DCB/DBC Mobile beta
+

WALLACE, WILLIAM, journaliste et homme politique, né le 4 février 1820 près de Galston (région de Strathclyde, Écosse), fils de John Wallace et d’Anne Spiers ; en 1852, il épousa Mary Ann (Anne) Kent, de Simcoe, Haut-Canada ; décédé le 28 août 1887 à Simcoe.

William Wallace, membre de l’Église d’Angleterre, fit ses études dans une école paroissiale à Whithorn (région de Dumfries et Galloway) avant d’immigrer au Canada en 1840 ou 1842. Il s’installa à Simcoe, où il fonda, le 16 janvier 1861, le British Canadian, journal qu’il posséda et dirigea jusqu’à sa mort ; à ce moment-là son fils prendra la relève. Conservateur en matière politique, le journal réimprimait de nombreux articles d’imagination et s’intéressait aux affaires locales, à la réforme monétaire et à l’agriculture. Chose courante au xixe siècle, Wallace géra une imprimerie connexe à son journal et ouvrit une librairie en 1879. Il fut également employé du gouvernement : il occupa successivement les postes de trésorier-payeur de l’Intercolonial en 1869–1870, de secrétaire adjoint des commissaires de l’Intercolonial en 1870–1871 et de commissaire de la division est de l’arpentage pour la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, en 1871–1872.

Très engagé politiquement, Wallace siégea au conseil scolaire de Simcoe pendant 40 ans et en était président à sa mort. Il fut tour à tour président du conseil municipal (1858) et maire de Simcoe (1884), ainsi que membre du conseil de comté de Norfolk. En 1872, très impatient de siéger à la chambre des Communes, il fit campagne dans Norfolk South sous la bannière conservatrice, face au libéral Henry John Killmaster et au conservateur sortant Peter Lawson. Ce dernier fit appel à sir John Alexander Macdonald* pour obtenir le désistement de Wallace ; le premier ministre exerça des pressions très fortes sur lui tant par l’envoi d’une lettre personnelle que par l’entremise d’Aquila Walsh, député de Norfolk North. Mais Wallace et ses partisans « ne voulurent consentir à aucun compromis ». Finalement, Lawson se retira de la course et Wallace fut élu par une marge de 110 voix. Il ne se représenta pas aux élections de 1874, au cours desquelles Lawson subit la défaite. Mais, après que le libéral victorieux John Stuart eut perdu son siège, Wallace remporta facilement l’élection partielle du 16 décembre 1874. Réélu de justesse en 1878, il fut défait en 1882 et ne brigua pas les suffrages aux élections générales suivantes, en février 1887.

Wallace apparaît comme un homme politique fédéral intéressant mais sans grande importance. Bien que d’esprit indépendant, il demeura un conservateur fidèle et, au cours de la deuxième session à laquelle il assista, il défendit le gouvernement dans l’affaire du scandale du Pacifique. Il fut également un ardent défenseur d’un lien avec l’Empire et s’avéra fortement antiaméricain. Prônant le vote obligatoire, il s’opposa néanmoins au vote par scrutin secret, soutenant que « tout homme avait le droit de savoir comment votait son voisin ». Les chemins de fer constituaient l’une de ses bêtes noires ; en 1882, il doutait « énormément que le Canada eût jamais tiré un quelconque profit des compagnies de chemin de fer ». Selon lui, ainsi qu’il l’écrivait en termes énergiques à Macdonald, le chemin de fer transcontinental et les concessions territoriales connexes ne devaient en aucune circonstance être accordés à des spéculateurs, particulièrement à des étrangers. Il souhaitait que tous les réseaux ferroviaires et télégraphiques deviennent propriété publique.

En 1874, Wallace fut accusé d’avoir eu une conduite malhonnête lors de l’élection partielle dans le comté de Norfolk South. Au mois de novembre, le premier ministre Alexander Mackenzie* confia à Stuart, candidat libéral dans Norfolk South, qu’entre 1869 et 1872 Wallace, à titre d’employé de l’Intercolonial, avait reçu plus d’argent du fédéral qu’il n’avait fourni de pièces comptables. Plus encore, il se trouvait toujours sur la liste de paie du fédéral après son élection, bien qu’il ne fût plus à l’emploi du chemin de fer, et, jusqu’au mois de juin 1873, il avait reçu encore une fois plus de fonds fédéraux qu’il ne put justifier. Les totaux révélaient un écart de $60 000. Mackenzie n’accusa pas Wallace directement en public, mais ses insinuations lui furent préjudiciables, surtout lorsqu’elles s’ajoutèrent à la déclaration qu’il fit sans ambages à Stuart à l’effet que Wallace s’était versé environ $1 770 de salaire en trop. D’autres libéraux se montrèrent moins prudents : Joseph Rymal, député de Wentworth South, par exemple, accusa Wallace de malhonnêteté et déclara qu’ « il n’était pas du tout improbable qu’une partie de ces $60 000 ait été utilisée par M. Wallace en 1872 pour corrompre les électeurs de Norfolk ». Wallace remporta pourtant l’élection partielle tenue en 1874. Plus tard, l’affaire sortit en chambre et il fut clairement établi que Wallace était un comptable négligent plutôt qu’un fonctionnaire malhonnête. Il apparut avec évidence, cependant, qu’il avait commis une grave imprudence en demeurant sur la liste de paie après son élection en 1872. Par la suite, il fit attention à ce que son nom ne soit plus mêlé à des pratiques douteuses, bien qu’il restât toujours un homme tout dévoué à sa circonscription, distribuant assidûment des faveurs politiques.

