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WARDEN, ROBERT HARVEY, ministre presbytérien et rédacteur en chef, né le 4 janvier 1841 à Broughty Ferry, Écosse, fils d’Alexander Johnston Warden, marchand et historien ; il épousa Jemima McCaskill, et ils eurent deux filles et trois fils ; décédé le 26 novembre 1905 à Toronto.

Robert Harvey Warden fit ses études au Madras College de St Andrews, en Écosse. Jeune homme, il immigra dans le Haut-Canada et entreprit des études de droit à Toronto, mais en 1863, il abandonna cette voie pour entrer au Knox College, le séminaire torontois de l’Église presbytérienne du Canada. Diplômé en 1866, il se rendit à l’invitation des congrégations presbytériennes de Bothwell et de Florence, dans le sud-ouest du Haut-Canada, et c’est là qu’il fut ordonné le 15 novembre. Il demeura huit ans à Bothwell. C’est au cours de cette période qu’un accident provoqué par un cheval emballé lui brisa les deux chevilles, le confinant pour 10 mois et le laissant partiellement handicapé. Pendant qu’il desservait Bothwell, on le nomma convocateur du comité des missions intérieures du consistoire de Chatham. Convaincu que ce secteur de l’activité ecclésiastique contribuait à l’émergence d’un sentiment national fort et saint, il en fit son principal centre d’intérêt.

À l’automne de 1874, en raison de ses qualités d’organisateur, de ses solides relations personnelles au sein de l’Église et de sa formation juridique, Warden quitta le pastorat pour lancer une souscription en vue de la construction du Knox College. Cette campagne permit de recueillir plus de 110 000 $, soit à peu près le coût total du nouvel immeuble comprenant classes, bibliothèque, salle du culte et résidence pour 80 étudiants qui fut construit avenue Spadina en 1875. La même année, la quasi-totalité des corps presbytériens du pays s’unirent pour former l’Église presbytérienne au Canada. Les talents de Warden se révélèrent particulièrement utiles à la nouvelle Église nationale. Bientôt, il participa à plusieurs comités, le plus souvent à titre d’organisateur des systèmes administratifs et de directeur financier.

En 1878, Warden s’installa à Montréal, centre officieux de l’Église presbytérienne au Canada, afin d’exercer les fonctions suivantes : agent financier du collège presbytérien de Montréal, secrétaire des missions intérieures, membre de la section montréalaise du comité des finances, secrétaire du comité d’évangélisation des Canadiens français et trésorier du fonds d’évangélisation. En 1896, il prit la succession de feu le révérend William Reid, agent de l’Église (section ouest), et quitta Montréal pour Toronto, déménagement qui illustre le transfert de la base du pouvoir de l’Église, qui passa du Québec au sud de l’Ontario à la fin de l’époque victorienne.

La plus grande réalisation de Warden fut le Twentieth Century Fund (aussi appelé Century, Second Century ou New Century Fund), qu’il considérait aussi bien comme un moyen d’unifier l’Église que comme une entreprise de financement. En 1898, l’assemblée générale de l’Église avait confié à un comité, placé sous la présidence de Warden, le mandat de proposer des moyens de souligner le début du xxe siècle. Un an plus tard, ce comité recommanda que l’Église recueille un million de dollars en deux ans pour divers programmes. Warden prononça un discours si convaincant devant l’assemblée générale qu’elle approuva à l’unanimité la création du Twentieth Century Fund.

Warden proposa de subdiviser le Twentieth Century Fund en une caisse spéciale de 400 000 $ qui servirait à acquitter les dettes sur les propriétés de l’Église, et en une caisse commune de 600 000 $ destinée à financer les missions, l’éducation et les œuvres de bienfaisance. Les cinq collèges de théologie de l’Église recevraient 175 000 $ de cette caisse commune. Afin d’éviter à l’Église d’avoir à verser chaque année 7 000 $ ou 8 000 $ d’intérêts, on constituerait une caisse de réserve de 104 000 $ pour les projets missionnaires. En plus, on mit de côté 132 000 $ pour venir en aide aux ministres âgés et infirmes ainsi qu’aux veuves et aux orphelins des membres du clergé. Warden fut nommé agent principal du Twentieth Century Fund, qui, en 1903, avait recueilli plus de 1,6 million de dollars, soit 600 000 $ pour la caisse commune et plus de un million pour la caisse spéciale.

L’engagement initial de Warden dans l’expansion de l’Église et son intérêt pour cette œuvre furent reconnus en 1877 par sa nomination au comité des missions intérieures de l’assemblée générale, dont il fut convocateur de 1899 à sa mort. En qualité d’agent de l’Église, il veillait à financer son expansion dans l’Ouest, où une vague de nouveaux colons arriva à compter de 1896. Grâce au succès de ses campagnes de financement et grâce à la supervision énergique du révérend James Robertson, l’Église presbytérienne connut une croissance rapide dans cette région. Toutefois, pendant la ruée vers l’or du Klondike, Warden, Robertson et William Cochrane*, convocateur du Home Mission Committee (section ouest) furent critiqués par des presbytériens de Winnipeg qui reprochaient à l’Église de mettre l’accent sur l’envoi de missionnaires au Yukon.

