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BLAIS (Blay), MICHEL (Michel-Toussaint), capitaine de milice, coseigneur, né probablement à Berthier-en-Bas (Québec) vers 1711, fils de Pierre Blais et de Françoise Baudoin, décédé le 5 septembre 1783 à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud (Saint-Pierre-Montmagny, Québec).

Michel Blais était issu d’une famille d’agriculteurs. Son grand-père, Pierre, originaire d’Angoulême, France, était arrivé dans la colonie en 1664 et s’était installé sur l’île d’Orléans. Son père vécut dans différentes localités de la rive sud, face à l’île d’Orléans, et Michel, tout comme ses frères et sœurs, demeura dans la région. Il épousa le 25 juin 1741, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière), Marie-Françoise, fille de Joseph Lizot, major de milice de Saint-Roch-des-Aulnaies. Dans le contrat de mariage, passé le même jour devant le notaire Étienne Jeanneau*, Blais est dit « habitant de la Seigneurie de berner ». Deux ans plus tard, il acheta de Charles Couillard de Beaumont une terre de huit arpents cinq perches de front sur quatre lieues de profondeur, dans la seigneurie de la Rivière-du-Sud ; il accrut sa terre de huit arpents et demi en 1755.

Au cours des années, Blais acquit une importance réelle à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud. En 1762, il possédait plus d’animaux que la majorité des habitants de sa paroisse, et quatre domestiques travaillaient à son service. Son frère Joseph, venu également s’établir à Saint-Pierre quelques années auparavant, n’était d’ailleurs pas moins pourvu, mais l’influence de Michel était certainement prédominante car l’étendue de ses propriétés l’avait fait accéder au rang de coseigneur : en 1763, il dut rendre foi et hommage pour le quart de la seigneurie de la Rivière-du-Sud et pour la moitié de celle de Lespinay. Quatre ans plus tard, il signait, avec les seigneurs de la région de Québec, une adresse au roi pour protester contre le rappel du gouverneur Murray. Il jouissait en outre de la considération et de la confiance des gens puisqu’il fut capitaine de milice à Saint-Pierre à l’époque de la Conquête. L’abolition de la milice par les autorités britanniques en 1764 le priva de ses fonctions pendant plus de dix ans, mais il put, au cours de cette période, jouer le rôle de bailli dans sa paroisse, ce qui le fit pénétrer, à un faible échelon, dans le système judiciaire de la province. Lors d’un échange de terres, effectué en 1770 devant le notaire François-Dominique Rousseau, entre Blais et un certain William Ross, négociant, Blais est intitulé « premier Bailliff de la paroisse de St-Pierre » .

Personnalité locale, gros propriétaire, Blais s’arrogea cependant des privilèges auxquels il n’avait pas droit. En 1770, Marie-Geneviève Alliés, veuve de Jean-Baptiste Couillard, seigneur de la Rivière-du-Sud, lui intenta un procès, ainsi qu’à un certain nombre d’habitants du lieu, pour avoir fait fi du droit de banalité. Un jugement rendu par la Cour des plaids communs, le 14 août 1770, les condamnait à payer les droits de mouture au moulin banal de la seigneurie. Blais ne devait pas se plier aussi facilement ; le 6 septembre 1774, un autre jugement lui ordonnait de démolir le moulin à vent qu’il avait « Induement Etably » dans cette seigneurie appartenant au fils mineur de Jean-Baptiste Couillard. Cette fois, semble-t-il, les autorités eurent raison de son opiniâtreté.

Au moment de l’invasion américaine, Blais demeura fidèle aux autorités britanniques, mais il ne paraît pas avoir adopté dès le début une position très ferme : ayant recouvré ses fonctions dans la milice, il accepta d’annoncer, au mois de janvier 1776, à la porte de l’église qu’un certain Pierre Ayotte recrutait des hommes pour travailler à la cause des Américains. Il expliquera plus tard qu’il avait agi ainsi dans l’intention « d’empecher un plus grand mal » et que son ton avait été « si ironique qu’il ne se presenta personne ». Malgré cela, plusieurs habitants du village, comme beaucoup d’autres dans la région, joignirent les rangs des rebelles, provoquant au sein de la population des divisions qui se manifestèrent de façon évidente lors d’un incident survenu le 25 mars 1776 à Saint-Pierre, dans la maison du capitaine Michel Blais. À cette époque les Américains occupaient toujours un poste à Pointe-Lévy, en face de Québec, et se préparaient à faire des incursions dans la région de la Côte-du-Sud. Vers la mi-mars, les autorités britanniques chargèrent un ancien officier des troupes de la Marine, Louis Liénard* de Beaujeu de Villemomble, alors retiré à l’île aux Grues (en aval de l’île d’Orléans), de rassembler toutes les forces royalistes de la région pour mener une attaque contre le poste américain. En quelques jours, une troupe fut levée, et son avant-garde, composée d’une cinquantaine d’hommes, atteignit rapidement le village de Saint-Pierre où la maison de Michel Blais devint leur quartier général. Les Américains, avertis par leurs partisans, dépêchèrent un détachement de 80 hommes, auquel se joignirent quelque 150 Canadiens, et attaquèrent, le 25 mars, la maison de Blais, sur laquelle flottait le drapeau britannique. « L’on vit dans cette affaire, écrit Simon Sanguinet, les pères se battre contre leurs enfants et les enfants contre leurs pères – ce qui paroîtra sans doute bien extraordinaire. » Le combat avait fait trois morts chez les royalistes et plusieurs blessés, dont l’abbé Charles-François Bailly de Messein qui s’était engagé comme aumônier des volontaires. Tous ceux qui ne purent s’échapper furent pris par les Américains.

