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BECKWITH, JULIA CATHERINE (Hart), écrivain, née le 10 mars 1796 à Fredericton, Nouveau-Brunswick, fille de Nehemiah Beckwith et de sa seconde épouse, Julie-Louise Lebrun de Duplessis, décédée le 28 novembre 1867 à Fredericton.

Il se peut que la mère de Julia Catherine Beckwith, dont les ancêtres, apparemment fortunés, avaient quitté la France pour le Canada aux xviie et xviiie siècles, ait travaillé comme gouvernante à Fredericton, chez Thomas Carleton*, lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, à l’époque où elle épousa Nehemiah Beckwith, loyaliste d’une vieille famille du Connecticut. Vers 1780, celui-ci s’était installé sur des terres à Maugerville, Nouveau-Brunswick, et il finit par s’enrichir dans le transport maritime et la construction navale. Julie-Louise abjura la foi catholique pour le méthodisme wesleyen de son mari sans que ses rapports avec sa famille n’en souffrent. Une cousine de Julia Beckwith abandonna le méthodisme pour se faire religieuse à l’Hôtel-Dieu de Montréal ; Julia entretint une correspondance avec un cousin qui se trouvait au collège de Nicolet, Jean-Baptiste-Antoine Ferland, lequel devait par la suite devenir un historien de renom. Jeune fille, elle fit en canot le pénible trajet qui menait à Québec, où elle rendit visite à ses cousins français. C’est dans le contexte social et religieux de son milieu maternel qu’elle puisa le sujet de son premier roman, St. Ursula’s convent, or the nun of Canada [...]. Affectivement, elle s’identifiait à ce monde que son double héritage lui permettait cependant d’observer avec un certain recul. Écrit à Cornwallis et à Fredericton alors qu’elle avait 17 ans, le roman est rempli d’aventures, de suspense, d’intrigues compliquées, d’audacieuses escapades ; il est bien dans la ligne de la littérature picaresque et romantique de l’époque. Il ne devait paraître que quelque dix ans plus tard.

Le père de Julia Beckwith se noya en 1815 ; cinq ans après sa mort, pour alléger sans doute le fardeau de sa mère, elle alla passer quelque temps chez sa tante à Kingston, dans le Haut-Canada. Elle y épousa, le 3 janvier 1822, George Henry Hart, relieur venu d’Angleterre, et pendant deux ans dirigea une pension pour jeunes filles. En 1824, vraisemblablement grâce aux relations qu’avait son mari dans le commerce du livre, elle trouva un éditeur, Hugh Christopher Thomson*, qui publia son roman, la première œuvre de fiction rédigée par une Canadienne de naissance, la première aussi à être publiée au Haut-Canada. Le roman ne porte pas de nom d’auteur et est dédié à la comtesse de Dalhousie. L’ouvrage fut vendu par souscription à des personnes en vue du Haut-Canada, du Nouveau-Brunswick, d’Angleterre et des États-Unis. Julia Catherine mentionne dans sa préface le « lent développement de la culture en Amérique britannique, où l’esprit vient de s’éveiller d’un long sommeil [...] où l’on discerne à peine encore les premières lueurs d’une aube littéraire ». Deux revues littéraires montréalaises firent état de son style élégant mais aussi de ses répétitions et de son intrigue parfois trop compliquée ; elles montrèrent cependant de l’indulgence envers l’œuvre d’une jeune fille qui avait entrepris ce que nul autre n’avait encore tenté.

Le deuxième roman de Mme Hart, Tonnewonte ; or, the adopted son of America [...], décrit comme étant « l’œuvre d’une Américaine », fut publié après qu’elle et son mari se furent installés à Rochester, New York, probablement en 1824. Elle y faisait preuve d’une plus grande maîtrise du suspense et de sentiments plus profonds, recourait moins aux coïncidences, mais gardait le style guindé et moralisateur de St. Ursula’s convent. Mme Hart n’écrivait pas dans le seul but de divertir mais aussi pour exprimer ses opinions au sujet de la nature et de la société. Elle voyait dans la splendeur des forêts d’Amérique du Nord la main bienfaisante de Dieu ; plus important, elle voyait dans le développement de l’Ouest des États-Unis la source d’un esprit de liberté et d’indépendance. St. Ursula’s convent prenait pour acquis la supériorité des classes aristocratiques de l’ancien monde ; son second roman présentait certaines des idées qui allaient réapparaître plus tard au sein de la nouvelle école d’historiographie dite frontier school. Sa conception de la vie simple et vertueuse de l’Ouest américain venait sans nul doute tout droit des notions de « bon sauvage » et de « noble paysan » du xviiie siècle et reflétait une des obsessions de ces temps révolutionnaires, celle dés maux causés par les inégalités sociales, qu’elle opposait effectivement au mode de vie dans les nouvelles colonies.

En 1831, Mme Hart avait regagné Fredericton où son mari se trouva du travail au bureau des Terres de la couronne du Nouveau-Brunswick. Ils y demeurèrent avec leurs six enfants. Mme Hart poursuivit son œuvre littéraire en écrivant des articles pour l’hebdomadaire de James Hogg, le New Brunswick Reporter. Ses derniers écrits comptent un troisième roman, « Edith, or the doom », qui attira l’éloge restreint de quelques personnes de marque dans la région, mais ne fut jamais publié.

Alfred G. Bailey

UNBL, [J. C. Beckwith], Edith, or the doom.— [J. C. Beckwith], St. Ursula’s convent, or the nun of Canada, containing scenes from real life (2 vol., Kingston, Ont., 1824) ; Tonnewonte ; or, the adopted son of America : a tale containing scenes from real life, by an American (2 tomes en 1 vol., Watertown, N.Y., 18241825 ; 2 tomes en 1 vol., Albany, N.Y., 1825 ; 1 vol., Exeter, N.H., 1831).— W. G. MacFarlane, New Brunswick bibliography : the books and writers of the province (Saint-Jean, N.-B., 1895).— D. A. Loughlin, The development of social and intellectual attitudes as revealed in the literature of New Brunswick (thèse de m.a., University of New Brunswick, Fredericton, 1948).— C. L. Bennet, An unpublished manuscript of the first Canadian novelist, Dal. Rev., XLIII (19631964) : 317–332.— The collector, Canadian Bookman (Toronto), XII (1930) : 194s.— D. G. French, Who’s who in Canadian literature : some early writers, Canadian Bookman, VIII (1926) : 75–77.— Philéas Gagnon, Le premier roman canadien de sujet par un auteur canadien et imprimé au Canada, SRC Mémoires, 2e sér., VI (1900), sect. i : 121–132.— Julia-Catharine Beckwith, BRH, VII (1901) : 369–372.— L. M. B. Maxwell, The first Canadian born novelist, Dal. Rev., XXXI (1951–1952) : 59–64.

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Alfred G. Bailey, « BECKWITH, JULIA CATHERINE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beckwith_julia_catherine_9F.html.

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Auteur de l'article:   Alfred G. Bailey
Titre de l'article:   BECKWITH, JULIA CATHERINE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   25 juillet 2014