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TEHOWAGHERENGARAGHKWEN (Tehonwawenkaragwen, Thowaghwenkarakwen ; il signait aussi Thomas Davis), chef de guerre agnier, né vers 1755, probablement dans ce qui est devenu l’état de New York ; il se maria et eut au moins un fils ; circa 1776–1834.

Membre du clan du Loup et cousin de Joseph Brant [Thayendanegea*], Thomas Davis combattit aux côtés des Britanniques tout au long de la Révolution américaine et s’éleva jusqu’au rang de chef de guerre. Après la défaite britannique, il accompagna Brant dans les terres concédées aux Six-Nations sur les bords de la rivière Grand (Ontario) et il y vécut pendant un demi-siècle. Durant la guerre de 1812, il servit de nouveau la couronne britannique. Davis parlait l’anglais ; il avait appris cette langue en combattant avec les Britanniques et en vivant pendant des années dans le voisinage de colons blancs.

Physiquement, Davis était impressionnant. Le révérend Alvin Torry se rappelait de lui comme d’un homme « grand, bien fait et aussi droit qu’un des pins de sa forêt ». Excellent orateur, Davis possédait une dignité et une prestance naturelles et il « était fier de son indifférence stoïque à l’égard de questions mineures, lesquelles agitaient la masse autour de lui ». Lorsqu’il fut plus vieux, la religion devint sa seule préoccupation.

Au début des années 1820, les questions religieuses préoccupaient Davis au point qu’il ne pouvait vivre en paix. Il avait été baptisé dans la religion anglicane, mais il n’y avait aucun missionnaire de cette Église résidant à la rivière Grand durant ces années-là. Le révérend Ralph Leeming* d’Ancaster faisait des visites, et des catéchistes comme Henry Aaron Hill [Kenwendeshon] présidaient des services religieux en son absence. Davis avait le sentiment que l’alcool causait la ruine de son peuple. Vers 1820, il cessa de boire et commença à organiser des réunions de prières dans sa maison de ferme sur les bords de la rivière Grand, à quelque cinq milles au nord du village agnier, lequel était situé sur l’emplacement actuel de la ville de Brantford. Tous les jours, il sonnait le cor pour inviter à la prière ses voisins agniers, dont un certain nombre étaient, comme lui, anglicans de nom. Il leur lisait alors des passages de la Bible et les prières de l’Église d’Angleterre dans la langue des Agniers. Un colon blanc passa un jour près de la maison de ferme et entendit le son du cor. Après avoir été informé de la raison de cet appel, le visiteur, qui était méthodiste, demanda si les Indiens désiraient la venue d’un prédicateur méthodiste. Ils répondirent affirmativement, et un prédicateur méthodiste de la région, Edmund Stoney, commença à les visiter. Alvin Torry, ministre de l’Église méthodiste épiscopale, prêcha régulièrement les Indiens dès la fin du printemps de 1823.

Sur l’invitation de Davis, une petite communauté indienne méthodiste, en voie d’expansion, s’établit dans la ferme et aux alentours ; l’établissement devint connu sous lé nom de Davisville ou Davis’s Hamlet. Par l’intermédiaire de Peter Jones*, un converti sauteux du groupe des Mississagués, de nombreux Mississagués ainsi que des Agniers se convertirent. Dès l’automne de 1824, la pièce que Davis utilisait pour les réunions se révéla trop petite pour la trentaine d’Indiens méthodistes, et le pieux chef réserva alors toute sa maison aux assemblées religieuses et à une école méthodiste. Il se retira dans une cabane en bois rond, dans la forêt, jusqu’à ce qu’une nouvelle maison destinée à la mission soit achevée, au printemps.

Après que les convertis mississagués eurent pris le chemin de leur nouvelle mission sur la rivière Credit au début de 1826, le mouvement méthodiste indien de la rivière Grand devint complètement iroquois. En moins de dix années, le nombre des adhérents dans la réserve s’était élevé à quelque 150, sur une population totale inférieure à 2 000 Indiens. Une décennie après la première prédication de Torry dans la maison de Davis, celui-ci restait toujours un membre fervent de l’Église. Lorsque le révérend William Case* rencontra Davis en mars 1834, il trouva le vieux chef en excellente santé ; ce dernier « lis[ait] sans lunettes l’Évangile selon saint Matthieu » et avait conservé « la bonne habitude de lire et d’expliquer les Écritures à son peuple ».

Le zèle de Davis pour le méthodisme provenait de diverses sources. D’abord, à titre d’anglican, il parait avoir cru sincèrement au message chrétien. La religion traditionnelle des Iroquois, interprétée par le prophète tsonnontouan Skanyadariyoh (Handsome Lake) avait peu d’attrait pour lui. Deuxièmement., comme il l’expliqua clairement lors d’une assemblée religieuse méthodiste tenue en plein air en 1825, il croyait que la foi apportait des récompenses matérielles : si les Indiens continuaient à être de vrais chrétiens, « lorsque leurs mocassins seraient usés, Dieu leur en enverrait d’autres ; s’ils avaient de mauvaises récoltes de maïs, Il leur en fournirait ; et, lorsque le travail et la chasse seraient finis, Il les emmènerait au ciel ». Troisièmement, la tempérance prêchée par le méthodisme lui plaisait. Il savait que les méthodistes devaient renoncer à l’alcool, qu’il considérait comme le plus grand fléau de la vie dans les réserves.

Parvenu à un âge avancé, Thomas Davis avait recherché la régénération de sa communauté. Dans une certaine mesure, il y parvint chez ses voisins christianisés. L’anglican John Brant [Tekarihogen] reconnaissait cela lorsqu’il écrivit, le 27 mai 1826, que les efforts de Davis avaient eu de « bons effets ». Davis mourut probablement à la fin des années 1830 ; une lettre datée de novembre 1840 le mentionne comme « le chef décédé ».

Donald B. Smith

APC, MG 19, F6, 1 : 78 ; RG 10, D3, 104, file 1834.— UCC, Central Arch. (Toronto), Credit Mission, record book.— Victoria Univ. Library (Toronto), Peter Jones coll., Eliza Jones Carey papers, diary, 25 août 1834.— J. [S.] Carroll, My boy life, presented in a succession of true stories (Toronto, 1882), 42–43.— William Case, « River Credit, U.C., March 20, 1834 », Christian Advocate and Journal (New York), 16 mai 1834 : 151 ; réimpr. dans Christian Guardian, 28 mai 1834 : 114.— John Douse, « Earliest missionary letters of Rev. John Douse, written from the Salt Springs mission on the Grand River in 1834 and 1836 », A. J. Clark, édit., OH, 28 (1932) : 41–46.— Methodist Episcopal Church, Canada Conference Missionary Soc., Annual report (s.l.), 1825.— Alvin Torry, Autobiography of Rev. Alvin Torry, first missionary to the Six Nations and the northwestern tribes of British North America, William Hosmer, édit. (Auburn, N.Y., 1864), 77–78.— Valley of Six Nations (Johnston).— John West, A journal of a mission to the Indians of the British provinces, of New Brunswick, and Nova Scotia, and the Mohawks, on the Ouse, or Grand River, Upper Canada (Londres, 1827), 279–281.— G. F. Playter, The history of Methodism in Canada [...] (Toronto, 1862).

Bibliographie générale

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Donald B. Smith, « TEHOWAGHERENGARAGHKWEN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tehowagherengaraghkwen_6F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   1 novembre 2014