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PAYNTER, WILLIAM CHARLES, enseignant, fermier, cofondateur d’une colonie, homme d’affaires, dirigeant de coopérative et auteur, né le 6 juillet 1866 à Owen Sound, Haut-Canada, fils de William Daniel Paynter et de Sarah Alice Doyle ; le 6 janvier 1892, il épousa à Brandon, Manitoba, Eliza (Lila) Mabel Shelvey (décédée en 1926), et de ce mariage naquirent quatre garçons, dont l’un mourut à la naissance, et trois filles, dont l’une mourut avant lui, puis le 4 janvier 1928, à Toronto, Mabel Estella Goodman (décédée en 1953), et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 18 juillet 1934 à Winnipeg et inhumé au cimetière Valley View, à Esterhazy, Saskatchewan.
La famille Paynter quitta Owen Sound en 1879 pour s’installer dans ce qui deviendrait Beulah, au Manitoba. William Charles Paynter (surnommé Will) y termina ses études. Il enseigna ensuite à l’Arrow River School, à environ dix milles de là. En 1892, il épousa Eliza (Lila) Mabel Shelvey. Deux ans plus tard, il alla habiter dans les Territoires du Nord-Ouest, ayant acquis une concession statutaire dans la vallée de la Qu’Appelle, au sud de Spy Hill, région qui, à la création de la Saskatchewan, en 1905, ferait partie de la nouvelle province. Au début des années 1890, Paynter, son père et son jeune frère Joseph Edward (qu’on appelait Ed) avaient participé, à titre d’organisateurs, aux Patrons of Industry [V. George Weston Wrigley*], mouvement qui visait une meilleure représentation législative des fermiers.
En 1895, William Charles et Joseph Edward rédigèrent la constitution de la Harmony Industrial Association, société responsable de l’organisation de la colonie coopérative qu’ils souhaitaient établir. Dans ce document, ils qualifièrent « le présent système social concurrentiel de système d’injustice et de fraude », déplorèrent les « maux émergeant de l’égoïsme du cœur humain », et proposèrent de remplacer la concurrence et la cupidité par la coopération. Ils planifièrent la création de ministères publics pour les secteurs essentiels, dont ceux de l’agriculture, de l’éducation et de l’hygiène. D’après son concept, ce dernier peut apparaître comme le précurseur du régime d’assurance-maladie : « fournir des soins médicaux et des médicaments aux membres et à leur famille sans frais personnels ». Sur la concession statutaire de William Charles, les deux frères et quelques pionniers fondèrent la colonie Hamona, appellation inspirée de la cité biblique Hamonah (qui signifie « multitude »), où Gog et ses armées connurent la défaite et furent inhumés. La prophétie du livre d’Ézéchiel (chap. xxxix, 16), selon laquelle « c’est ainsi qu’on purifiera le pays », témoigne du zèle évangélique qui animait la vision des deux hommes.
Durant plus de deux ans, la colonie ne put progresser à cause de certaines dispositions de l’Acte concernant les terres publiques de la Puissance : selon ces clauses, on allouait des concessions statutaires à des personnes plutôt qu’à des groupes, et on conférait des titres permanents aux colons seulement une fois qu’ils y avaient cultivé la terre et construit des bâtiments. Le 2 novembre 1895, Paynter écrivit au ministre de l’Intérieur, Thomas Mayne Daly*, au sujet du dilemme auquel la communauté se voyait confrontée : « Nous désirons construire tous nos bâtiments dans le village. Peut-être pourriez-vous convaincre le gouvernement de nous octroyer, en tant que compagnie, le titre de propriété pour le quart de section où nous souhaitons bâtir notre village [...], sinon nous mettrions tous les bâtiments de l’association sur la propriété d’un seul membre, et il obtiendrait le titre pour l’ensemble du lieu. » D’autres pionniers arrivèrent en 1897 et la colonie commença lentement à prendre forme. La communauté vendait du beurre à un magasin de Moosomin, commerçait avec la Canadian Co-operative Society (colonie utopique sise en Colombie-Britannique) et semblait sur la voie de l’autosuffisance. La question de la propriété collective ne se résolut toutefois qu’en juin 1898, lorsque le gouvernement de sir Wilfrid Laurier* modifia la loi.
Le petit groupe (de 50 à 60 personnes) ne subsista que jusqu’en 1900. Il se disloqua notamment parce que, contrairement aux espoirs et attentes des colons, ni la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, ni la nouvelle Canadian Northern Railway Company de William Mackenzie* et Donald Mann n’établirent une ligne secondaire qui traverserait le site. De plus, des dissensions apparurent entre les membres de ce groupe disparate, dont certains désiraient des cuisines communes et (selon certains témoignages) pratiquer l’amour libre. On distribua les biens de la colonie à l’amiable, puis chacun suivit son chemin. Paynter, sa femme et leurs enfants s’installèrent ensuite dans les environs, à Tantallon. William Charles siégea au conseil d’administration de la Hamona School pendant longtemps ; au cours d’un conflit relatif à la détermination du meilleur emplacement pour la construction d’un nouveau bâtiment, dans la vallée ou sur la colline, il suggéra avec humour qu’on devrait le munir de roues afin de satisfaire tout le monde.
Après la dissolution de la colonie, Paynter gagna principalement sa vie avec les revenus du magasin général rentable qu’il exploitait à Tantallon. En 1904, il joua un rôle majeur dans l’établissement, à cet endroit, d’une coopérative laitière qui s’avéra elle aussi prospère. En 1915, il s’engagea dans une autre coopérative : la Merchants’ Consolidated Limited. Cette société de vente en gros permettait aux marchands ruraux et généraux de rivaliser avec les grandes maisons de vente par correspondance. Le siège social se situait à Winnipeg ; Paynter se vit nommé premier président de l’organisation.
