’actualités politiques. Il se montre profondément religieux, obsédé par la mort et fortement engagé dans sa communauté. Il est attentif aux mutations de la nature, sensible aux phénomènes météorologiques et astronomiques et amateur de pêche. Très critique face à sa profession, il s’interroge sur la pertinence de l’examen d’admission qui ressemble plus, selon lui, « à une moquerie qu’à une enquête sérieuse », d’où l’augmentation des ignorants qui propagent l’esprit de chicane. En plus de s’intéresser aux problèmes financiers, constitutionnels, scolaires et judiciaires du Bas-Canada, il réfléchit sur des questions comme la peine de mort et il professe un rationalisme bien-pensant en dénonçant l’intempérance, les superstitions et les charivaris.

Esprit conservateur et réactionnaire, Séguin craint les conséquences de la Révolution française et les progrès de l’athéisme. Amant de l’ordre et profondément antidémocrate, il soutient que la volonté populaire n’est qu’une « pauvre machine qui se laisse mouvoir par ceux qui l’ont le plus cajolé ou qui ont le plus prodigué les bassesses et les flatteries ».

Séguin trouve dans la vie parlementaire, qu’il suit avec intérêt, maints objets de réflexion. Il est conscient de vivre des années prérévolutionnaires et voudrait revenir au temps où le calme et le bonheur régnaient sur le Bas-Canada. Il en a contre la presse et les clubs politiques et dénonce la stratégie des patriotes à l’Assemblée, qui veulent tout renverser sans rien édifier. De plus, il critique l’Acte constitutionnel de 1791 qui a jeté le trouble dans le pays en introduisant la souveraineté populaire.

Au cours de 1832, trois événements permettent à Séguin d’exprimer ses convictions antipatriotes. En mars, il assiste au retour triomphal à Montréal de Ludger Duvernay* et de Daniel Tracey*, emprisonnés pour avoir publié des écrits séditieux contre le gouvernement. Choqué par cette manifestation populaire, il croit que les autorités auraient dû être plus sévères à l’endroit de ces « deux misérables gazettiers ». Au printemps de 1832, l’élection partielle dans la circonscription de Montréal-Ouest tourne à l’émeute en mai. L’armée britannique tire alors sur la foule et fait trois victimes canadiennes-françaises [V. Daniel Tracey]. Séguin en profite pour dénoncer les provocateurs de désordre et tonner contre les dangers du suffrage populaire. Il pense même que les patriotes ont semé le trouble par peur de perdre l’élection. Enfin, l’épidémie de choléra trouve en Séguin un observateur perspicace et un nécrologue minutieux. Par le biais des journaux, il surveille la progression de l’épidémie à Québec et à Montréal, et il effectue un bilan commenté des mortalités. Il s’agit selon lui d’un fléau envoyé par Dieu pour purger le Bas-Canada des troubles qui y règnent. Il décrit le désarroi de la population, l’impuissance et les avis contradictoires des médecins, ainsi que le renforcement de la pratique religieuse.

François-Hyacinthe Séguin meurt à Terrebonne le 19 août 1847. Sa mort passe presque inaperçue dans la presse montréalaise. Homme paternaliste, épris de stabilité et d’ordre, Séguin était mal à l’aise dans le bouillonnement social et révolutionnaire de son époque. Son journal révèle un homme terne et plein de ressentiments. Ses écrits demeurent un vibrant plaidoyer en faveur d’un Bas-Canada soumis à son roi, à son Dieu et aux traditions séculaires de l’Ancien Régime. Face à une certaine historiographie nationaliste qui a relégué aux oubliettes les défenseurs francophones de l’ordre colonial britannique, Séguin vient rappeler les divisions profondes de la société bas-canadienne.

Réjean Lemoine

Le minutier de François-Hyacinthe Séguin, qui contient des actes passés entre 1808 et 1847, est conservé aux ANQ-M sous la cote CN6-27. Son journal personnel, qui n’a jamais été publié, se trouve aux APC sous la cote MG 24, I109.

ANQ-M, CE6-24, 17 août 1787, 8 juill. 1815, 18 juin 1838, 23 août 1847.— APC, RG 68, General index, 1651–1841.— La Gazette de Québec, 20 oct. 1808.— Montreal Gazette, 25 août 1847.— Raymond Masson, Généalogie des familles de Terrebonne (4 vol., Montréal, 1930–1931), 4 : 2190–2195.

Bibliographie générale

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Réjean Lemoine, « SÉGUIN, FRANÇOIS-HYACINTHE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/seguin_francois_hyacinthe_7F.html.

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Auteur de l'article:   Réjean Lemoine
Titre de l'article:   SÉGUIN, FRANÇOIS-HYACINTHE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   18 décembre 2014