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WILLS, ROSE MARY LOUISE (Henderson) (elle signait ses publications Rose Henderson), auteure, agente de probation juvénile, socialiste, conférencière et militante pacifiste, née probablement le 14 décembre 1871 à Bray (république d’Irlande) ; elle épousa Charles A. Montgomery Henderson (décédé le 15 janvier 1904), comptable, et ils eurent une fille ; décédée le 30 janvier 1937 à Toronto.

L’information sur les origines de Rose Mary Louise Wills est clairsemée et peu probante. Contrairement à une croyance très répandue, elle venait de Bray et non de Dublin. Son père, qui aurait, selon elle, dirigé un grand magasin à Dublin, est mentionné dans une source contemporaine comme ministre de l’Église. Elle arriva au Canada en 1885 dans des circonstances inconnues. Le lieu et la date de son mariage demeurent un mystère. Charles A. Montgomery, Rose Mary Louise et leur fille Ida Jane (née le 25 novembre 1890) figurent tous trois à une adresse montréalaise dans le recensement de 1891, mais Mme Henderson affirma à au moins un journaliste qu’elle ne s’était pas installée dans cette ville avant 1896. En 1918, un article sur elle dans le Canadian Magazine mentionnait que son mari avait été secrétaire financier du manufacturier de tabac et philanthrope de Montréal sir William Christopher Macdonald*, affirmation non confirmée à ce jour.

Après la mort de son mari, en 1904, Mme Henderson commença à enseigner à l’école du dimanche d’une mission à Montréal. Ses relations avec les enfants défavorisés lui inspirèrent Kids what I knows, recueil de récits et de poèmes sur les jeunes, souvent écrits de leur point de vue (publié à Montréal). Ses textes sur les enfants et son engagement auprès d’eux reflétaient son opinion selon laquelle le comportement criminel des jeunes était attribuable à leur environnement et non à leur caractère. En 1910–1911, elle commença à travailler avec la Children’s Aid Society, organisation sans but lucratif de protection des enfants et des jeunes, et revendiqua des lois fédérales pour restreindre l’utilisation de la cocaïne et d’autres drogues. À la demande du ministre fédéral du Travail, William Lyon Mackenzie King*, qui préparait un projet de loi sur le sujet, elle se rendit à Ottawa au début de 1911 pour l’informer sur la consommation de drogues chez les jeunes de Montréal. Ses activités la conduisirent en 1912 à occuper un emploi à temps plein d’agente de probation non catholique à la Cour des jeunes délinquants de Montréal, mise sur pied cette année-là et présidée par le juge François-Xavier Choquet*.

Dès 1911 (ou peut-être même avant), Mme Henderson avait épousé la foi bahá’í, qui met l’accent sur l’unicité de l’humanité, de Dieu et de la religion ; elle compta donc parmi les premiers convertis au Canada. À titre d’agente de probation non catholique, elle travaillait fréquemment auprès d’enfants juifs et prononça de nombreuses conférences devant des organisations juives de Montréal, inspirant même la création, en 1914, de la Jewish Big Brothers’ Association, qui offrait des modèles masculins à des garçons défavorisés. En 1915, elle fut un temps rédactrice adjointe du Woman’s Century, périodique du National Council of Women of Canada [V. Ishbel Maria Marjoribanks] publié à Toronto, et y collabora régulièrement jusqu’en 1919 avec des textes sur les femmes et les enfants, le travail et la Cour des jeunes délinquants. En octobre 1916, elle amorça un long engagement dans des publications travaillistes et de gauche en écrivant pour Labor World, organe du Conseil central des métiers et du travail de Montréal, participation qui l’éloignerait de la communauté bahá’í. Deux ans plus tard, elle devint secrétaire correspondante pour la section montréalaise du Parti travailliste du Canada. Le 29 mai 1919, elle témoigna devant la commission royale fédérale d’enquête sur les relations industrielles. Elle y brandit le spectre d’une révolution imminente, dont les mères formeraient l’avant-garde.

Mme Henderson avait soutenu pendant une courte période la One Big Union, créée dans l’Ouest canadien peu après la grève générale de Winnipeg [V. Mike Sokolowiski*], et, tôt le matin du 1er juillet 1919, jour de la fête du dominion, la police perquisitionna à son domicile et à son bureau. Parmi les documents saisis figuraient des copies de lettres qu’elle avait écrites au leader de la grève, Robert Boyd Russell*, et cinq publications interdites, dont le Manifeste du Parti communiste. Des pressions s’exercèrent pour qu’elle démissionne de son poste d’agente de probation, ce qu’elle fit en décembre.

