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SPROATT, HENRY, architecte, né le 12 ou le 14 juin 1866 à Toronto, fils de Charles Sproatt et de Frances Jane Lawrence ; en août 1895, il épousa dans cette ville Annie Elizabeth Harris (1866–1955), et ils eurent un fils et deux filles ; décédé le 4 octobre 1934 au même endroit et inhumé au cimetière St James.
Le père de Henry Sproatt effectua un stage auprès de l’architecte Kivas Tully*. Il travailla ensuite comme ingénieur pour la Toronto, Grey and Bruce Railway Company, puis pour la Compagnie du chemin de fer du Grand Tronc. Il finit par devenir l’ingénieur en chef de la ville de Toronto. Henry, dont la famille déménagea souvent durant sa jeunesse, étudia d’abord au Collingwood Collegiate Institute. En 1882, il commença sa formation professionnelle chez l’architecte torontois Arthur Richard Denison. Quatre ans plus tard, Sproatt s’installa à New York, où l’employèrent l’agence Parfitt Brothers, de Brooklyn, et la société de George Edward Harding et William Tyson Gooch. L’expérience que Sproatt acquit auprès de Harding, connu pour la construction de gratte-ciel, s’avérerait utile dans sa carrière.
Sproatt passa deux ou trois ans à New York, puis visita le sud de la France et le nord de l’Italie. Il revint à Toronto en 1890 et ouvrit un cabinet avec l’architecte John Andrew Pearson. Un an plus tard, ils s’associèrent avec Frank Darling* et Samuel George Curry pour fonder la firme Darling, Curry, Sproatt and Pearson. En 1899, Sproatt quitta l’entreprise et forma une alliance avec Ernest Ross Rolph*, qui avait travaillé pour la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et possédait une précieuse expertise en génie. Leur collègue John MacIntosh Lyle* affirmerait ceci en 1925 : « Sproatt est le concepteur et Rolph le constructeur, une heureuse combinaison de talents bien répartis. »
Au départ, Sproatt et Rolph se consacrèrent principalement à la conception résidentielle. Les financiers Frank Wilton Baillie* et Edward Rogers Wood*, l’avocat William Miller Lash, l’homme d’affaires Edward Douglas Gooderham et l’archéologue Charles Trick Currelly* (ami de longue date de la famille Sproatt) faisaient partie de leur clientèle. Le cabinet reçut sa première grande commande commerciale en 1900, pour la conception, dans le style beaux-arts, des bureaux et de la manufacture de savon Sunlight pour la compagnie Lever Brothers Limited, sur l’avenue Eastern à Toronto. La firme réalisa des projets similaires, dont des entrepôts pour la Southam Limited (1908) et la J. B. Maclean Publishing Company of Toronto Limited (1911), et des usines pour la Christie, Brown and Company (1913), l’Aikenhead Hardware Limited (1913) et la Gutta Percha and Rubber Manufacturing Company of Toronto, Limited (1914). Au cours des deux décennies suivantes, l’entreprise élargirait sa pratique commerciale. Sproatt et Rolph reprirent le style des bureaux de la savonnerie Sunlight en 1924 pour la conception du siège social de la Compagnie d’assurance sur la vie, dite des Manufacturiers, rue Bloor Est. Parmi leurs clients, ils comptaient également le Conseil national de recherches, société d’État fédérale dont ils conçurent et bâtirent le siège social : un imposant édifice sur la promenade Sussex à Ottawa (1930–1932).
Dans les années 1920, Sproatt et Rolph collaborèrent avec la firme montréalaise Ross and MacDonald pour plusieurs projets, notamment l’agrandissement du magasin de la T. Eaton Company à Montréal (1925–1927) et la construction de son immeuble dans la rue College à Toronto (1928–1930), et la réalisation de l’hôtel Royal York dans la même ville (1927–1929). À la fin de la décennie, Sproatt et Rolph se lancèrent dans la conception de gratte-ciel, d’abord comme architectes-conseils pour l’agence de F. Hilton Wilkes et pour la Mathers and Haldenby, avec laquelle ils avaient bâti le Canada Permanent Building dans la rue Bay (1928–1930). Ils conçurent ensuite le siège social, avenue University, de la Compagnie d’assurance du Canada sur la vie (1929–1930), illustration par excellence du style beaux-arts à son échelle grandiose typique. En 1934, dans la même rue, la firme commença à travailler à une tour de style art déco, qu’elle greffa au siège social de la Commission d’énergie hydroélectrique de l’Ontario [V. sir Adam Beck*] (projet achevé après la mort de Sproatt).
