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BENNETT, GEORGE, trouvé coupable du meurtre de George Brown, pendu à Toronto, Ont., le 23 juillet 1880.

Les premières années de la vie de George Bennett demeurent obscures. D’après le récit qu’il écrivit la veille de son exécution, ses parents étaient de bons catholiques, mais ils moururent alors qu’il était encore jeune, de sorte qu’il tomba au milieu de mauvais compagnons, perdit la foi et s’adonna à l’alcool. Sa déclaration correspond à la vie dissolue qu’il mena durant les dernières années de son existence, mais elle ne nous éclaire guère sur la qualité des lettres et des vers que l’on trouva sur lui au moment de son arrestation et qui sont d’un homme instruit mais non doué pour la littérature.

Ce dont on est sûr, c’est que Bennett travailla pour le Globe de Toronto entre 1875 et 1880 et qu’à cette dernière date il était ingénieur de nuit dans la salle des chaudières. De plus, il avait alors des ennuis domestiques incessants et des démêlés avec la police. Il buvait beaucoup ; on l’arrêta sous l’accusation d’avoir battu sa femme et d’avoir refusé de subvenir à ses besoins. Il se sentait seul, sans amis ; il n’avait que sa « chère Annie » McGovern à qui il écrivit des lettres s’accusant d’avoir traîné le nom de celle-ci « dans la boue », du fait qu’il avait entretenu des relations avec elle. Le chef mécanicien du Globe, James Banks, lui reprocha à maintes reprises de négliger son travail. La nuit du 4 février 1880, Bennett ayant été trouvé ivre au travail, on dut faire venir Banks pour prévenir un grave accident à la salle des chaudières ; Banks fit son rapport et Bennett fut congédié le lendemain.

Bennett essaya d’obtenir son réengagement en s’adressant à Brown, propriétaire de l’influent Globe et figure dominante du parti libéral – Brown avait déjà autorisé le renvoi – mais les faits étaient trop évidents : Bennett avait été trouvé ivre et cela avait constitué un danger. Pendant quelques semaines, Bennett but et médita sur ses torts, s’adressant des lettres dans lesquelles tantôt il envisageait le suicide tantôt il appelait la vengeance et la mort sur ses ennemis. Le 25 mars, il revint aux bureaux du Globe, cette fois avec un revolver chargé dans sa poche ; il avait dit au gérant de son hôtel qu’il « allait à Leadville » d’où il n’était pas facile de revenir. Il avait bu mais il était apparemment plutôt agité et en proie à l’obsession que sous l’effet de l’ivresse.

Bennett ne semblait pas avoir d’intention définie ; il errait dans la salle de presse et dans la salle des chaudières, tantôt conversant amicalement avec les employés, tantôt les menaçant. « Vous êtes l’un de mes ennemis », dit-il à Banks. Vers quatre heures et demie de l’après-midi, il alla voir Brown dans son bureau pour lui demander de signer un papier attestant qu’il avait travaillé cinq ans au Globe ; visiblement il voulait des références pour le tribunal car il était toujours en liberté provisoire. Brown refusa de signer, lui disant de s’adresser à Banks ou au trésorier du Globe, lesquels connaissaient mieux les faits. Une dispute s’ensuivit ; Bennett sortit soudain son revolver et l’arma. Brown se précipita pour tenter d’écarter l’arme. Le coup partit pendant la courte lutte qui suivit. Les membres de la rédaction accoururent et maîtrisèrent facilement Bennett qui était de petite taille et qui restait là hébété. Brown fut blessé à la cuisse. Bennett fut arrêté et, le 27 mars, accusé d’avoir tiré sur Brown avec l’intention de le tuer ; il nia sa culpabilité.

La guérison de Brown ne faisait de doute pour personne mais, au fil des semaines, sa blessure s’envenima et son état empira peu à peu. Les soucis financiers, les ennuis et la fatigue qui en résultait finirent par l’épuiser. La médecine d’alors ne put rien pour vaincre « l’empoisonnement de sang » qui avait gagné l’organisme. Vers la fin d’avril, Brown était devenu faible et fiévreux, et la gangrène faisait son œuvre. Il tomba dans le coma et mourut le 9 mai. On procéda immédiatement à une enquête. Le 11 mai, Bennett fut tenu responsable de la mort de Brown, « avec préméditation ».

Vu l’état de l’opinion publique à ce moment-là, on pouvait difficilement s’attendre à un autre verdict. George Bennett fut accusé de meurtre. Son procès, qui ne dura qu’un seul jour, eut lieu le 23 juin. Son avocat, l’éloquent et habile Nicholas Flood Davin*, fit valoir que seule la fatigue de Brown avait rendu sa blessure fatale, que Bennett était dans un état de déséquilibre mental provenant de l’alcool et qu’il n’avait jamais eu l’intention de tuer ou même de blesser sa victime. Mais le poids de l’argument médical donna raison à la partie adverse car il fut affirmé que c’était bien la blessure infligée par Bennett qui avait entraîné la mort de Brown ;les lettres compromettantes trouvées sur le prisonnier au moment de son arrestation furent utilisées pour établir qu’il y avait eu préméditation (bien que l’on puisse se demander si elles ne concernaient pas plutôt Banks que Brown). Bennett ne tarda pas à être trouvé coupable et on le condamna à la peine de mort. Au moment de son exécution, qui eut lieu un mois plus tard, Bennett déclara, comme il l’avait fait à maintes reprises, qu’il n’avait jamais eu l’intention de tirer sur George Brown. Il ajouta : « J’étais sous l’effet de l’alcool, autrement je ne l’aurais jamais fait. »

J. M. S. Careless

Le Globe (Toronto) de 1880 s’est révélé la meilleure source de renseignements pour rédiger cet article. Les citations sont tirées du rapport complet, que fit ce journal, de l’interrogatoire de police, de l’enquête, du procès et de l’exécution de Bennett. Le compte rendu du Globe a été confronté avec celui du Mail (Toronto) et de l’Evening Telegram (Toronto) ; ce contrôle montre que ce récit a été présenté objectivement et que c’est celui qui donne le plus de détails. Les notes du juge sur le procès de Bennett sont au SAB. Voir aussi : Careless, Brown, ii : 368–373.  [j. m. s. c.]

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J. M. S. Careless, « BENNETT, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bennett_george_10F.html.

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Auteur de l'article:   J. M. S. Careless
Titre de l'article:   BENNETT, GEORGE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   30 juillet 2014