DCB/DBC Mobile beta
+

ATECOUANDO (Athiconando, Decwando, Descouando, Adeawando, Addeawando, Adiawonda, Adeawanadon, Athurnando, Beawando, Dewando, Deowando, Edewancho, Ontaniendo), chef important de la tribu abénaquise des Pégouakis ; circa 1701–1726.

Parmi les différentes orthographes de son nom, celles qui ne sont pas dues à des dénaturations commises par des copistes se divisent en deux groupes donnant différents noms abénaquis : attekȣe-haµnedo, « la force de l’esprit du cerf » et atié-haµnedô, « la force de l’esprit du chien ». L’emploi de ces deux noms abénaquis semble être une coïncidence, puisque les événements prouvent que, sous toutes ces appellations, il n’y avait vraisemblablement qu’une seule et même personne. En effet, Edward Tyng* utilise dans une lettre les noms de Decwando et de Deowando pour désigner la même personne. Les noms du type Decwando ont eu la préférence ; Ramezay et Bégon*, citant le père Joseph Aubery* qui connaissait le chef ainsi que le langage abénaquis, ont écrit Athiconando (ce dernier nom n’a aucune signification mais provient sans doute d’une erreur d’écriture du nom Athicouando). Aubery lui même écrivait Atecouando.

Dans les documents les plus anciens, on a prétendu qu’Atecouando était un Penacook. Il semble avoir prêché la guerre au cours de l’agitation qui eut lieu pendant l’été de 1688 et qui précéda le début de la guerre de la ligue d’Augsbourg. Le 29 novembre 1690, il assista aux pourparlers de paix, et à l’échange de prisonniers entre les Abénaquis et les Anglais qui se passa « sur l’eau, en canots », près de Sagadahoc, à l’embouchure de la rivière Kennebec, dans le Maine. C’est en 1701 que se révélèrent ses qualités de chef, lorsqu’il représenta les Pégouakis dans leurs négociations avec les Anglais. Le 3 juin de cette année-là, en effet, six chefs abénaquis signèrent la paix avec la Nouvelle-Angleterre et promirent de faire leur possible pour convaincre les Indiens abénaquis qui se trouvaient alors au Canada de participer à cette entente. Ils n’acceptèrent pas cependant de cesser leurs voyages au Canada car, s’ils s’étaient pliés à cette condition, ils seraient devenus totalement dépendants des Anglais pour leurs approvisionnements. Ils refusèrent en outre de recevoir des missionnaires anglais. Atecouando était l’un des deux sachems de « Narrackamagog » qui signèrent l’accord. En décembre de la même année, lui et un autre « Sagamore d’Arrocomecoog » envoyèrent Sampson Hegan, Bomoseen et d’autres émissaires à Boston. (Le fort indien de « Narracomecock » était situé à la source de la rivière Saco et correspondait sans doute à Pégouaki (Pequawket, l’actuel Fryeburg, Maine). Il ne faut toutefois pas le confondre avec Narracomecok situé sur la rivière Androscoggin.) Atecouando fut un des chefs pégouakis qui participèrent aux pourparlers du traité de 1702 à Sagadahoc ; il fut aussi l’un des trois chefs de Pégouaki et de Penacook (l’actuelle Concord, N.H.), qui signèrent un traité à la baie de Casco (Portland, Maine), le 20 juin 1703. Nescambiouit était également un important chef pégouaki, mais Atecouando semble être devenu le principal chef de la tribu vers 1706 puisqu’à cette époque il emmena tout son village au Canada pour l’établir à la mission de la rivière Saint-François.

Au cours de la guerre de Succession d’Espagne, une partie des Pégouakis se dispersèrent dans d’autres missions et plusieurs d’entre eux moururent. En 1713, à la fin de la guerre, les Pentagouets et les Canibas firent la paix avec les Anglais (V. Mog) ; au mois de juillet de l’année suivante, Atecouando et d’autres chefs pégouakis ratifièrent le traité à Portsmouth, N.H. Les Indiens désiraient vivement la fondation de postes de traite vers l’Est. Ils réaffirmèrent leurs droits sur le territoire mais invitèrent les Anglais à résider à Cocheco (Dover, N.H.) et à Saco (Maine). Au dernier moment, les Anglais déclarèrent que les Indiens étaient des sujets de la reine et que, par conséquent, toute la région de l’Est lui appartenait. Il est douteux que les Indiens aient compris ce qu’impliquait la revendication.