Le bureau d’architectes connut ses principaux succès dans le domaine de la conception d’établissements d’enseignement supérieur (notamment avec une série d’édifices néogothiques à Toronto et ailleurs). Parmi ses premières réalisations en cette matière figurent la Birge-Carnegie Library (1909–1910), et la résidence et le réfectoire Burwash Hall (1911–1913 ; ajout en 1931), tous deux pour le Victoria College à la University of Toronto. En 1911, Chester Daniel Massey, fils du philanthrope Hart Almerrin Massey*, chargea Sproatt et Rolph de concevoir et de bâtir un centre d’athlétisme et un club d’activités pour les membres masculins du corps professoral et étudiant. Retardée par la Première Guerre mondiale, la construction de la Hart House se termina en 1919. Un fonds créé par d’anciens étudiants de l’université finança l’ajout de la Soldiers’ Memorial Tower (1922–1923). En 1920, l’établissement reconnut la réussite du projet de la Hart House en décernant à Sproatt un doctorat honorifique en droit ; en 1925, l’American Institute of Architects fit de même en remettant à l’agence sa médaille d’or pour les réalisations institutionnelles. Le 18 janvier 1926, Sproatt et Rolph se virent élus membres du Royal Institute of British Architects, distinction reçue jusque-là par un seul architecte canadien, Frank Darling. Plus tard dans la même année, Sproatt fut nommé président de l’Académie royale des arts du Canada, devenant ainsi le premier architecte à occuper cette fonction. En décembre, on organisa un dîner officiel à la Hart House pour célébrer les réalisations de l’agence et la profession d’architecte au Canada. Parmi les autres projets néogothiques de Sproatt et Rolph figurent des chapelles pour le Bishop Ridley College (1921–1923) à St Catharines et la Bishop Strachan School (1926) à Toronto, l’Emmanuel College et deux résidences pour le Victoria College à la University of Toronto (1930–1931), et l’église presbytérienne Knox (1932–1933) à Ottawa.
Malgré sa réputation d’homme calme et effacé, Sproatt s’impliqua dans de nombreuses organisations bénévoles et professionnelles. D’allégeance conservatrice et fidèle de l’église anglicane St Paul de la rue Bloor, il servit de 1884 à 1886 dans le 2nd Battalion of Rifles (Queen’s Own Rifles of Canada), unité de milice de Toronto. Il devint membre du Canadian Institute en 1900 et de l’Archaeological Institute of America en 1909. Il siégea au conseil de l’Ontario Association of Architects et aux conseils consultatifs de l’Ontario College of Art, de l’Art Gallery of Toronto et de l’Institut royal d’architecture du Canada. Il présida l’Arts and Letters Club et la St George’s Society de Toronto, et appartint au Royal Canadian Yacht Club, au National Club, au Toronto Golf Club et au Toronto Cricket Club. Expert en art chinois et en argenterie géorgienne, il collectionnait en outre des peintures, des gravures de portraits et des documents historiques. Il passait son temps libre à sa ferme de Canton, près de Port Hope.
Pour Henry Sproatt, l’architecture était un art ; son engagement auprès du Toronto Architectural Eighteen Club, qui cherchait à mettre en évidence la valeur artistique d’édifices importants, en témoigne. Au fil de sa carrière, il se vit reconnu comme l’un des plus grands spécialistes du style néogothique dans le monde anglophone. Selon son ami Charles Trick Currelly, Sproatt aurait affirmé ceci : « Chaque style a sa place, mais l’architecture universitaire gothique est la seule architecture développée pour le travail éducatif. Elle s’est avérée un succès et une joie. Pourquoi s’en débarrasser ? » Des années plus tôt, un de ses collègues, Francis Spence Baker, avait noté que « les superbes réalisations de M. Sproatt, surtout, peut-être, ces structures gothiques universitaires aujourd’hui connues pour leur beauté, guideront beaucoup la réflexion et l’action de ceux qui envisagent le métier de la construction à l’aune des normes artistiques supérieures ». Le fils de Sproatt, Charles Beverly, suivit ses traces, et poursuivit le travail de son père et de Rolph jusqu’en 1970.