Après le retrait des troupes du Congrès, le gouverneur Guy Carleton* ordonna une enquête dans les paroisses du district de Québec pour y rétablir la milice et recenser les habitants qui avaient collaboré avec les Américains. À Saint-Pierre, le capitaine Blais et son fils Michel, lieutenant, furent reconnus « les seuls de cette paroisse qui aient été pillés tant par les Bostonnais que par les Canadiens rebels ». Devant une telle preuve « du zèle et de l’affection du sieur Michel Blay pour son Roy », les enquêteurs François Baby*, Gabriel-Elzéar Taschereau* et Jenkin Williams* conservèrent au père et au fils leurs fonctions dans la milice.

Lors de son décès, en 1783, Blais était le syndic en charge de l’édification de la nouvelle église paroissiale de Saint-Pierre ; c’est d’ailleurs à ce titre que son nom figure sur la pierre angulaire de l’édifice. Onze ans plus tard, Mgr Hubert consentira à ce que l’on transporte son corps dans la nouvelle église. Blais avait eu au moins cinq enfants, dont deux filles, Marguerite et Marie-Joseph, se firent ursulines. Son fils Louis fut député du comté de Hertford de 1800 à 1804.

Marie-Céline Blais et Jacques Morin

ANQ-Q, Greffe d’Étienne Jeanneau, 25 juin 1741.— Archives paroissiales, Saint-Pierre-du-Sud (Québec), Registre des baptêmes, mariages et sépultures, 8 sept. 1783, 22 oct. 1794.— AUM, P 58, Doc. divers, B1, 14 août 1770, 6 sept. 1774.— IBC. Centre de documentation, Fonds Morisset, Dossier Michel Blais.— APC Rapport, 1888, note B, 18–20.— Invasion du Canada (Verreau), 105s.— Journal par messrs Frans Baby, Gab. Taschereau et Jenkin Williams [...], Ægidius Fauteux, édit., ANQ Rapport, 1927–1928, 480, 485, 487.— Recensement du gouvernement de Québec, 1762, 31.— Claude de Bonnault, Le Canada militaire : état provisoire des officiers de milice de 1641 à 1760, ANQ Rapport, 1949–1951. 336.— Caron, Inv. de la corr. de Mgr Hubert et de Mgr Bailly de Messein, ANQ Rapport, 1930–1931, 308.— Godbout, Nos ancêtres. ANQ Rapport, 1957–1959, 389–391.— P.-G. Roy, lnv. concessions, I : 204–206.— Tanguay, Dictionnaire.— Burke, Les ursulines de Québec (1863–1866), III : 367s.— Lanctot, Le Canada et la Révolution américaine, 148–150.— G. F. G. Stanley, L’invasion du Canada, 1775–1776, « Canada invaded », Marguerite MacDonald, trad. (Québec, 1975), 125, 133.— F.-J. Audet, La seigneurie de la Rivière du Sud, BRH, VII (1901) : 118.— Le capitaine Michel Blais, BRH, VI (1900) : 375s.— Ivanhoë Caron, Les Canadiens français et l’invasion américaine de 1774–1775, SRC Mémoires, 3e sér., XXIII (1929), sect. i : 21–34.— M.-M Dumouchel-Butler, William (Guillaume) Ross, SGCF Mémoires, XXV (1974) : 170–182.— Archange Godbout, Les émigrants de 1664, SGCF Mémoires, IV (1950–1951) : 219s.

Bibliographie générale

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Marie-Céline Blais et Jacques Morin, « BLAIS, MICHEL », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/blais_michel_4F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
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