Deux ans plus tard, Paynter devint directeur et premier président des Saskatchewan Co-operative Creameries, regroupement de 16 exploitations de la province. Au contraire de la Merchants’ Consolidated, en bonne santé financière, la nouvelle coopérative se heurta à des problèmes au début des années 1920. Une lutte pour la sauvegarder s’ensuivit, attisée par les tensions idéologiques qui persisteraient dans la politique de la province : Paynter, partisan du concept d’entreprise publique, insista auprès du premier ministre, Charles Avery Dunning*, pour qu’il permette à sa coopérative de recueillir des fonds par l’émission d’obligations garanties par le gouvernement ; Dunning, plutôt en faveur des sociétés privées (en concurrence avec l’association de Paynter), refusa de lui venir en aide. En 1927, les Saskatchewan Co-operative Creameries mirent un terme à une période de plusieurs années tumultueuses en se fusionnant avec une importante compagnie privée.
Paynter rédigea The trumpet call of Canadian money and progress, livre à succès dans lequel il critiquait sévèrement le système économique du Canada. Selon l’auteur, pour stimuler l’emploi et la croissance économique, il fallait augmenter la masse monétaire, que l’on devrait déterminer en se basant non pas sur les réserves de métaux précieux de la nation, mais sur sa capacité de production et son capital (incluant ses terres, ses bâtiments et ses autres actifs). Paynter affirmait qu’une telle augmentation résulterait ainsi d’une estimation conservatrice de la vraie richesse du pays et ne donnerait pas lieu à l’impression de « monnaie de singe ». La quatrième édition du livre parut en 1932 ; Paynter appartenait alors au conseil de direction de la Canadian Currency and Banking Reform League pour la Saskatchewan.
La même année, en plein milieu du désespoir causé par la grande dépression [V. Edward Jack Bates], le gouvernement provincial nomma Paynter à sa commission d’enquête sur le secteur bancaire. Motivée par le sentiment que le système économique international vivait une crise, celle-ci exhorta le Canada à se joindre à d’autres pays afin d’établir une banque centrale. Pour Paynter, cette position représentait une évolution de son concept de banque agricole, qui prêterait de l’argent à ceux qui en avaient besoin et pas seulement à ceux qui en avaient déjà. En 1934, sur la recommandation d’une commission royale d’enquête menée par lord Macmillan, le gouvernement de Richard Bedford Bennett* promulgua une loi pour créer la Banque du Canada ; cette dernière, répondant à la nécessité d’une banque centrale, ouvrit ses portes l’année suivante. Paynter ne vécut pas assez longtemps pour assister à un tel aboutissement.
William Charles Paynter mourut en juillet 1934, à l’âge de 68 ans. Il laissait derrière lui sa deuxième femme, Mabel Estella Goodman, qu’il avait épousée en 1928 (soit deux ans après la disparition de Lila), et cinq de ses sept enfants. Sa plus jeune fille, Hazel Pearl, obtiendrait un diplôme en commerce et travaillerait pour la banque dont son père avait recommandé la création. En 1955, le gouvernement de la Fédération du Commonwealth coopératif, mené par Thomas Clement Douglas*, reconnut la contribution des frères Paynter au mouvement coopératif de la Saskatchewan en nommant une île du lac Keller en leur honneur. Sept ans plus tard, ce même gouvernement mit en place un régime d’assurance-maladie, programme social emblématique dont William Charles et Joseph Edward avaient anticipé l’établissement en rédigeant, en 1895, la constitution de la Harmony Industrial Association. Les terres sur lesquelles ils avaient installé la colonie Hamona obtinrent le titre de site historique provincial en 1986.
Nous remercions la petite-fille de William Charles Paynter, Jean Thue, pour l’information sur la famille Paynter qu’elle a partagée avec nous, ainsi que le petit-fils de ce dernier, Ken Fisher, pour la copie d’un document inédit de 1988 qu’il nous a fournie, « The Paynters », révisé par Evelyn Geach et dans lequel figure un arbre généalogique préparé par Pearl Fisher. Ce travail est mentionné dans notre livre Practical utopians : the lives and writings of Saskatchewan cooperative pioneers Ed and Will Paynter (Regina, 2004), qui contient aussi une reproduction de la constitution de la Harmony Industrial Association.
Pour la rédaction de cette biographie, nous avons notamment consulté l’ouvrage de W. C. Paynter, The trumpet call of Canadian money and progress : an ideal handbook of monetary reform (4e éd., Tantallon, Saskatchewan, 1932).
PAS, F 684 (Charles A. Dunning fonds), Coll. S-M6, file Y-15-6 (Saskatchewan Cooperative Creameries Ltd.), pp. 24955–24956 (Will Paynter to Dunning, 28 nov. 1922) ; R-348 (Department of the Provincial Secretary, Companies branch, II, Defunct companies), file 3675 (Merchants Consolidated Ltd.) ; R-513.1 (Paynter family), file 2 (Harmony Colony, c. 1939–1957), Ed Paynter to Harry J. Perrin, 13 juill. 1939.— Grain Growers’ Guide (Winnipeg), 12 mai 1915.— Alex MacDonald, Cloud-capped towers : the utopian theme in Saskatchewan history and culture (Regina, 2007).— Saskatchewan, Banking inquiry commission, Report ([Regina, 1933] ; exemplaire aux PAS, R-211.1, file 1).
Alex MacDonald, « PAYNTER, WILLIAM CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 5 mai 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/paynter_william_charles_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/paynter_william_charles_16F.html |
| Auteur de l'article: | Alex MacDonald |
| Titre de l'article: | PAYNTER, WILLIAM CHARLES |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 5 mai 2026 |