Sports et sportifs

Titre original :  1905 Ottawa Silver Seven Pictures, Images and Photos

Provenance : Lien

Introduction

Désireuse de souligner le centième anniversaire de la formation de la Ligue nationale de hockey et le cent vingt-cinquième anniversaire de la création de la coupe Stanley en 2017, l’équipe du Dictionnaire biographique du Canada/Dictionary of Canadian Biography (DBC/DCB) a préparé l’ensemble thématique Sports et sportifs. Les biographies qui le composent traitent non seulement de hockey, sport national canadien par excellence, mais également de plus de 50 autres sports. Elles offrent ainsi un panorama de l’évolution des sports, de leur pratique par les Canadiens et des exploits sportifs qui ont marqué l’imaginaire collectif.

Pour assurer la survie et la croissance de la Nouvelle-France, les colons et les autorités ont dû fournir des efforts considérables. Les sports ont néanmoins ponctué la vie quotidienne aux xvie, xviie et xviiie siècles et ont été l’occasion de démontrer vitesse, agilité et force, autant de qualités valorisées à cette époque d’appropriation du sol et de quête de fourrures. Certains sports pratiqués par les nations amérindiennes, comme la crosse et les courses de raquette, ont notamment été adoptés. La Conquête a quant à elle favorisé l’implantation d’activités propres à la tradition sportive des îles britanniques et irlandaises et particulièrement de l’Écosse, tels le golf et le curling.

Le sport a constitué un marqueur culturel significatif à cette époque, ainsi qu’aux xixe et xxe siècles. La pratique d’activités sportives, et particulièrement d’activités requérant temps et argent, comme les sports équestres, le cricket, le yachting et la chasse et la pêche sportives, a représenté une stratégie privilégiée pour les membres des classes moyenne et supérieure de montrer leur statut social, tout comme l’implication dans l’organisation ou l’administration d’un club ou d’une ligue, et dans la participation financière à l’aménagement de gymnases, de pavillons de pêche et d’autres d’infrastructures sportives. La présence de ces clubs et de ces ligues découle d’une lente structuration du sport tout au long du xixe siècle, qu’une pratique de plus en plus importante a imposée. Montréal, alors métropole du pays, a été le théâtre de l’émergence du sport organisé canadien. La fondation, en 1807, du Montreal Curling Club par un groupe d’Écossais, dont Thomas Blackwood, George Garden et Alexander Skakel, en constitue l’une des premières traces. La formation d’organisations locales a progressivement conduit à la création d’associations provinciales et nationales, puis à la codification et l’harmonisation des règlements de plusieurs sports, auparavant caractérisés par des variations régionales plus ou moins prononcées. Cette structuration du sport a essentiellement été réalisée par des personnes qui en avaient l’argent et le temps, aristocrates, bourgeois, officiers militaires et autres membres des classes moyenne et supérieure. De telles organisations leur ont permis de sociabiliser et de développer leur sport tout en en contrôlant l’accès.

La ségrégation socioéconomique, raciale et ethnique [V. George Godfrey], caractéristique de plusieurs sports, s’est atténuée à partir du troisième quart du xixe siècle, grâce à l’amélioration des salaires et la réduction du nombre d’heures travaillées par les membres des classes populaires, clés d’une pratique sportive accrue, et à l’essor du sport professionnel, qui a permis à plusieurs personnes d’origine modeste, comme Edward Hanlan, figure prestigieuse de l’histoire du sport canadien, de tirer un revenu de leurs performances – suivies par un nombre toujours plus élevé de curieux et de fidèles – et parfois d’en vivre. Plusieurs membres des classes moyenne et supérieure ont associé la rémunération des athlètes à une trahison de l’idéal du sport amateur, soit le dépassement pour lui-même. Ils ont également vu d’un mauvais œil la présence grandissante des membres des classes populaires au sein de plusieurs sports, craignant, par exemple, qu’un simple pêcheur, comme Hanlan, puisse concourir avec des gentlemen à l’aviron et les vaincre. Ils ont ainsi tenté, sans grand succès, de limiter la croissance du sport professionnel et de freiner la démocratisation du sport en imposant des sanctions aux sportifs salariés membres d’une association amateur et en restreignant l’accès aux clubs, aux ligues et aux compétitions. Les tensions entre les partisans du sport amateur et du sport professionnel ont culminé en 1906 avec un schisme au sein de l’organisation nationale de gestion du sport amateur, la Canadian Amateur Athletic Union, relaté dans la biographie de son secrétaire Norton Hervey Crow, au cœur des « guerres du sport amateur » (1906–1909).