Au cours de l’hiver de 1714–1715, la famille d’Atecouando retourna à Pégouaki pour se livrer à la chasse et ensemencer ses champs le printemps suivant. En août 1715, le chef revint à Saint-François pour demander à Rigaud de Vaudreuil la permission d’emmener à Pégouaki tous les Indiens qui se trouvaient à Saint-François et à Bécancour, ainsi que le père Aubery. Il espérait en outre attirer quelques Indiens de la tribu des Loups, probablement les Scaticooks, qui vivaient près du fort Orange (Albany, N.Y.). Du fait que les Français considéraient Saint-François comme une place importante dans la défense de la Nouvelle-France, ils tentèrent de le dissuader de retourner au pays natal de sa tribu. Il insista cependant, peut-être à cause de la supériorité des marchandises anglaises qui servaient à la traite, et forma un village d’environ 25 familles. Il promit de retourner au Canada en cas de guerre. Le 12 août 1717, il fut l’un des chefs qui signèrent la ratification des traités de 1713 et 1714, à Georgetown, dans le Maine (V. Wowurna). Certains membres de sa tribu assistèrent à une assemblée tenue à Georgetown, en juillet 1721, et à une autre à Narantsouak (l’actuel Old Point à South Madison, Maine), en octobre de la même année, mais on ignore si Atecouando était parmi eux.

En 1722, les hostilités, que les historiens de la Nouvelle-Angleterre appellent la guerre de Lovewell, éclatèrent entre les Anglais et les Abénaquis. Il semble qu’Atecouando tint parole et retourna à cette époque à Saint-François puisque, apparemment, il ne prit pas part aux incursions qu’entreprit un groupe de Pégouakis, commandé par Paugus. On peut penser qu’il retourna à Pégouaki à la fin de 1726. Bien que, cette année-là, Jacob Wendell n’ait recensé que sept hommes dans la tribu des Pégouakis, le recensement fait en novembre par John Gyles* enregistre « Edewancho » comme le chef de 24 guerriers à cet endroit.

C’est le dernier fait certain que nous connaissions au sujet d’Atecouando. Au traité signé à Falmouth (Portland, Maine), en juillet 1727 (V. Wenemouet), on n’inscrivait pas les noms de chacun des chefs pégouakis mais, parmi les chefs des Arosaguntacooks de Saint-François, nous trouvons « Suzack, fils de Beawando », qui était sans doute Sozap, le fils d’Atecouando. On peut donc en déduire que ce dernier était déjà mort ou trop impotent pour venir à Falmouth. Quelques Indiens demeurèrent à Pégouaki jusqu’au début de la guerre de Succession d’Autriche en 1744. Une poignée d’entre eux se joignit alors aux Anglais mais la majorité reprit probablement le chemin de Saint-François. Une vingtaine d’années après le traité de Falmouth, on voit apparaître un certain Jérôme Atecouando*, comme grand chef de la nation de Saint-François, mais sa parenté avec le premier Atecouando n’est pas certaine. Jérôme était peut-être le fils d’Atecouando de Pégouaki et le « Saarom » du traité de Falmouth, ou était-il plus jeune que Sozap, ce qui expliquerait qu’il n’ait pas été mentionné dans ce document.

Gordon M. Day

Archives du Séminaire de Nicolet, Joseph Aubery, Dictionnaire Abnaquis-François, 157, 161, 183, 242, 258, 435 ; Dictionnaire François-Abnaquis, 128.— AN, Col., B, 38, f.452 ; Col., C11A, 35, ff.62–65.— Coll. de manuscrits relatifs à la N.-F., III : 23, 58.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 194748 : 296305, 332.— Documentary hist. of Maine, V : 164166 ; VI : 436 ; IX : 145 ; X : 50s., 8795 ; XXIII : 31s 6769, 291.— JR (Thwaites), LXVII : 2837 ; LXIX : 72s.— Maine Hist. Soc. Coll., 1re sér., III (1853) : 355358, 361375, 377412.— Mather, Magnalia Christi Americana, 609s.— New Eng. Hist. and Geneal. Register, XX : 9.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 904.— Penhallow, Hist. of wars with Eastern Indians (1859), 16.— Frederick Kidder, The Abenaki Indians ; their treaties of 1713 and 1717… (Portland, 1859), 2023 ; The expeditions of CaptJohn Lovewell... (Boston, 1865), 108.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Gordon M. Day, « ATECOUANDO (circa 1701-1726) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/atecouando_1701_1726_2F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/atecouando_1701_1726_2F.html
Auteur de l'article:   Gordon M. Day
Titre de l'article:   ATECOUANDO (circa 1701-1726)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   21 août 2014