En raison de cette controverse sur les missions intérieures et de l’inquiétude que lui causait le gaspillage des ressources – conséquence du doublement des installations des diverses confessions chrétiennes, surtout dans l’Ouest –, Warden prônait ardemment l’union des Églises. En 1902, les Églises congrégationaliste, méthodiste et presbytérienne furent invitées à étudier ce projet, et l’assemblée générale nomma Warden convocateur d’un nouveau comité de correspondance avec les autres confessions. En décembre 1904, à la mort du directeur du Knox College, William Caven, qui était aussi convocateur du comité de l’union de l’Église presbytérienne et président des comités mixtes des trois Églises, Warden prit sa succession, mais il mourut moins de deux ans après.

En 1888, Warden avait reçu, en récompense de son travail, un doctorat en théologie du collège presbytérien de Montréal, et en 1901 on le nomma modérateur de l’assemblée générale de l’Église presbytérienne au Canada, le plus grand honneur auquel pouvait aspirer un membre de cette confession. Il occupa plusieurs postes reliés à l’Église, dont celui de directeur général de l’Ottawa Ladies’ College. Presque toujours, ce fut sur la scène canadienne qu’il œuvra, mais en 1904, à titre de représentant officiel de son Église, il assista, à Liverpool, en Angleterre, au congrès de l’Alliance of Reformed Churches holding the Presbyterian System. Par ailleurs, il détint quelques postes dans le milieu canadien des affaires. Pendant plusieurs années, il fut simple administrateur, puis vice-président de la Westminster Company Limited, maison d’édition spécialisée dans la publication de journaux religieux. Il appartint aussi au conseil d’administration de la Compagnie d’assurance sur la vie la Royal Victoria et à celui de la Banque métropolitaine, dont il devint président en 1903.

Lorsque Warden mourut, on regretta ce « leader plein de jugement et digne de foi » qui avait donné en tout l’équivalent de 200 années de service à au moins 20 comités et conseils de l’Église presbytérienne au Canada. Il avait consacré 28 ans aux missions intérieures, 24 à l’évangélisation des Canadiens français, 20 au conseil du Presbyterian Record, dont il avait été en plus rédacteur en chef plusieurs années, 22 à divers conseils financiers, 23 aux conseils du Knox College et du collège presbytérien de Montréal, 15 à des conseils de soutien aux membres du clergé et à leurs personnes à charge, 7 à un comité qui s’occupait des publications destinées aux écoles du dimanche et 7 aussi à un comité des églises et presbytères. En 1901, il était membre de 12 des 26 comités et conseils de son Église et convocateur de trois d’entre eux.

Même si ses contemporains ont loué son « inébranlable sens du devoir », Robert Harvey Warden répugnait à déléguer des tâches, ou en était incapable. Cette faiblesse révèle les limites de sa formation et s’explique par le fait qu’il était parvenu l’un des premiers aux plus hauts échelons administratifs de l’Église à laquelle il appartenait. À la fin de 1904, il tomba malade, et au printemps de 1905, on lui accorda un congé de six mois. Son fils Alexander, qui, en tant qu’agent financier adjoint de l’Église, l’assistait depuis huit ans, le suppléa. Pendant sa longue maladie, Robert Harvey Warden donna 10 000 $ au Knox College, 5 000 $ au Queen’s College de Kingston et 5 000 $ au collège presbytérien. Il mourut à Toronto le 26 novembre 1906.

John S. Moir

Robert Harvey Warden est l’auteur de : A catechism on the Century Fund : Presbyterian Church in Canada (Toronto, 1899) ; The church and its work ; an address delivered at the opening of the 28th General Assembly of the Pres[byterian] Church in Canada, Toronto, June 11th, 1902 ([Toronto, 1902]) ; « Home missions in Ontario and Quebec », Reapers in many fields : a survey of Canadian Presbyterian missions, W. S. MacTavish, édit. (Toronto, 1904), 62–70 ; The statistics & general working of home missions in Canadian churches [...] (London, Ontario, 1873) ; et probablement de « The Twentieth Century Fund : its inception and the results », Historic sketches of the pioneer work and the missionary, educational and benevolent agencies of the Presbyterian Church in Canada (Toronto, 1903), 5–8.

         Globe, 27 nov. 1905.— Toronto Daily Star, 27 nov. 1905.— « A timely message from the late Dr. Warden », Presbyterian Record, 31 (1906) : 3.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— EPC, Acts and proc., 1895–1906.— Presbyterian (Toronto), nouv. sér., 7 (juill.–déc. 1905) : 680.— John Somerville, « A leader in an expanding church : Rev. R. H. Warden, dd. », Missionary pathfinders : Presbyterian laborers at home and abroad, W. S. MacTavish, édit. (Toronto, 1907), 124–132.— Westminster (Toronto), [3e] sér., 19 (juill–déc. 1905) : 393 ; 20 (janv.–juin 1906) : 60–62.

Bibliographie générale

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John S. Moir, « WARDEN, ROBERT HARVEY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/warden_robert_harvey_13F.html.

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Auteur de l'article:   John S. Moir
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   21 octobre 2014