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WILCOX, CHARLES SEWARD, industriel et philanthrope, né le 16 mars 1856 à Painesville, Ohio, cadet des sept enfants d’Aaron Wilcox, marchand, et d’Eliza Jane Morley ; le 11 juillet 1907, il épousa à Camden Town (Londres) Margaretta Muhlenberg Morley (1869–1958), et ils eurent une fille ; décédé le 6 juin 1938 à Hamilton, Ontario, et inhumé à Painesville.
Charles Seward Wilcox naquit dans l’aisance : son père, homme d’affaires prospère, deviendrait propriétaire de banque, homme politique et juge. Charles Seward fréquenta l’école publique de Painesville avant de s’inscrire au Dartmouth College à Hanover, dans le New Hampshire, puis à la Sheffield Scientific School du Yale College à New Haven, au Connecticut, où il obtint une licence en philosophie en 1879. La même année, son frère aîné, Aaron Morley, et des hommes d’affaires de l’Ohio expérimentés en production de fer décidèrent de louer, puis de rouvrir les laminoirs du Great Western Railway à Hamilton, fermés depuis 1872. Ils voulaient saisir l’occasion créée par l’instauration récente de la Politique nationale de sir John Alexander Macdonald*, qui avait fixé des tarifs élevés sur de nombreux produits d’importation pour protéger de la concurrence étrangère les industries canadiennes naissantes. En fabriquant du fer au nord de la frontière grâce à l’Ontario Rolling Mills Company, leur entreprise nouvellement fondée, ils pouvaient pénétrer le marché canadien sans avoir à payer les droits de douane. Charles Seward Wilcox fit ses premières armes d’homme d’affaires dans cette société et passa une décennie à gravir les échelons en assumant des responsabilités de plus en plus importantes : on le nomma membre du conseil d’administration et secrétaire en 1880, vice-président et trésorier en 1887, puis directeur général en 1890.
L’Ontario Rolling Mills Company commença par produire du fer puddlé à partir de riblons et se développa graduellement. Elle acquit une clouterie avoisinante en 1879, puis absorba la Hamilton Iron Forging Company en 1890. La même année, les administrateurs envisagèrent pour la première fois d’ouvrir une aciérie. En 1892, avec ses 550 salariés, l’Ontario Rolling Mills Company comptait parmi les principaux employeurs de la ville. Sept ans plus tard, le conseil d’administration décida d’agrandir l’exploitation, pour inclure la production d’acier, en fusionnant avec la Hamilton Blast Furnace Company Limited, productrice de fonte brute établie quatre ans auparavant par d’éminents hommes d’affaires locaux, dont William Southam et John Milne*. On donna le nom de Hamilton Steel and Iron Company Limited au fruit du regroupement. Wilcox, qui en devint directeur général, accéderait à la présidence en 1903, à la mort d’Andrew Trew Wood*.
La Hamilton Steel and Iron Company Limited mit sur pied une aciérie de taille modeste en 1900. Au cours de ses dix premières années, l’entreprise occupa le quatrième rang parmi les plus importantes sidérurgies au Canada, derrière la Dominion Iron and Steel Company Limited de Henry Melville Whitney*, la Nova Scotia Steel and Coal Company Limited de John Fitzwilliam Stairs* et l’Algoma Steel Company Limited de Francis Hector Clergue. En 1910, Wilcox, représentant principal de la Hamilton Steel and Iron Company Limited, conclut une entente visant à fusionner celle-ci avec quatre autres sociétés : la Canada Screw Company de Cyrus Albert Birge*, dont Wilcox était l’un des administrateurs, la Canada Bolt and Nut Company de Lloyd Harris, dont les usines de finissage d’acier étaient dispersées dans le sud de l’Ontario, la Montreal Rolling Mills Company, régie par le financier William Maxwell Aitken*, et la Dominion Wire Manufacturing Company Limited, autre entreprise montréalaise. Il en résulta la Steel Company of Canada Limited (plus tard connue sous le nom de Stelco), grande société détenant des installations intégrées de production d’acier. On nomma Wilcox président et Robert Hobson* directeur général. Les deux hommes établirent une relation de travail dynamique dans laquelle la nature sobre, sérieuse, taciturne et conservatrice de Wilcox, et la personnalité flamboyante et l’audace entrepreneuriale de Hobson s’équilibraient. Sous leur direction, on restructura, modernisa et agrandit les usines. Même si la dépression de 1913 à 1915 toucha durement la société – selon la légende, elle mena Wilcox à déambuler dans l’usine en fermant les lumières pour économiser –, les fortes demandes en munitions engendrées par la Première Guerre mondiale permirent à la Stelco de rebondir. En 1920, elle deviendrait l’entreprise sidérurgique la plus grande et la plus prospère du pays. Quatre ans plus tôt, Wilcox avait cédé son poste de président à Hobson et pris la tête du conseil d’administration, fonction qu’il occuperait jusqu’à sa mort.
