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Titre original :  James Charles Stuart Strange (1753–1840)

Provenance : Lien

STRANGE, JAMES CHARLES STUART, trafiquant de fourrures, né le 8 août 1753 à Édimbourg, Écosse, fils de Robert Strange et d’Isabella Lumisden ; il épousa Margaret Durham, puis le 18 décembre 1798 Anne Dundas, veuve de Henry Drummond ; décédé le 6 octobre 1840 à Airth Castle, Écosse.

James Charles Stuart Strange, qui compte parmi les pionniers de la traite des fourrures sur la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord, est issu de parents jacobites. Son père, graveur, combattit sous les ordres du prince Charles, le Jeune Prétendant, et James Charles Stuart était le filleul de James, le Vieux Prétendant. Robert Strange se fixa à Londres en 1750. Ses fils James Charles Stuart et Thomas Andrew Lumisden décidèrent de tenter leur chance outre-mer. Tous deux allèrent en Inde et réussirent dans leur domaine : Thomas (qui avait été, pendant une courte période, juge en chef de la Nouvelle-Écosse) devint juge en chef de la Cour suprême de Madras (Inde) et James fit fortune, lui aussi à Madras, comme marchand dans l’East India Company et le secteur privé.

James était en congé en Angleterre quand parut, en 1784, le récit du troisième voyage du capitaine James Cook* dans le Pacifique et, comme bien d’autres, tel ce pionnier de la traite que fut aussi James Hanna*, il prit bonne note des suggestions du capitaine James King* sur la manière de mener une expédition de traite des fourrures sur la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord. Il consulta sir Joseph Banks* et, chose plus importante encore, s’assura en Inde l’appui du marchand David Scott, qui faisait du commerce avec la Chine et rêvait d’ébranler le monopole de l’East India Company. Ensemble, Strange et Scott préparèrent une expédition. Ils achetèrent à titre privé deux navires, qu’ils baptisèrent Captain Cook et Experiment, et les armèrent avec soin. Ils reçurent aussi une assistance de l’East India Company, en l’occurrence un petit groupe de soldats commandés par Alexander Walker*. Strange monterait à bord en qualité de subrécargue et assurerait la direction générale de l’entreprise. L’expédition, partie de l’Inde à la fin de 1785, devait servir la Grande-Bretagne sous le double rapport du commerce et de l’exploration mais, en définitive, elle ne fut guère utile.

Strange était trop prudent, trop circonspect pour réussir à titre d’explorateur ou de trafiquant. Équiper l’expédition s’était révélé si coûteux que, pour compenser l’investissement, il était essentiel que la traite rapporte gros. Or la traversée fut semée d’embûches dès le début. Strange fut incapable d’acheter des marchandises le long de la côte de Malabar pour les revendre en Chine, comme il l’avait prévu, et peu après avoir quitté les eaux indiennes l’Experiment fut percé d’une brèche, de sorte qu’il fallut s’arrêter à Batavia (Djakarta, Indonésie) pour la faire colmater. Le scorbut, fléau contre lequel Strange était mal préparé à lutter, avait déjà vaincu de nombreux membres d’équipage. On annula donc l’escale en Chine, ce qui n’empêcha pas l’expédition de parvenir à destination seulement le 25 juin 1786. La saison était déjà avancée, mais Strange mouilla dans la baie Nootka (Colombie-Britannique) pendant un mois afin d’amasser la plus grande réserve possible de peaux de loutre marine. Il mena lui-même les négociations de traite et constata, comme l’avaient fait ou le feraient d’autres trafiquants, que les Indiens nootkas avaient un sens aigu des affaires. Plus soucieux de sécurité que de profit, il garda les deux navires ensemble au lieu de les séparer pour couvrir un plus grand territoire. Il laissa John Mackay* établir une base sur le rivage et quitta la baie Nootka à la fin de juillet pour monter plus avant dans le Nord. Il n’aperçut cependant pas la portion de continent qui se dessinait entre la pointe nord de l’île de Vancouver et les eaux de l’Alaska, et encore une fois, lorsqu’il atteignit le détroit du Prince-Guillaume, la saison était trop avancée pour qu’il puisse obtenir beaucoup de fourrures. À la mi-septembre, il repartit donc pour la Chine afin de vendre ce qu’il avait.

