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ROBERTSON, EDWARD BLAKE, éducateur, fonctionnaire et administrateur, né le 27 février 1877 dans le comté de Lanark, Ontario, plus jeune fils de William Robertson et de Marian Watt ; le 25 décembre 1901, il épousa à Winnipeg Christina Isola Wrixon, et ils eurent un fils ; décédé le 24 octobre 1940 à Ottawa.
On connaît Edward Blake Robertson pour son rôle dans l’incident du Komagata Maru, en 1914, à titre de fonctionnaire canadien de l’immigration de rang intermédiaire. À ce moment-là, forcé par les actes de sujets de Sa Majesté d’origine indienne, le gouvernement canadien de Robert Laird Borden dut gérer une situation conflictuelle où s’opposaient la promesse de l’Empire britannique de garantir la liberté de circulation dans l’ensemble de ses dominions et une politique d’immigration canadienne qui privilégiait les Blancs.
Robertson naquit dans l’est de l’Ontario de parents d’ascendance écossaise. Son père, maître de poste dans le comté de Lanark, décida en 1879 de s’installer au Manitoba avec sa famille. Edward Blake fit ses études primaires à Pilot Mound, fréquenta l’école normale de Winnipeg, puis enseigna pendant six ans dans une école publique. En avril 1901, il entra dans la fonction publique provinciale en qualité de greffier en chef du Manitoba. Cette année-là, on le chargea d’administrer le recensement décennal.
Clifford Sifton*, ministre fédéral de l’Intérieur depuis 1896, convoqua Robertson à Ottawa en août 1903 afin de l’engager à titre privé. Le célèbre supérieur de Robertson avait, comme lui, quitté l’Ontario pour le Manitoba dans sa jeunesse. À la fin de 1904, Sifton nomma Robertson directeur adjoint de l’immigration sous William Duncan Scott*. Dans le cadre de ses fonctions, Robertson voyagea énormément au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et acquit une réputation d’expert dans son domaine. En 1905, Sifton donna sa démission et le premier ministre sir Wilfrid Laurier* le remplaça par Frank Oliver. La responsabilité de l’immigration chinoise passa du ministère de l’Industrie et du Commerce à celui d’Oliver en 1911. Le 21 septembre, les conservateurs de Borden défirent les libéraux et Robertson devint contrôleur en chef adjoint de l’immigration chinoise peu de temps après.
Les relations qu’entretenait Robertson au Manitoba s’avérèrent utiles, car, dans la première décennie du xxe siècle, l’immigration compta parmi les priorités politiques du ministre de l’Intérieur. On avait besoin d’administrateurs compétents pour gérer le déplacement massif des colons vers l’Ouest canadien. Le gouvernement de Laurier cherchait des personnes capables de défricher des terres, d’accroître la productivité de la nation et de protéger les Prairies de l’expansion américaine, dont le front pionnier commençait à disparaître à cette époque-là ; l’immigration connut ainsi un essor fulgurant. Entre 1901 et 1913, le nombre d’immigrants au Canada grimpa brusquement : il passa de 41 681 en 1900 à 400 870 en 1913, le plus haut taux annuel observé au xxe siècle. Alors que les travailleurs continuaient à affluer de l’étranger, le mouvement de protection du « Canada blanc » se faisait de plus en plus entendre. Il était particulièrement fort sur la côte du Pacifique : les immigrants chinois, japonais et sud-asiatiques se virent accusés d’être en bonne partie responsables du chômage et de la pauvreté qui sévissaient dans une Colombie-Britannique en voie d’urbanisation rapide.
En réaction à ces opinions, le gouvernement de Laurier avait haussé la taxe d’entrée imposée aux nouveaux arrivants chinois en 1903 et, en vertu d’une entente à l’amiable avec le Japon, avait limité l’immigration en provenance de ce pays en 1908. Discriminer ouvertement les immigrants venant de l’Inde s’avérait plus difficile : en tant que sujets britanniques, ils avaient en principe le droit de s’établir n’importe où dans l’Empire. Néanmoins, afin de leur bloquer l’accès, le gouvernement de Laurier adopta en 1908 deux décrets selon lesquels ces personnes, pour pénétrer au Canada, devaient posséder 200 $ et avoir effectué un « voyage sans escale » à partir de leur pays d’origine. Les autorités fédérales réussirent à persuader les sociétés de transport maritime de ne plus offrir des allers directs de l’Inde vers le Canada ; dès lors, les Indiens ne furent admis que dans de très rares circonstances [V. Harnam Kaur*].