Par la suite, Mme Henderson devint l’une des plus célèbres militantes de gauche du Canada. Pendant les deux années suivantes, elle traversa le pays en prenant la parole à Toronto, Halifax, Vancouver, Winnipeg et Montréal. La presse couvrait bien ses discours, ce qui l’aida à acquérir une notoriété nationale. Durant l’été de 1920, elle fit campagne pour l’Independent Labor Party dans toute la Nouvelle-Écosse, où, après l’avoir entendue parler, ses partisans la qualifièrent de « première femme travailliste du Canada » et les femmes de la haute société de Halifax de « bolchevik de la pire espèce ». Aux élections fédérales de 1921, elle se présenta sans succès pour le Parti travailliste dans la circonscription de Saint-Laurent–Saint-Georges, à Montréal ; elle était la seule femme candidate à l’est de Toronto. En 1922–1923, elle se rendit en Irlande et en Grande-Bretagne où, conformément à ses vues internationalistes, elle aida le candidat du Parti travailliste, Shapurji Saklatvala, membre du Parti communiste originaire d’Inde, à faire campagne pour le siège de North Battersea, à Londres, à la Chambre des communes. Même si elle maintiendrait des liens avec les communistes tout au long de sa vie, elle ne se joindrait jamais au parti, ce qui reflète peut-être sa volonté de préserver sa liberté de pensée.

Mme Henderson admirait et défendait l’Union des républiques socialistes soviétiques, où elle alla en 1924. Après son voyage, elle devint l’une des conférencières sur les conditions de vie en Union soviétique les plus courues au Canada. Son ouvrage le plus connu, Woman and war, brochure très critique à l’égard de la guerre, du capitalisme et de l’arrogance masculine, parut à Vancouver l’année suivante et se vendit à plus de 10 000 exemplaires. Candidate travailliste dans New Westminster, en Colombie-Britannique, aux élections fédérales de 1925, elle obtint un meilleur pourcentage de votes que tout autre candidat travailliste masculin. À Montréal, au printemps suivant, on la nomma secrétaire de la Society for Cultural Relations between the People of the Dominion of Canada and the Union of Soviet Socialist Republics. À la même époque, elle s’engagea activement dans la Women’s Peace Union of the Western Hemisphere, organisme dédié à la non-résistance et au désarmement universel.

En 1929, Mme Henderson s’installa à Toronto, où elle prononça régulièrement des conférences sur des sujets aussi divers que l’auteur dramatique britannique George Bernard Shaw, la biologie et la psychologie de la sexualité. En octobre 1930, elle fut acceptée dans la Société des amis (quakers), groupe chrétien qui prônait une relation directe avec Dieu et rejetait les croyances, le clergé et la hiérarchie. En 1933, elle siégeait à l’exécutif du Parti travailliste de l’Ontario et occupait la vice-présidence du Parti travailliste de Toronto. Elle commença par s’opposer à l’affiliation du Parti travailliste de l’Ontario à la Fédération du Commonwealth coopératif (CCF) [V. James Shaver Woodsworth*], puis elle l’appuya et se présenta sans succès comme candidate de la CCF dans la circonscription de Bracondale, à Toronto, aux élections provinciales de 1934. Elle se représenta dans la circonscription de Parkdale, aussi à Toronto, aux élections fédérales de l’année suivante. Membre du conseil provincial de la CCF depuis le début de 1936, elle travailla étroitement avec des membres du Parti communiste du Canada [V. James Bryson McLachlan] au sein d’organisations comme la Canadian League against War and Fascism, et gagna le respect à la fois des sociaux-démocrates et des communistes. Administratrice du Toronto Board of Education [V. Edith Sarah Lelean] de 1934 jusqu’à sa mort, elle était reconnue dans toute la ville pour son travail inlassable auprès des enfants défavorisés, et pour ses campagnes contre les punitions corporelles et la formation de cadets dans les écoles publiques. En 1936, elle contribua à l’organisation de la parade du Premier Mai à Toronto avec des membres du Parti communiste du Canada, collaboration qui lui valut une réprimande de la CCF. Pendant sa carrière, elle prit part au travail de nombreuses militantes, dont Elizabeth Morton*, Annie Guralnick [Buller*], Laura Lunde [Hughes*], Minnie Singer* et Harriet Irene Prenter [Dunlop].