Financièrement, l’expédition fut un désastre : la vente des fourrures rapporta £5 600, ce qui ne comblait pas la mise de fonds. En outre, Strange n’avait guère contribué au progrès de l’exploration ou de la science. Il avait bien fait quelques découvertes dans la région du détroit de la Reine-Charlotte, mais il rapportait peu d’indications nouvelles sur la géographie du littoral nord-ouest de l’Amérique. Les Indiens l’avaient peu intéressé, sauf à titre de clients potentiels ; aussi le compte rendu de voyage de Walker contient-il plus de détails ethnographiques que le journal de Strange.

De retour en Inde, James Charles Stuart Strange entra de nouveau au service de l’East India Company à Madras, puis il quitta la compagnie en 1795. Il revint alors en Angleterre où, en mai 1796, on l’élut député du bourg d’East Grinstead, dans le Sussex. Deux ans plus tard, il épousa une fille de Henry Dundas, secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies et ancien commissaire du Board of Control pour les affaires de l’Inde. Ruiné par une faillite bancaire en 1804, Strange retourna faire fortune en Inde. En 1815, il se retira en Écosse, où il mourut en 1840.

Robin A. Fisher

Le compte rendu de l’expédition de James Charles Stuart Strange dans le Pacifique a été publié sous le titre de James Strange’s journal and narrative of the commercial expedition from Bombay to the north-west coast of America, together with a chart showing the tract of the expedition, introd. d’A. V. Venkatarama Ayyar (Madras, Inde, 1928 ; réimpr., 1929). Les PABC conservent deux copies faites à partir de différentes copies manuscrites du récit de Strange, « Narrative of a voyage to the North West Coast of America ». L’une est une copie dactylographiée de la copie qui appartient aux descendants de Strange et l’autre est une copie manuscrite du document de la BL, India Office Library and Records [East India House Arch.], IOR, H/800 : 1–145 (A/A/20/St8A2). De plus, les PABC possèdent le manuscrit original de Strange des ajouts qu’il fit au vocabulaire dressé par le capitaine Cook de la langue parlée à la baie Nootka, 1785–1786 (F/8/St8).

BL, India Office Library and Records, IOR, E/4/316–317, 24 ; E/4/873 : 1239 ; E/4/875 : 333 ; H/494 : 419–427 ; O/6/3 : 577 ; P/240/62 : 137 ; P/241/4 : 124 ; P/241/5 : 603 ; P/241/55 : 1790 (copies aux PABC).— PABC, E/E/St8, pièces relatives à Strange ; M/St8.— James Cook et James King, A voyage to the Pacific Ocean [...] (3 vol. et 1 atlas, Londres, 1784), 3 : 438–440.— Alexander Walker, An account of a voyage to the north west toast of America in 1785 & 1786, R. [A.] Fisher et J. M. Bumsted, édit. (Vancouver, 1982).— R. [A.] Fisher, Contact and conflict : Indian-European relations in British Columbia, 1774–1890 (Vancouver, 1977).— B. M. Gough, Distant dominion : Britain and the northwest coast of North America, 1579–1809 (Vancouver, 1980).— David MacKay, In the wake of Cook : exploration, science & empire, 1780–1801 (Londres, 1985).— Louisa Mure, Recollections of by-gone days (s.l., 1883).

Bibliographie générale

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Robin A. Fisher, « STRANGE, JAMES CHARLES STUART », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/strange_james_charles_stuart_7F.html.

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Auteur de l'article:   Robin A. Fisher
Titre de l'article:   STRANGE, JAMES CHARLES STUART
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   1 août 2014