Le sport a constitué, par ailleurs, un vecteur d’affirmation de la masculinité. La force, l’endurance, voire le courage de se mesurer à l’adversaire lors de parties de hockey et de crosse marquées par la violence, particulièrement présente dans ces sports au xixe siècle et au début du xxe, ont représenté autant de traits de caractère dont le développement, chez les jeunes hommes, et l’expression, à tout âge, ont été valorisés.

Le sport a formé un univers longtemps presque exclusivement masculin. Considérées comme des êtres fragiles peu portés à la compétition et gênées par des vêtements peu propices à la pratique du sport, les femmes ont été reléguées, sauf exceptions, au rôle de spectatrices ou de déléguées à la remise des médailles. Le sport féminin s’est développé néanmoins à partir du milieu du xixe siècle, d’abord au sein des classes moyenne et supérieure. De la même manière que pour les hommes, la hausse de la pratique a mené à la formation d’organisations féminines régionales, provinciales et nationales, de même qu’à la participation de Canadiennes à des compétitions internationales [V. Velma Agnes Springstead]. Leur intégration aux sports où la robustesse est de mise (hockey, crosse, boxe et autres) a cependant été un peu plus tardive. Elle a été ralentie par une perception liant la femme à la délicatesse perpétuée et raffermie, sauf exception  Helen Letitia Mooney (McClung) a encouragé la pratique du football tant chez les garçons que chez les filles , par les programmes d’éducation physique dans les établissements scolaires et les pensionnats autochtones [V. Joseph Hugonard].

Certains hommes d’affaires, hommes politiques et gouverneurs généraux du Canada ont offert des trophées aux sportifs canadiens dans le but de souligner l’excellence et de favoriser la pratique du sport. Le plus célèbre d’entre eux demeure la coupe Stanley, créée en 1892 pour récompenser la meilleure équipe amateur de hockey au pays. Présent du gouverneur général Frederick Arthur Stanley, 1er baron Stanley, elle a été remise pour la première fois le 9 mars 1893 à l’Association des gymnastes amateurs de Montréal. Les coupes Minto à la crosse et Grey au football, respectivement créées en 1901 et 1909, et données par Gilbert John Murray-Kynynmound Elliot, 4e comte de Minto, et Albert Henry George Grey, 4e comte Grey, ont également acquis le statut de symbole sportif canadien. Des athlètes ayant marqué leur discipline, comme le gardien de but du Canadien de Montréal Georges Vézina, ont aussi donné leur nom à un trophée créé en leur honneur.

Les tenants du mouvement de réforme morale et sociale aux xixe et xxe siècles ont joué de même un rôle significatif dans la promotion du sport et la démocratisation de sa pratique. Soucieux d’assainir les mœurs et de contrer les effets jugés néfastes de l’urbanisation et de l’industrialisation, ils ont travaillé à améliorer la santé physique et morale des Canadiens en luttant, par exemple, contre la consommation d’alcool, et en soutenant la pratique d’activités sportives et le développement des programmes d’éducation physique dans les établissements scolaires.

Des personnes comme James Armstrong Richardson et Henri-Thomas Scott ont encouragé la création de terrains de jeux, de pistes et d’aires d’athlétisme, de gymnases, de patinoires et de piscines pour rendre le sport accessible au plus grand nombre. D’autres, comme John Rudolphus Booth, ont fondé des organisations dédiées au développement sain du corps et de l’esprit, dont les Young Men’s et Young Women’s Christian Associations sont de beaux exemples. Certains chefs amérindiens désireux d’améliorer les conditions de vie de leur peuple, tel Onistah-sokaksin, ont aussi appelé les gens sous leur protection à s’investir dans le sport et l’exercice physique. Jugeant qu’ils alimentaient l’appât du gain et appauvrissaient les ménages [V. George Elias Tuckett], les membres du mouvement de réforme morale et sociale ont dénoncé, par ailleurs, les paris sportifs, dont la popularité a connu une hausse significative durant le troisième quart du xixe siècle dans la foulée de la multiplication des ligues et des compétitions, et de l’accroissement de la couverture des sports dans la presse. 