Pour rester rentables dans une industrie exposée à des pénuries de matières premières, à d’importants frais généraux, aux fluctuations de la demande des consommateurs et à la concurrence étrangère, les aciéries canadiennes cherchaient à utiliser leur personnel aussi efficacement et économiquement que possible. Sous les ordres de Wilcox, la Hamilton Steel and Iron Company Limited et sa successeure, la Stelco, firent fonctionner leurs laminoirs 12 heures par jour, mécanisèrent la production au maximum et confièrent les tâches moins qualifiées à des migrants, surtout issus de villages ruraux du sud et de l’est de l’Europe. En 1902, un arrêt de travail pénible, durant lequel on substitua ces nouveaux arrivants aux grévistes canadiens, marqua un tournant dans les pratiques d’embauche de l’organisation. Les migrants recevaient de bas salaires et affichaient un taux de roulement important, car la plupart d’entre eux n’effectuaient que de courts séjours, le temps d’envoyer de l’argent à leur famille en Europe. L’entreprise chercha à retenir ses employés les plus compétents en essayant de leur garantir un poste stable et en introduisant graduellement des avantages sociaux, dont un régime de participation aux bénéfices en 1913 et un régime de retraite sept ans plus tard. Cependant, la société appliquait principalement un style de gestion autoritaire et n’acceptait aucune syndicalisation. Entre les années 1900 et 1920, il y eut néanmoins 16 grèves à la Hamilton Steel and Iron Company et à la compagnie qui lui succéda, la Stelco ; les ouvriers en gagnèrent 7 et en perdirent 9.
Connu pour être un homme calme, discret et réservé, Wilcox ne joua jamais un rôle de leader dans des organisations diversifiées telle l’Association des manufacturiers canadiens. Malgré tout, ses intérêts commerciaux s’étendirent dans plusieurs directions et le menèrent à occuper des fonctions d’administrateur dans de vastes réseaux interreliés. À divers moments, il fut administrateur de deux autres sociétés établies à Hamilton : la Sawyer-Massey Company Limited, fabricante de matériel agricole, et la Tuckett Tobacco Company Limited, fondée par George Elias Tuckett*. Dans d’autres domaines, Wilcox se joignit aux conseils de la Canadian Cereal and Milling Company Limited et de la Canada Crushed Stone Corporation Limited. Il siégea aussi pendant une courte période au comité directeur du North American Pulp and Paper Companies Trust. Il compta parmi les administrateurs de nombreuses sociétés financières, notamment la Crown Life Insurance Company, la Home Foreign Securities Corporation, la Mercantile Trust Company of Canada Limited, la Banque royale du Canada et la Traders’ Bank of Canada.
Wilcox était prêt à consacrer une partie de sa fortune à des œuvres caritatives. En 1906, il devint administrateur de la Hamilton Health Association, nouvellement fondée, qui, cette année-là, ouvrit le Hamilton Mountain Sanatorium for Consumptives afin de lutter contre la propagation de la tuberculose dans la ville. Il servit au conseil pendant de nombreuses années et financerait la mise sur pied d’une station de radio interne pour les patients. Des mois avant sa mort, il fit un don de 251 917,30 $ au sanatorium pour la construction du Wilcox Pavilion, pouvant accueillir 174 patients. Il manifesta une préoccupation semblable dans le but de réduire le prétendu chahut public causé par les enfants de la classe ouvrière. En 1909, sa femme, Margaretta Muhlenberg, et lui devinrent membres du premier comité directeur de la Hamilton Playgrounds Association ; un an plus tard, Wilcox offrit un terrain pour l’aménagement d’un parc qui prendrait le nom de Wilcox Playground. En 1930, en reconnaissance de son influence sur la ville et de ses contributions à celle-ci, on renomma l’allée Harvey, adjacente à l’usine Stelco, rue Wilcox.
Comme tous les industriels de Hamilton, le riche Wilcox vivait dans un quartier chic. Dans ses temps libres, il côtoyait d’autres membres masculins de l’élite au Hamilton Club, au Royal Hamilton Yacht Club, au Hamilton Golf and Country Club, au Tamahaac Club et, avec beaucoup d’enthousiasme, à l’Ontario (Thistle) Club, où il jouait au curling. Les dimanches, il fréquentait en famille l’église anglicane Ascension, où il fut marguillier de 1913 à 1915. À la mort de Wilcox en 1938, le New York Herald Tribune le décrivit comme l’« un des industriels les mieux nantis du dominion ». On évalua sa succession à 2 065 861 $.
Charles Seward Wilcox était l’exemple même du nouveau type de capitaliste d’entreprise qui apparut dans le dominion au début du xxe siècle. Plus instruit, plus fortuné et plus distant que ses prédécesseurs du monde des affaires canadien, il aborda de front tant l’industrie que la finance, en évoluant à bien plus large échelle et avec beaucoup plus de pouvoir. À titre de membre d’une classe capitaliste nationale émergente, il contribua au remodelage de l’économie canadienne en créant de nouvelles industries et structures d’entreprise.
La collection du Chedoke Hospital de Hamilton (autrefois appelé Hamilton mountain Sanatorium for Comsumptives) contient un portait de Charles Seward Wilcox, accessible sur le site Flickr.
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Craig Heron, « WILCOX, CHARLES SEWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 avril 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/wilcox_charles_seward_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/wilcox_charles_seward_16F.html |
| Auteur de l'article: | Craig Heron |
| Titre de l'article: | WILCOX, CHARLES SEWARD |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 22 avril 2026 |