Au printemps de 1914, Gurdit Singh, éminente personnalité indienne, décida de contester les restrictions canadiennes en matière d’immigration. Il affréta un bateau à vapeur appartenant à des Japonais, le Komagata Maru, et emmena 376 ressortissants du Panjab à Vancouver, où le navire jeta l’ancre le 23 mai. Les passagers firent valoir leur droit d’entrer au Canada en tant que sujets du roi George V, mais le gouvernement conservateur de Borden leur interdit de débarquer. Les tensions s’amplifièrent et les conditions de vie à bord du Komagata Maru se détériorèrent rapidement. Borden reçut plusieurs rapports incendiaires de Malcom Robert James Reid, l’agent d’immigration de Vancouver. Henry Herbert Stevens*, bailleur de fonds politique de Reid et député de la ville, s’opposait fermement à l’immigration venue d’Asie. Il craignait que des émeutes éclatent si le bateau restait au port et souhaitait renvoyer les passagers en Inde, par la force si nécessaire.
Robertson, au contraire, plaidait pour dénouer pacifiquement le conflit en trouvant une solution qui relèverait de la primauté du droit. Il recueillait les télégrammes et les transmettait à Borden pour le tenir au fait de la situation à Vancouver, et l’exhorta à rejeter les « pratiques dures » que suggéraient Reid et Stevens. Le premier ministre accepta la proposition de Robertson de choisir quelques migrants comme « causes types » et de les faire comparaître devant la Cour d’appel provinciale. Le 6 juillet, celle-ci conclut que le gouvernement avait le droit d’empêcher les ressortissants du Panjab d’entrer au Canada. Quand des agents fédéraux tentèrent de monter à bord du navire, des passagers lancèrent des objets et blessèrent certaines personnes. Le gouvernement eut alors recours à des unités de milice locales et dépêcha le Rainbow, croiseur de la Marine royale du Canada, à Vancouver. Le Komagata Maru repartit vers l’Inde le 23 juillet. Robertson s’arrangea pour que l’on mute Reid à un poste où il aurait moins de pouvoir.
En 1919, à sa nomination comme représentant d’Ottawa de l’Association des manufacturiers canadiens, Robertson quitta la fonction publique pour le secteur privé. Le regroupement avait créé ce poste en 1907 afin d’avoir « toujours un homme sur le terrain ». Robertson avait, entre autres responsabilités, celles d’informer les membres de ce qui se passait au Parlement et de surveiller l’influence des organisations syndicales. Il travaillerait pour l’association pendant les 21 années suivantes. Dans ses temps libres, il aimait pratiquer la pêche et la chasse ; passionné de bateaux à moteur, il appartenait en outre au Britannia Yacht Club d’Ottawa. Le 10 juillet 1940, il prit sa retraite et commença un traitement contre le cancer de la prostate. Il mourut chez lui moins de quatre mois plus tard.
Dans les dernières années du régime de favoritisme du gouvernement canadien, on considérait les liens personnels non seulement comme acceptables, mais aussi comme la meilleure qualification pour entrer dans la fonction publique. Edward Blake Robertson en est un exemple. Sifton reconnut le potentiel du jeune instituteur du Manitoba et l’intégra aux rouages administratifs de l’immigration. La véritable valeur de Robertson à titre de fonctionnaire se révéla durant la crise du Komagata Maru, lorsqu’il présenta des solutions de rechange raisonnables et légales (bien qu’empreintes de préjugés raciaux) aux idées qui provenaient directement des bureaux de l’immigration de Vancouver.
AO, RG 80-2-0-96, no 13456 ; RG 80-2-0-548, no 11571 ; RG 80-08-0-1972, no 12296.— Manitoba, Ministère de la Justice, Bureau de l’état civil (Winnipeg), no 1901-002735 (Edward Blake Robertson et Christina Isola Wrixon, 25 déc. 1901).— Canada, Bureau fédéral de la statistique, Annuaire du Canada (Ottawa), 1948–1949, 1967 ; Citoyenneté et Immigration Canada, Statistiques sur la citoyenneté et l’immigration, 1996 (Ottawa, 1999).— S. D. Clark, « The Canadian Manufacturers’ Association : a political pressure group », Rev. canadienne d’économique et de science politique (Toronto), 4 (1938) : 505–523.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), vol. 3.— H. J. M. Johnston, The voyage of the “Komagata Maru” : the Sikh challenge to Canada’s colour bar (Delhi, India, 1979 ; 2e éd., Vancouver, 1989).— South Asian Canadian Digital Arch., « Komagata Maru : continuing the journey ».
Julie Gilmour, « ROBERTSON, EDWARD BLAKE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 12 mai 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/robertson_edward_blake_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/robertson_edward_blake_16F.html |
| Auteur de l'article: | Julie Gilmour |
| Titre de l'article: | ROBERTSON, EDWARD BLAKE |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 12 mai 2026 |