Le plus grand titre de gloire de Wallace concerne son rôle de défenseur de la réforme monétaire. Il appartenait à cette catégorie d’agitateurs qui, au xixe siècle, militaient en faveur des monnaies de papier non convertibles et des billets du gouvernement. Des hommes aussi influents qu’Isaac Buchanan et William Alexander Thomson* préconisèrent des variantes de la proposition. Les crises économiques contribuaient à accélérer ces campagnes, et le marasme des années 1870 occasionna de longues discussions sur la politique monétaire. Wallace soutenait que la crise économique résultait uniquement d’une mauvaise gestion et était « due au système de crédit, une nécessité suivant notre politique, système vicieux et perfide qui dépouillait la majorité au profit d’une minorité, détruisant l’industrie et avilissant la population [...] On a idolâtré l’or, ajoutait-il, on l’a placé sur un piédestal, le faisant maître du monde, et, aujourd’hui, il [est] en train de tuer le capital et d’anéantir le travail. » Il pensait que l’inflation également découlait de « ce même système de crédit abominable ». Plusieurs observateurs attribuèrent le malaise économique des années 1870 à la surproduction. Wallace repoussa cet argument avec mépris, affirmant : « la surproduction est en elle-même une impossibilité – les besoins des hommes s’avèrent aussi illimités que la pensée humaine – et l’homme est capable de consommer tout ce qu’il peut produire ». Le système monétaire avait même, selon lui, engendre le « conflit entre le capital et le travail partout dans le monde ». La solution à ces problèmes se trouvait, bien sûr, dans une monnaie de papier non convertible. « Il paraissait évident qu’un tel type d’argent, susceptible d’acheter tout ce qu’un homme désire et de payer toutes ses dettes, s’avérait suffisant. » Il révéla la grossièreté de son point de vue lorsqu’il s’exclama : « L’honorable ministre des Finances pense qu’il vaut mieux emprunter de l’argent. Moi je pense qu’il vaut mieux en faire. »

Ces idées furent présentées à la chambre des Communes pendant une décennie dans les mêmes longs discours répétitifs. Wallace se fit interpeller rudement à plusieurs reprises, mais, malgré l’ennui et l’irritation qu’il provoqua chez ses collègues, il conserva une popularité remarquable. En 1885, 34 députés du gouvernement adressèrent une requête au premier ministre Macdonald en faveur de Wallace, demandant qu’il soit nommé commissaire des Terres de la couronne à Winnipeg. Macdonald refusa cependant de donner suite à cette recommandation. Le Norfolk Reformer, de Simcoe, disait manifestement la vérité lorsqu’il écrivit dans la notice nécrologique de Wallace : « Nul doute qu’il eût gravi des échelons beaucoup plus élevés au service du dominion, n’eût été son association malheureuse avec le parti [en faveur] de la monnaie de papier, dont il était considéré le chef. »

Donald Swainson

APC, MG 26, A.— Canada, chambre des Communes, Debates, 1875–1882.— British Canadian (Simcoe, Ontario), 1861–1887.— Globe, 1874.— Norfolk Reformer (Simcoe), 1er sept. 1887.— Canadian directory of parl. (J. K. Johnson).— CPC, 1873 ; 1875 ; 1879 ; 1883 ; 1889.— Illustrated historical atlas of the county of Norfolk, Ont., H. R. Page, compil. (Toronto, 1877 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).— Lewis Brown, A history of Simcoe, 1829–1929 [...] (Simcoe, 1929).— C. D. W. Goodwin, Canadian economic thought : the political economy of a developing nation, 1814–1914 (Durham, N.C., et Londres, 1961).— Simcoe and Norfolk County : in commemoration of the Simcoe reunion of Norfolk County old boys, August 2nd to 7th, 1924 (Simcoe, 1924).— Swainson, « Personnel of politics ».

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Donald Swainson, « WALLACE, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/wallace_william_1820_1887_11F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/wallace_william_1820_1887_11F.html
Auteur de l'article:   Donald Swainson
Titre de l'article:   WALLACE, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   1 août 2014