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TEKARIHOKEN (Tegarihogen, Tegarioguen, Teharihogen, Teharihoguen, Thearihogen), titre de l’un des sachems, ou chefs héréditaires de la tribu des Agniers. Il appartenait au clan de la Tortue et, d’après Horatio Hale, on lui témoignait le respect dû « au principal chef de la plus ancienne des tribus iroquoises ». Hale prétend que le nom signifie « occupant deux fonctions », ce qui serait particulièrement à propos, puisque Tekarihoken, à la différence de la plupart des autres sachems, était à la fois chef civil et chef militaire. L. H. Morgan lui donne le titre de Dagäeogä, d’après la forme tsonnontouane et propose de le traduire par « Neutre » ou « Le Bouclier ».

Entre 1653 et 1659, les récits des Français parlent fréquemment d’un chef indien du nom de Tekarihoken ; à cette époque les Iroquois livraient presque sans interruption une guerre d’embuscade contre les Français et leurs alliés indiens. En 1653, Tekarihoken prit la tête d’un des détachements de guerriers agniers qui voulaient venger la mort du chef Aontarisati, tué à Trois-Rivières l’année précédente. Il semble que ce soit sa bande qui, près de Sillery le 20 août 1653, s’empara du père Joseph-Antoine Poncet* de La Rivière. Pendant que celui-ci était envoyé captif en Iroquoisie, Tekarihoken restait en arrière et attaquait Trois-Rivières le 23 et le 24 août. Mais les Français, qui étaient partis de Québec pour délivrer le père Poncet, rattrapèrent le détachement de Tekarihoken, et celui-ci accepta d’échanger le prêtre contre des Agniers détenus à Montréal. Pour s’assurer qu’on ne ferait aucun mal au père Poncet, Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, offrit de nombreux cadeaux à Tekarihoken. Ce dernier repartit pour le territoire des Agniers et, en octobre, il renvoya Poncet à Montréal.

Depuis l’anéantissement de la Huronie, les Agniers, les Onontagués et les Onneiouts tentaient de persuader les réfugiés hurons qui vivaient à l’abri du fort Saint-Louis à Québec de se joindre à leurs tribus. En mai 1657, Tekarihoken se rendit à Québec pour demander que l’on permît aux Hurons qui habitaient là d’aller s’établir chez les Agniers. À la suite des négociations menées par Tekarihoken, 14 Huronnes et quelques enfants partirent, le 2 juin, pour le territoire des Agniers.

En janvier 1658, le père Simon Le Moyne* écrivit à Québec qu’une troupe de 1 200 guerriers iroquois, commandée par Tekarihoken, se dirigeait vers le territoire des Outaouais. Cette incursion avait pour but de venger la mort de 30 Iroquois tués l’année précédente. En novembre, Tekarihoken arriva à Québec accompagné du père Le Moyne et de cinq envoyés agniers. Un accord fut conclu en vue de l’échange de sept Français que les Agniers avaient faits prisonniers peu de temps auparavant, contre quelques guerriers onneiouts, détenus à Québec. Le père Le Moyne et ses compagnons avaient laissé les Français à Trois-Rivières en cours de route.

En janvier 1659, on apprit que Tekarihoken se trouvait dans cette ville avec le père Le Moyne ; en avril, il était à la chasse dans les îles du lac Saint-Pierre. À cette époque, il renvoya à Trois-Rivières l’Indien Mitewemeg et plusieurs autres prisonniers algonquins. Ce geste entraîna la libération de quatre prisonniers iroquois en captivité à Québec. En mai, le père Simon Le Moyne partit de Trois-Rivières, accompagné de Tekarihoken, pour entreprendre une de ses nombreuses visites de bonne entente chez les Agniers.

Il est peu vraisemblable que le Tekarihoken dont il est question dans les Relations des Jésuites soit celui qui habitait à Sault-Saint-Louis (Caughnawaga) en 1726. Il y eut cette année-là, à Albany, une réunion entre William Burnet, le gouverneur de New York, et les chefs iroquois et on apprit qu’un chef des Indiens de Sault-Saint-Louis, qui portait le même nom, avait assisté à la rencontre. Le gouverneur offrit des cadeaux aux Iroquois dans l’espoir de les amener à démanteler le poste que les Français avaient construit à Niagara en 1720. Les Iroquois habitant au Canada reçurent également des ceintures de porcelaine, envoyées peut-être par Tekarihoken qui voulait les amener à accepter le projet du gouverneur. Cependant, l’affaire échoua, car le poste était construit sur les terres des Tsonnontouans et ceux-ci refusèrent de le démolir.

En 1728, le même Tekarihoken accompagna Michel Maray de La Chauvignerie dans son voyage à Oswego et Onondaga. Au cours de ce voyage, La Chauvignerie convainquit Tekarihoken de se rendre avec les Iroquois de la région jusqu’au fort d’Oswego, tenu par les Anglais, pour lui faire part ensuite des entretiens qui s’y dérouleraient. La Chauvignerie désignait ainsi Tekarihoken : « un homme en qui j’ai grande confiance ».

Bruce G. Trigger

JR (Thwaites), XXXVIII, XLIII–XLV.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 963, 1 008.— E. J. Devine, Historic Caughnawaga (Montréal, 1922), 210.— The Iroquois book of rites, Horatio Hale, édit. (Toronto, 1963), 30, 77s.— L. H. Morgan, League of the Ho-dé-no-sau-nee, or Iroquois (Rochester, 1851).

Bibliographie générale

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Bruce G. Trigger, « TEKARIHOKEN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tekarihoken_2F.html.

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Auteur de l'article:   Bruce G. Trigger
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   23 avril 2014