Le développement des infrastructures de transport a contribué à la prolifération des ligues et des compétitions régionales, provinciales, nationales et internationales, où se sont démarqués notamment plusieurs Amérindiens comme le Pied-Noir Api-kai-ees et le Cri Alexander DeCoteau, ce dernier participant aux Jeux olympiques de 1912. La croissance de la place occupée par les sports dans les journaux ainsi que l’essor du journalisme sportif, que le parcours de John Prescott Wilshere Good reflète bien, illustrent également l’influence qu’ont eu les innovations technologiques du xixe siècle sur le sport. L’amélioration des procédés de communication, comme le télégraphe et le réseau ferroviaire, et des procédés d’imprimerie a permis une meilleure couverture des événements et une transmission plus rapide des résultats. La place grandissante du journalisme sportif a traduit l’état de popularité du sport au Canada et a fait mousser celle-ci du même coup.

Les exploits sportifs réalisés au pays et à l’étranger ont nourri l’émergence progressive d’une identité nationale canadienne après 1867. Dès les lendemains de la Confédération, à l’été de 1867, les victoires de Samuel Hutton et de ses coéquipiers, mieux connus sous le nom de « Quatre de Paris », aux régates tenues à l’Exposition universelle de Paris ont soulevé l’enthousiasme et inspiré la fierté. Les performances réalisées aux Jeux olympiques, aux Jeux du Commonwealth (qui ont eu lieu pour la première fois en 1930, à Hamilton, en Ontario, sous le nom de Jeux de l’Empire britannique) et aux Jeux du Canada (créés en 1967 pour souligner le centenaire du pays et organisés pour la première fois à Québec) ont eu un effet similaire au cours des décennies suivantes.

La pratique de certains sports d’un océan à l’autre a aussi stimulé la formation d’une identité nationale. Parmi ceux-ci se trouvent la crosse, de même que le hockey, qui a acquis le titre de sport national au cours des premières décennies du xxe siècle. Deux sections de l’ensemble thématique sont consacrées au hockey. La première rassemble les biographies traitant de l’évolution du jeu et de la structuration du sport et la seconde, celles des acteurs du monde du hockey. Y figurent notamment des pères du hockey, tel James George Aylwin Creighton, des joueurs amateurs comme John Bernard Brophy, des joueurs professionnels, tels Howard William Morenz, Maurice Richard, dit le Rocket, et Georges Vézina, qui ont marqué l’histoire de la Ligue nationale de hockey, formée à Montréal le 26 novembre 1917, ainsi que les joueurs, entraîneurs et propriétaires qui ont participé, avec ou sans succès, à une série finale de la coupe Stanley.

Par ailleurs, cinq sections rassemblent les biographies traitant de plus de 50 autres sports. La première porte sur les sports d’hiver, comme le curling, le patinage, la raquette et le ski. Les activités sportives hivernales ont vite connu une grande popularité dans les villes et les campagnes, le pays offrant de vastes étendues de neige et de glace durant une partie significative de l’année. La section sur les sports d’été et d’intérieur, pour sa part, regroupe les sports associés à la belle saison, tel le baseball, ceux pratiqués tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, comme la gymnastique et l’athlétisme (sont réunies sous ce vocable les disciplines relevant de la course, du saut et du lancer), ainsi que ceux pratiqués uniquement à l’intérieur, tel le billard.

Boxe, escrime, lutte et judo sont rassemblés dans la section sur les sports de combat, tandis que les sports comme l’aviron, le canotage, la natation et le yachting se trouvent dans la section sur les sports nautiques. Les disciplines associées à l’équitation, de même que le sport automobile, dont l’essor a été lié à la croissance et à l’amélioration du réseau routier au xxe siècle [V. Albert Edward Todd], sont regroupés dans la section sur les sports équestres et automobile. Chaque nouvelle biographie pertinente publiée par l’équipe du DBC/DCB sera intégrée à l’ensemble, qui couvrira ainsi un plus grand éventail de sports et de sportifs.