Les AO conservent le Sproatt and Rolph fonds (C 292), qui contient environ 8 400 dessins architecturaux de projets issus de différentes municipalités de l’Ontario, ainsi que des ouvrages de référence produits par de nombreux autres architectes. Le fonds comporte également 782 photographies et 58 documents textuels, dont un album regroupant des projets d’autres firmes de Toronto, des preuves de publications relatives aux bâtiments de Henry Sproatt et d’Ernest Ross Rolph, et des certificats confirmant les liens de Sproatt avec l’Ontario Association of Architects, l’Académie royale des arts du Canada et le Royal Institute of British Architects.
Ancestry.com, « Listes des passagers en partance, Royaume-Uni et Irlande, 1890 à 1960 », Henry Sproatt.— AO, RG 7-137 (Factory Inspection Branch blueprints and drawings) ; RG 80-8-0-1485, no 006565.— BAC, R233-177-0-F, Ontario, dist. Toronto Nord (126), sous-dist. Quartier no 2 (46) : 11 ; R233-37-6-F, Ontario, dist. York Ouest (131), sous-dist. Toronto – Quartier no 6 (G), div. 3 : 10.— Find a Grave, « Henry Sproatt », memorial no 103942000.— Musée des beaux-arts du Canada, Bibliothèque et Arch. (Ottawa), RG 2 (National Gallery of Canada fonds), boîte 84, dossier 3, Sproat and Rolph bookplates by A. S. Carter.— Univ. of Toronto Libraries, Thomas Fisher Rare Book Library, ms coll. 00047 (Henry Sproatt coll.), scrapbooks.— UTARMS, A1973-0050/164.— Evening Telegram (Toronto), 8 mai 1925.— Globe, 7 févr. 1900 ; 29 janv. 1901 ; 16 juin 1908 ; 12 sept. 1912 ; 31 mars, 19 oct. 1915 ; 12 nov. 1919 ; 11, 18 nov. 1922 ; 21 mai, 4 juin, 31 juill. 1923 ; 11 juin 1924 ; 15 janv., 21 nov. 1925 ; 12 févr., 20 nov., 17 déc. 1926 ; 28 mars, 3 avril, 23 nov. 1929 ; 31 oct. 1930 ; 9 févr. 1931 ; 20 sept., 6 oct. 1934.— Globe and Mail, 9 juin 1937, 1er déc. 1939, 2 oct. 1959, 18 juill. 1990.— New York Times, 6 oct. 1934.— Toronto Daily Star, 13 mai 1925.— J. B. Bickersteth, « Hart House, University of Toronto », Architectural Forum (New York), 40 (janvier–juin 1924) : 11–16.— Canadian Architect and Builder (Toronto), 4 (1891) : 31 ; 13 (1900) : plates 7a, 7b.— Angela Carr, « 620 University Avenue : twentieth-century historicism », Toronto Region Architectural Conservancy, ACT (Toronto), septembre 1989 : 16–22.— Construction (Toronto), 13 (1920) : 137–161, 170–171 ; 27 (1934) : 129.— C. T. Currelly, « Henry Sproatt », Institut royal d’architecture du Canada, Journal (Toronto), 11 (1934) : 151.— Directory of British architects, 1834–1914, Antonia Brodie et al., compil. (2 vol., Londres et New York, 2001).— Robert Hill, « Sproatt and Rolph », dans Macmillan encyclopedia of architects, A. K. Placzek, édit. (4 vol., New York et Londres, 1982), 4 : 118.— Institut royal d’architecture du Canada, Journal, 4 (1927) : 393 ; 9 (1932) : 265.— J. M. Lyle, « Sproatt and Rolph – an appreciation », Institut royal d’architecture du Canada, Journal, 2 (1925) : 126–127.— Middleton, Municipality of Toronto, vol. 2 : 54.— W. N. Moorhouse, « Ernest Ross Rolph », Institut royal d’architecture du Canada, Journal, 35 (1958) : 239.— C. B. Sproatt, « Emmanuel College and residences », Institut royal d’architecture du Canada, Journal, 9 (1932) : 181–188.— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), vol. 2.— C. H. C. Wright, « The University of Toronto », Institut royal d’architecture du Canada, Journal, 2 (1925) : 5–16.
Angela K. Carr, « SPROATT, HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 mai 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/sproatt_henry_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/sproatt_henry_16F.html |
| Auteur de l'article: | Angela K. Carr |
| Titre de l'article: | SPROATT, HENRY |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 26 mai 2026 |