Rose Mary Louise Wills (Henderson) mourut subitement le 30 janvier 1937, au cours d’un rassemblement où elle avait livré un discours sur la réforme pénale. Le conseil municipal de Toronto souligna son décès, les écoles de la ville mirent les drapeaux en berne, et des Canadiens de toutes les couches de la société et de toutes les allégeances politiques la louangèrent. Cette femme, dont Tom Moore, longtemps président du Congrès des métiers et du travail du Canada, avait affirmé qu’elle avait « fait plus que toute autre femme pour les femmes et les enfants du Canada », était une organisatrice infatigable, une oratrice stimulante et une auteure à la plume acérée. Elle partagea la vie et les douleurs des plus déshérités parmi les déshérités. Dotée d’un idéalisme et d’un profond humanisme, elle consacra sa vie à la création d’un monde sans guerre et sans pauvreté, où les femmes, les enfants et les travailleurs pourraient tous réaliser pleinement leur potentiel humain. À sa mort, le Toronto Daily Star déclara : « Le monde ne produit pas beaucoup de Rose Henderson. »

Peter Campbell

Outre les textes mentionnés dans la biographie, Rose Mary Louise Wills a écrit, sous le nom de Rose Henderson : « Mr. Workingman, listen ! », Industrial Banner (London, Ontario), 5 mars 1920.

AO, F 997 (Soc. of Friends (Quakers) fonds).— BAC, Déclarations de recensement du Canada de 1911, Québec, dist. Montréal (180), sous-dist. quartier Saint-Antoine (20) : 16 ; « Journal personnel de William Lyon Mackenzie King »,12–13, 17–18 janv. 1911 : www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/politique-gouvernement/premier-ministres/william-lyon-mackenzie-king/Pages/journal-mackenzie-king.aspx (consulté le 22 mars 2016) ; R233-36-4, Québec, dist. Montréal (172), sous-dist. quartier Saint-Laurent (F) : 54–55 ; R233-37-6, Québec, dist. Montréal (177), sous-dist. quartier Saint-Laurent (A) : 7 ; R3239-0-9.— BAnQ-Q, E17, 5007/19.— Swarthmore College, Pa, Peace Coll., DG 043, B, 10 (Women’s International League for Peace and Freedom, Minnesota Metro Branch).— Univ. of Toronto Libraries, Thomas Fisher Rare Book Library, ms coll. 00035 (Woodsworth Memorial Coll.).— British Columbia Federationist (Vancouver), 20 févr. 1925.— Canadian Jewish Times (Montréal), 13 févr. 1914 ; 4 juin, 30 juill. 1915.— Gazette (Montréal), 3 janv. 1912.— Halifax Citizen, 25 juin 1920.— Labour Statesman (Vancouver), 19 sept. 1924, 6 nov. 1925.— Manitoba Free Press, 30 avril 1921.— Montreal Daily Star, 15 janv. 1904, 11 sept. 1912.— Toronto Daily Star, 5 nov. 1929 ; 1–2 févr. 1937.— Workers Weekly (Stellarton, N.-É.), 2 juill. 1920.— Canadian who’s who, 1936–1937.— W. C. van den Hoonaard, The origins of the Bahá’í community of Canada, 1898–1948 (Waterloo, Ontario, 1996).— Linda Kealey, Enlisting women for the cause : women, labour, and the left in Canada, 1890–1920 (Toronto, 1998).— M. J. H. Little, No car, no radio, no liquor permit : the moral regulation of single mothers in Ontario, 1920–1997 (Toronto et New York, 1998).— John Manley, « Women and the left in the 1930s : the case of the Toronto CCF Women’s Joint Committee », Atlantis (Wolfville, N.-É.), 5 (1980), no 2 : 100–117.— Tamara Myers, « On probation : the rise and fall of Jewish women’s antidelinquency work in interwar Montreal », dans Negotiating identities in 19th and 20th century Montreal, Bettina Bradbury et Tamara Myers, édit. (Vancouver, 2005), 175–201.— Joan Sangster, Dreams of equality : women on the Canadian left, 1920–1950 (Toronto, 1989).

Bibliographie générale

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Peter Campbell, « WILLS, ROSE MARY LOUISE (Henderson) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 déc. 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/wills_rose_mary_louise_16F.html.

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Auteur de l'article:    Peter Campbell
Titre de l'article:    WILLS, ROSE MARY LOUISE (Henderson)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2019
Année de la révision:    2019
Date de consultation:    1 décembre 2020