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TEKAKOUITHA (Tagaskouïta, Tegakwitha), baptisée Kateri (Catherine), première Indienne à avoir été déclarée vénérable, née d’une Algonquine chrétienne et d’un Agnier païen en 1656, à Ossernenon (Auriesville, N. Y.), décédée près de Montréal en 1680.

La mère de Kateri Tekakouitha, élevée par des colons français de Trois-Rivières, avait été capturée vers 1653. C’est peu de temps après qu’elle avait été choisie pour épouse par un Agnier. En 1660, elle fut emportée par la petite vérole avec son mari et son dernier-né. La jeune Catherine faillit mourir aussi, le visage grêlé et fortement atteinte aux yeux. Elle fut recueillie par son oncle, le premier capitaine de la bourgade, ennemi déclaré de la foi chrétienne.

À l’automne de 1666, M. de Prouville de Tracy, à la tête d’une expédition punitive, descendit de Québec et brûla les agglomérations du canton agnier avec toutes leurs provisions. Sous le nom de Gandaouagué, on reconstruisit Ossernenon de l’autre côté de la rivière des Hollandais (Mohawk), un peu à l’ouest de l’ancien emplacement. Après cette défaite, les Agniers implorèrent la paix et demandèrent des missionnaires. On leur envoya les pères Jacques Frémin, Jacques Bruyas*, Jean Pierron et les donnés Charles Boquet et François Poisson, qui arrivèrent à Gandaouagué en septembre 1667. Durant les trois jours que dura leur halte, Kateri Tekakouitha dut s’occuper des Jésuites, dont la piété et les manières affables l’impressionnèrent.

À maintes reprises, sa parenté voulut la forcer de se marier, ce qu’elle refusait toujours, à leur grand mécontentement. Il n’y a pas de quoi se surprendre de ce refus, puisque les deux tiers de la population de Gandaouagué se composaient d’Algonquins et de Hurons chrétiens qui avaient sans doute parlé à Kateri des Ursulines de Québec et de la vie religieuse.

C’est en 1675 que le père Jacques de Lamberville*, jésuite, entra pour la première fois dans sa cabane. Elle lui exposa son désir de recevoir le baptême. La cérémonie eut lieu le jour de Pâques 1676, et la jeune Indienne reçut le nom de Kateri.

Sa conversion lui valut une véritable persécution. On menaça même de la tuer. Dans toutes ces épreuves, le père de Lamberville lui conseilla de prier sans relâche et d’aller vivre au saut Saint-Louis (rapides de Lachine). À l’automne de 1677, avec l’aide de trois néophytes indiens, elle réussit à s’enfuir.

C’est à la mission Saint-François-Xavier que Kateri Tekakouitha s’est définitivement formée au christianisme. Anastasie Tegonhatsiongo, autrefois l’amie de sa mère à Ossernenon, lui servit de guide spirituel. Plus tôt qu’à l’ordinaire pour les convertis, on lui accorda, à cause de ses qualités exceptionnelles, de faire sa première communion dès Noël 1677. En outre, malgré son jeune âge, on l’admit, au printemps de 1678, dans la Confrérie de la Sainte-Famille.

Les lignes de force de la spiritualité de Kateri Tekakouitha étaient une extraordinaire pureté d’âme et de corps et une charité efficace à l’égard de tous. Cette laïque vécut intégralement l’existence indienne, au village comme aux grandes chasses hivernales. Ce n’est qu’en 1678, moins de deux ans avant sa mort, qu’elle cessa d’accompagner les siens à la recherche du gibier ; à cette époque, l’emprise de l’Eucharistie était devenue tellement puissante sur elle qu’au risque de pâtir de la faim, elle ne voulait plus être éloignée de l’église pendant de longs mois. Même dans le milieu fervent de la mission, elle dut subir de grandes épreuves, en particulier de fausses accusations. Plus tard, ses calomniateurs ont été les premiers à la louer.

Kateri Tekakouitha aurait voulu fonder une communauté de religieuses indiennes, mais le père de Lamberville l’en dissuada. Le 25 mars 1679, fête de l’Annonciation, on lui permit de prononcer privément le vœu perpétuel de virginité. On comprend que la postérité l’ait surnommée le Lys des Agniers.

Elle se livrait à de douloureuses mortifications, qu’elle modéra, d’ailleurs, sur l’ordre de son directeur. Cet esprit de pénitence, elle le dissimulait de son mieux, aimait la plaisanterie et riait de bon cœur.

Toujours de santé médiocre, Kateri se sentit gravement atteinte dès le début de 1680. Le mardi de la Semaine sainte, elle reçut le viatique. Le lendemain, 17 avril, à peine âgée de 24 ans, elle expira très doucement en prononçant les noms de Jésus et de Marie.

Après sa mort, le père Cholenec* s’aperçut que les traits de Kateri, marqués par la petite vérole, s’étaient merveilleusement embellis. À la suite de faveurs signalées obtenues par son intercession, naquit bientôt une profonde dévotion envers elle. En 1688, Mgr de Saint-Vallier [La Croix*], deuxième évêque de Québec, la nommait « la Geneviève du Canada », thème que Chateaubriand devait exploiter dans Les Natchez, En 1744, le père de Charlevoix* écrivait qu’elle était « universellement regardée comme la Protectrice du Canada ». La dévotion à la vénérable Kateri Tekakouitha s’est répandue au Canada, aux États-Unis et à travers le monde. Chaque année augmentent les pèlerinages à Auriesville et à la mission Saint-François-Xavier de Caughnawaga, où l’on conserve ses reliques.

Depuis sa mort, une cinquantaine de biographies de la vénérable Kateri Tekakouitha ont paru dans une dizaine de langues.

Henri Béchard

Charlevoix, Histoire de la N.-F.— Claude Chauchetière, La vie de la Bienheureuse Catherine Tegakouita dite à présent la Saincte Sauvagesse [...] (Manate, 1887).— Pierre Cholenec, Catherine Tegahkouita, la sainte sauvagesse (Beauceville, 1914) ; BRH, XX (1914) : 26–32, 61–64, 99–103, 134–136, 168.— JR (Thwaites).— The Positio on the virtues of the servant of God, Katharine Tekakwitha (New York, 1940).— Positio super virtutibus servae Dei, Catherinae Tekakwitha (Rome, 1940).— Guy Boulizon, La Croix chez les Indiens (Montréal, 1958).— G. C. Bouvier, Kateri Tekakwitha, La Plus Belle Fleur épanouie au bord du Saint-Laurent (Montréal, 1939).— Edward-Xavier Evans, The literature relative to Katheri Tekakwitha, BRH, XLVI (1940) : 193–209, 241–255.— Édouard Lecompte, Une Vierge iroquoise, Catherine Tekakwitha, le lis des bords de la Mohawk et du Saint-Laurent, 1656–1680 (Montréal, 1930).— R. Rumilly, Kateri Tekakwitha, Le Lys de la Mohawk ; la fleur du Saint-Laurent (Paris, 1934).— Justin C. Steurer, The impact of Katherine Tekakwitha on American spiritual life (Washington, D.C., 1957).— E. H. Walworth, Life and times of Kateri Tekakwitha (Albany, N.Y., 1926).

Bibliographie générale

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Henri Béchard, « TEKAKOUITHA, Kateri », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 14 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tekakouitha_1F.html.

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Auteur de l'article:   Henri Béchard
Titre de l'article:   TEKAKOUITHA, Kateri
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   14 septembre 2014